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Mathieu Delpeuch
  • Aventure
  • Trail Running

Un trail plus écoresponsable ? C’est possible, témoigne Mathieu Delpeuch, athlète pro

  • 9 juillet 2025
  • 4 minutes

Maxime Dewilder Maxime Dewilder Journaliste pour Outside, Maxime aime autant courir en montagne que raconter les aventures de celles et ceux qui font l’actualité outdoor.

Pas militant mais en accord avec ses valeurs, Mathieu Delpeuch, 29 ans, repéré lors de sa victoire sur la course junior de l'UTMB en 2016 et depuis auteur de plusieurs belles performances - 2ème au 50K de la Maxi-Race en 2018 ou 2ème au 90K du Marathon du Mont Blanc en 2021 par exemple -, se sert de sa notoriété (plus de 20 000 followers sur YouTube, et autant sur Instagram) pour montrer qu’un autre trail, plus respectueux de l’environnement, est jouable. Pour le championnat de France de trail sur lequel il va s’aligner à Val d’Isère les 12 et 13 juillet 2025 comme pour n’importe quelle autre course, cet ingénieur de formation inscrit l’empreinte carbone au cœur de son projet sportif. Au prix de certaines contradictions assumées.

Tu parles régulièrement d’écologie dans tes interventions sur YouTube ou Instagram, pourquoi est-ce important pour toi d’aborder cette thématique en tant que traileur professionnel ?

Quand on sait ce qui est en train de se jouer au niveau du réchauffement climatique, si je peux avoir un impact avec ma petite notoriété publique, autant essayer ! Pour moi, c’est l’un des plus gros enjeux de notre civilisation et je ne me vois pas ne rien dire alors que je suis informé. C’est aussi une partie importante de ma démarche, de mon projet sportif de haut niveau. Après, je sais que le sujet peut être clivant. Donc j’essaie de le faire avec parcimonie, de ne pas être moralisateur. Je ne dénonce pas untel ou untel pour ses pratiques. J’explique pourquoi moi je fais tel choix, comment je me rends à une course sans avion – y compris aux Baléares pour Mallorca by UTMB  – comment c’est possible d’être sportif professionnel et de ne pas prendre l’avion systématiquement.

Comment s’est forgée ta conscience écologique ?

C’est quelque chose qui s'est fait avec le temps, mais j’ai grandi dans le Cantal, un environnement très rural. Je vivais dans la dernière maison, en bordure de village, et je m’échappais dans les champs ou les bois pour jouer ! J’avais déjà une sensibilité à la nature. Ensuite, pour mes études à Lyon, je me suis orienté vers une formation d’ingénieur au département « Énergie et environnement » à l’INSA (Institut national des sciences appliquées). J’ai eu la chance d’avoir des horaires aménagés pour continuer le sport. Aujourd’hui, j’habite à Innsbruck, en Autriche, je suis aux pieds des montagnes et je n’ai pas besoin de prendre la voiture pour m’entraîner.

Justement, comment adaptes-tu ta pratique de haut niveau à l’impératif écologique ?

C’est un élément central dans ma réflexion, sachant que 90% de l’impact carbone des événements sportifs sont liés aux déplacements. Ma démarche est la suivante : j’habite dans les Alpes, il y a des gros événements accessibles sans avion, donc je profite de cette chance. Je planifie ma saison en trouvant des objectifs proches et qui me tiennent à cœur. Après, il faut aussi être honnête, les gros événements comme l’UTMB à Chamonix par exemple sont aussi gros car des coureurs viennent du monde entier. Tout le monde ne vit pas relativement proche des Alpes et donc c’est plus facile pour moi d’avoir cette position.

Si tu penses avoir compris et que tu ne changes rien, c'est que tu n'as pas vraiment compris

Autrement dit, les courses mythiques aux États-Unis comme la Hardrock 100 ou la Western States, ou encore la Diagonale des Fous à La Réunion, tu n’y participeras jamais ?

Pour l’instant, je ne me pose pas la question car il y a déjà énormément à faire ici, dans les Alpes, dans les Pyrénées, en Suisse… Après, il faut aussi reconnaître que je suis un compétiteur et que j’ai envie de me frotter aux meilleurs sur des événements mythiques, mais pour l’instant, cette envie n’est pas aussi forte que ma conscience écologique. Je ne m’interdis rien, je n’ai jamais dit que je ne prendrai jamais l’avion mais il faut le faire en conscience et que ça ait du sens. Dans la même lignée, si un jour je fais partie de l’équipe de France de trail, j’aurai du mal à refuser le maillot tricolore, ce qui impliquerait des déplacements potentiellement en avion dans les pays organisateurs.

Comment changer l’imaginaire autour du trail et se réapproprier les courses locales ?

Il faut changer nos références. Nous vivons dans un monde avec des limites physiques, donc il faut faire des choix. Au lieu de la Diag’ par exemple, pourquoi pas courir un des trails dans le massif de Belledonne ? Tu te sentiras plus heureux de le faire en conscience et de ne pas faire exploser ton bilan carbone avec un vol aller – retour jusqu’à La Réunion. Si tu penses avoir compris les enjeux autour du réchauffement climatique et de ses conséquences mais que tu ne changes rien, c’est que tu n’as pas vraiment compris. Il faut continuer à parler de la catastrophe en cours – avec pédagogie, car les gens n’ont pas forcément envie d’entendre que nous sommes à un tournant de l’humanité et que notre société s’effondre – car plus on en parle, plus les consciences peuvent évoluer.

Nous parlons beaucoup d’échelle individuelle, mais le changement ne doit-il pas aussi venir des organisateurs de course ?

Bien sûr, il faut un changement systémique. Des initiatives comme les 40% de dossards au Marathon du Mont-Blanc ou les mesures prises par l’UTMB, c’est très bien. Cela permet d’associer trail et écologie. De manière générale, je pense qu’il faut faire moins, être décroissant. Par exemple, pourquoi ne pas réduire la fréquence des gros événements ? Pourquoi pas un UTMB tous les deux ans par exemple ? Pourquoi ne pas réduire le nombre de places sur les courses aussi ? Là encore, il faut néanmoins être lucide. Le modèle du sport professionnel n’est pas forcément compatible avec le développement durable.

Les marques ont aussi un rôle à jouer, comment se positionne ton sponsor, Brooks, par rapport à ta démarche ?

J’ai vraiment mis l’accent sur l’impératif écologique avec Brooks et j’ai reçu de la compréhension. Je ne sais pas comment se positionnent les autres marques. Brooks essaye petit à petit d’insuffler ce changement mais en même temps, une équipe de 40 personnes est venue de Seattle, où se trouve le quartier général de la marque, pour voir ce que c’est l’UTMB ! Personne n’est parfait ou irréprochable bien sûr, moi compris, mais c’est quand même parfois un peu frustrant.

Pour conclure, un monde du trail idéal, respectueux de l’environnement, ça ressemble à quoi pour toi ?

Ça ressemble à moins d’événements internationaux et donc moins de déplacements carbonés. Encore une fois, les déplacements représentent 90% de l’empreinte carbone. Après bien sûr, on peut aussi imaginer des produits – comme les chaussures par exemple – plus durables, conçus localement et pour durer. Je voudrais aussi ajouter que personne n’est exemplaire et que ce n’est pas l’objectif, il faut juste être lucide et comprendre les enjeux pour que les consciences changent petit à petit. Quand tu te rends compte de ce qui va se passer à l’avenir, ça peut générer de l’éco-anxiété. Pour éviter de sombrer dans la dépression, il faut être actif, il faut être acteur du changement.

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