Réduire les émissions de dioxyde de carbone de la course de 20 % au cours des cinq prochaines années, c’est l’objectif que s’est fixé l’UTMB, rendez-vous mondial du trail. Dans son viseur, a annoncé l’organisation cette semaine ? Encore et toujours les transports. Forcément le poste N°1 quand on sait que l’événement draine chaque année quelque 10 000 coureurs, sans parler de leurs partenaires, de plus de 2 000 bénévoles et de toutes les marques réunies pour l’événement mondial du trail. Les coureurs les plus vertueux seront récompensés, mais tous devront toutefois mettre (un peu) la main à la poche, a-t-on appris notamment lors de la conférence de presse organisée à Chamonix. De quoi limiter les dégâts, éveiller les consciences individuelles, et surtout donner le ton à toute une industrie dans le sillage de l’UTMB. Sans pour autant régler les problèmes de fond…
Mercredi dernier, c’est une assemblée assez improbable qu’on a vu réunie à Chamonix, lors de la conférence de presse organisée par l’UTMB, rapporte Doug Mayer, correspondant d'Outside. Objectif de la réunion ? Annoncer la nouvelle politique de l’événement en matière de transports. Sujet hautement sensible qui vaut à l'UTMB World Series, série de courses de trail la plus importante de la planète, de se retrouver depuis quelques années au banc des accusés à l’heure de comptabiliser les émissions de dioxyde de carbone dues directement ou indirectement aux déplacements des 10 000 coureurs participants.
Aux côtés de plusieurs représentants du Groupe UTMB - Frédéric Lenart, directeur général, Isabelle Viseux, directrice de l'UTMB Mont-Blanc, et Fabrice Perrin, directeur mondial des sports et du développement durable – on trouvait ainsi Benjamin Aidan, vice-président de la branche française de Protect Our Winters (POW). Mais aussi la Franco-Américaine Hillary Gerardi, représentant ici l'Association des coureurs de trail professionnels (PTRA). POW France et la PTRA n'ont pas toujours été d'accord avec l'UTMB, c’est le moins qu’on puisse dire, notamment en ce qui concerne les initiatives environnementales. Mais ces derniers mois, les deux entités se sont efforcées de trouver un terrain d'entente.
PTRA reconnaît le rôle important que joue l'UTMB en déterminant les normes et en donnant l'exemple dans notre sport. C’est important de travailler avec eux pour aider à façonner l'avenir du trail running.
Explique Hillary Gerardi à Doug Mayer.
C’est dans ce contexte, qu’a donc été présentée la nouvelle initiative de l'UTMB en matière de déplacements. A savoir réduire ses émissions de dioxyde de carbone de 20 % au cours des cinq prochaines années. Ce chiffre s'inspire de l'accord de Paris de 2015 issu de la COP 21, conférence des Nations unies sur le changement climatique. Pour mesurer les réductions, l'UTMB s'est engagé à surveiller et à déclarer ses émissions de gaz à effet de serre chaque année.
Cette initiative s'accompagne d'une nouvelle politique sur les déplacements pour son événement phare, l'UTMB Mont-Blanc, et pour les autres courses de l'UTMB World Series Finals. Elle devrait avoir un impact sur les quelque 10 000 coureurs se rendant à Chamonix chaque année au mois d'août, ainsi que sur les partenaires de la course et les plus de 2 000 bénévoles monopolisés.
Concrètement, qu’est-ce qui va changer ?
« Selon une analyse interne réalisée par l'UTMB l'année dernière, les déplacements pour les finales des séries mondiales de l'UTMB représentent 86 % de l'impact total de l'événement sur le plan des émissions de carbone. Ils sont donc la clé de voûte qui permettra à l'UTMB d'atteindre ses objectifs. Pour cela, il faut impliquer tous les participants à la course, ce que l'UTMB s'efforce de faire par le biais de plusieurs mesures incitatives et tarifaires », explique Doug Mayer.
Un bonus de 30% au tirage au sort pour les coureurs optant pour les trajets bas carbone
Ceux qui adopteront des modes de transport durables verront leurs chances augmenter de 30 % pour décrocher une place en 2026 sur les épreuves de l'UTMB soumises au tirage au sort (UTMB, CCC, OCC et l’ETC, qui intègre désormais ce système de sélection), apprend-on via un communiqué de presse.
Une nouvelle plateforme pour planifier son voyage « durable » : « L’UTMB Go »
L’organisation a donc imaginé un planificateur de voyage en ligne appelé « UTMB Go ». Un outil qui devrait permettre aux coureurs se rendant aux courses de la série mondiale de l'UTMB d'établir des plans de voyage « durables ». Intéressant, mais complexe à mettre en œuvre. Car le coût carbone des déplacements - et la diversité des options disponibles - varie considérablement en fonction de l'endroit d'où l'on vient, on s’en doute. Un coureur de Paris peut facilement prendre le train pour Chamonix, tandis qu'un venant de San Francisco devra forcément prendre un vol transcontinental, dont l’impact aura du mal à être effacé par un trajet en bus ou en train à chaque extrémité.
Pour y répondre, l'UTMB explique que « le système tiendra compte des réalités de voyage propres à chaque pays, garantissant ainsi une approche juste et équitable pour tous les participants, quel que soit leur lieu de résidence ». Les voyageurs ne seront donc jugés que sur la base des options qui leur sont offertes, et non en comparaison avec les options de voyage des autres.
Des réductions sur les TGV
Des réductions sont proposées aux participants utilisant certains TGV. Les voyageurs internationaux devraient par exemple pouvoir atterrir à Paris et arriver à Chamonix pour 29 euros. Vision assez optimiste connaissant les fluctuations tarifaires de la SNCF. Pour ceux qui arriveraient en provenance de l'aéroport de Genève, l'organisation a par ailleurs négocié une réduction de 10 à 25 % avec une entreprise locale de navettes.
Interdiction des véhicules privés dans 80% des lieux de la course
L'UTMB Mont-Blanc a déjà investi des ressources considérables pour réduire le trafic automobile pendant la semaine de la course, ce qui, par le passé, a souvent entraîné des files d'attente et de la frustration parmi les résidents de la vallée et les participants à la course, qui tentaient de se déplacer entre les trois pays (France, Italie et Suisse) où se déroule l'UTMB. Le système prévoit désormais l'interdiction des véhicules privés dans 80 % des lieux clé de la course, et la mise à disposition de 120 bus pendant la semaine de l'UTMB. L'année dernière, l'UTMB a investi 500 000 euros supplémentaires dans le réseau.
Une taxe pour compenser les émissions de carbone
Enfin, comme il n'est pas possible d'éliminer toutes les émissions de carbone des déplacements, l'UTMB a annoncé qu'à partir de 2026, toutes les personnes se rendant à la finale - coureurs, bénévoles et fournisseurs - paieront une taxe obligatoire de compensation des émissions de carbone. Soit un coût de 45 et 75 euros, pour un voyageur venant des États-Unis, selon Fabrice Perrin. Tous les fonds seront versés à un « organisme indépendant et certifié », selon un communiqué de presse de l'UTMB, qui contrôlera la manière dont l'argent est dépensé. (En 2025, le groupe de l'UTMB travaillera avec la société internationale de conseil EcoAct).
Green washing ? Ou vraie avancée ?
De louables annonces, mais qu’en penser ? Pour en savoir plus, Doug Mayer a sollicité Eric Brody fondateur de Shift Advantage, une société de conseil en matière de durabilité et de climat basée à Portland, dans l'Oregon. Auparavant, l’expert était responsable de l'intégration des activités de développement durable chez Nike.
"C'est un bon début. Mesurer est la première étape, pour comprendre vos impacts, mais l'essentiel est d'agir", explique-t-il. "Les leviers sont limités. Il faut récompenser les personnes qui réduisent l'impact de leurs déplacements ». Cela dit, l’expert met également en garde contre le fait que les initiatives visant les individus ne justifient pas d'ignorer les changements systémiques. « Les plus grands leviers auxquels les entreprises ne pensent pas toujours sont d'utiliser leur voix pour pousser les gouvernements et tous les intervenants à agir », dit-il, tout en nous rappelant l'urgence de l'enjeu. « Nous avons moins de cinq ans pour opérer de très grands changements », explique-t-il. "Nous devons réduire nos émissions de carbone d'environ 55 % d'ici à 2030, par rapport aux niveaux de 2019 (…).. Il ne nous reste que peu de temps pour agir avant de subir un infarctus planétaire, dont les conséquences seront irréversibles".
Même regard critique du côté d'Hillary Gerardi. Athlète professionnelle, la Franco-Américaine travaille également au Centre de recherche sur les écosystèmes alpins (CREA Mont-Blanc). Sans surprise, elle invite le groupe UTMB à ne pas se contenter de minimiser son empreinte carbone dans le cadre du modèle UTMB existant, mais à examiner également le modèle lui-même, qui repose sur le fait que les athlètes se rendent aux courses des séries mondiales de l'UTMB pour avoir une chance de participer ensuite aux finales. « Avant les World Series, il était plus facile de se qualifier pour les courses de Chamonix », explique-t-elle. "Aujourd'hui, par exemple, si vous êtes en Équateur, vous ne pouvez vous qualifier que pour une seule course, sans avoir à vous rendre, par exemple, en Argentine, en Colombie ou au Brésil. Il est important que l'UTMB prenne en compte l'ensemble de la série UTMB, qui n'est pas durable [d'un point de vue environnemental]. Reste, reconnaît-elle, que ces annonces marquent le début de quelque chose. « PTRA espère que ce plan, malgré ses imperfections, nous incitera tous à examiner attentivement nos propres choix et pratiques », déclare-t-elle.
En écho, Fabrice Perrin affirme : « Ce n'est qu'une première étape. Nous allons affiner le plan, puis le déployer sur l'ensemble de la série (…). Nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses, mais nous pensons que l'immobilisme n'est plus une option », poursuit-il. « C'est un début, et commencer est important. Nous savons que le chemin à parcourir ne sera pas facile, mais nous nous engageons à aller de l'avant, collectivement et de manière responsable. »
Une promesse qui sera suivie de près, on s’en doute.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
