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Yosemite fumée feu
  • Société
  • Environnement

Un nouvel incendie aux portes du Yosemite : pourquoi ce temple de la grimpe est-il régulièrement en proie aux flammes ? 

  • 9 juillet 2024
  • 6 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Une fois de plus, le parc national du Yosemite est menacé par les flammes. La faute à un épisode récurrent, mêlant vague de chaleur et sécheresse, dont l’intensité et la durée n’ont cessé d’augmenter depuis les années 1980. Alors que la saison des méga-feux a débuté précocement cette année, les flammes étant actuellement aux portes du Parc national du Yosemite, l'un des plus visités aux États-Unis, on ne peut que s’interroger autour de la récurrence d’un tel phénomène et sur les moyens mis en place pour y remédier.

Après deux ans d’accalmie, la Californie est de nouveau en proie aux flammes. Le week-end dernier, avions et hélicoptères ont enchaîné les largages pour tenter d’empêcher le feu de se propager aux habitations. Peine perdue pour certaines maisons, désormais réduites à des tas de cendres. Des dizaines de milliers de personnes ont dû évacuer le brasier, comme à l’entrée du Parc national de Yosemite, un lieu incontournable de 307 407 hectares qui attire chaque année 4 millions de visiteurs, pour beaucoup des passionnés de randonnée et d'escalade, séduits par ses 1200 km de sentiers, et ses centaines de voies parmi les plus connues au monde. Pour prévenir le pire à l'ouest de la Vallée du Yosemite, le parc procède depuis quelques jours à des coupes d'arbres sélectives, ce qui ralentit considérablement la circulation dans la zone.

Un début de saison jugé inhabituellement précoce par les pompiers. La faute à la sécheresse et à une vague de chaleur qui touche l’Ouest américain depuis le mois de juin. Les températures ayant atteint les 47 degrés à l’ombre. Et les conditions ne vont pas s'améliorer, puisque la canicule devrait s'intensifier et durer plusieurs jours encore. 

Carte incendies yosemite
(Yosemite National Park Services)

Une région de plus en plus touchée par les incendies

Cette situation en rappelle bien d’autres puisque la Californie est bien connue pour ses saisons d'incendies. Elles ont généralement lieu entre la fin de l'été et le début de l'automne. Ces dernières sont toutefois devenues beaucoup plus intenses, destructrices et longues depuis vingt ans. À noter qu’au moins un tiers des pires incendies de l'histoire des États-Unis se sont déclarés en Californie. 

Les Américains ont en tête quelques années marquantes où les feux ont été particulièrement violents. L’été 2020 les a particulièrement impactés. C’est l’année où l’État de Californie a connu la pire saison de feux jamais enregistrée. L'incendie de la baie de San Francisco étant devenu l'un des plus importants de l'histoire du pays. Si bien qu’à la fin de l'année, l'État avait enregistré plus de 8 600 départs de feu. De quoi brûler plus de 4 millions d'hectares, soit plus de 4 % de la superficie totale de l'État.

Autre moment marquant : l’été 2018 où les flammes d’un méga-feu hors contrôle avaient menacé les emblématiques séquoias géants du parc national du Yosemite, faisant resurgir le souvenir du terrible Rim Fire. Un incendie qui en 2013 avait dévasté plus de 100 000 hectares, soit dix fois la superficie de la ville de Paris; À l'époque, c'était le deuxième plus grand feu de Californie. Aujourd'hui, il n'est même pas dans les dix premiers ! Mais il reste le plus grand jamais enregistré dans le parc national de Yosemite (31160 hectares partis en fumée). Ce désastre, généré par un chasseur qui avait fait un feu et n’avait pas réussi à le maîtriser, a inspiré l'expansion des efforts de prévention des incendies, l'une des principales priorités étant la protection des séquoias géants. Capital quand on sait que jusqu'à 20 % de tous les séquoias, au niveau mondial, ont été détruits lors d'incendies récents. En 2022, le Yosemite a même installé des arroseurs pour protéger les géants de Mariposa Grove contre l'incendie de Washburn.

Pourquoi les forêts californiennes sont-elles aussi vulnérables ?

« Le comportement d’un feu peut être résumé à partir d’un objet que l’on appelle le ‘triangle du feu’  expliquait récemment Dominique Morvan, professeur à l’Université d’Aix-Marseille et spécialiste de la physique des feux. « Chaque côté représente un facteur qui a un effet sur la dynamique d’un feu. Le premier côté, ce sont les conditions météorologiques. La température, le vent, la pluie, mais aussi la teneur en eau, ont un impact. Le deuxième côté, c’est la topographie du terrain : lorsque le terrain est vallonné, comme c’est le cas aux États-Unis, son accès est d’autant plus difficile et les pompiers auront d’autant plus de mal à l’éteindre. Le troisième facteur, c’est la biomasse. Pour que ça brûle, il faut qu’il y ait de la végétation, du combustible ».

Et si la plupart des feux sont déclenchés soit par des activités humaines soit par la foudre, leur expansion est généralement due à un déficit de traitement préventif pour réduire la biomasse. « Pour résumer, le seul moyen de réduire le risque incendie c’est de réduire la quantité de combustible qui se trouve au niveau du sol » poursuit Dominique Morvan. « Quand on a une forêt avec un sous-bois, il vaut mieux éliminer quand c’est possible le sous-bois pour préserver les arbres car un feu ne se propage pas seul de cime en cime ».

Réduire la biomasse, c’est ce que les Indiens d’Amérique ont fait pendant plus de 4000 ans. Dépendants des prairies et des forêts de chênes de la vallée de Yosemite pour se nourrir, se soigner et fabriquer des paniers, des cordes et des abris, les premiers habitants de la Californie allumaient régulièrement des feux pour favoriser la croissance de certaines herbes médicinales. Une pratique qui a pris fin lorsque les Euro-Américains ont commencé à vivre dans la vallée de Yosemite dans les années 1850. Sauf qu’en raison de la suppression des incendies, de petits arbres ont empiété sur les prairies qui, autrefois, auraient été entretenues par ces incendies fréquents. 

« Chaque année, on dit que c’est catastrophique et l’année suivante, ça l’est encore plus »

Ces dernières années, les températures ont considérablement augmenté dans la région. Il en va de même pour la sécheresse, devenue plus longue et plus intense en raison de l'évolution du climat. Il y a donc moins de pluie et la végétation est plus sèche. Les conditions nécessaires au déclenchement d'un incendie sont donc plus facilement réunies. Elles contribuent également à l'accroissement de sa gravité une fois que celui-ci s'est déclaré. 

Certains experts estiment même que le concept de saison des incendies appartient au passé, car les feux de forêt ont commencé à s'étendre sur six à huit mois de l'année, comme le démontre encore l'incendie de cette année, ayant démarré en juin. « Avec le réchauffement climatique, il y a des sécheresses à répétition et un déficit pluviométrique, ce qui entraîne une augmentation du risque, et donc des feux » résume Dominique Morvan. « Chaque année, on dit que c’est catastrophique et l’année suivante, ça l’est encore plus ».

Quelles solutions pour enrayer les méga-feux ?

Bien qu'il soit impossible de prévenir totalement les incendies, les autorités mettent en place des moyens visant à réduire leur intensité et leur propagation. C’est notamment l’objectif du groupe de travail californien sur la gestion des incendies et des forêts. Il a été créé dans le but de réduire les risques de départs de feux, d’améliorer la santé des forêts et des zones sauvages et d’accélérer les mesures de lutte contre le changement climatique. Leurs propositions visent notamment à prescrire des brûlages contrôlés pour éclaircir la végétation forestière et à augmenter les programmes de récolte durable du bois. 

Concrètement, ces brûlages "dirigés" sont utilisés pour reproduire la présence naturelle du feu dans un écosystème, explique le centre national de prévention des incendies. Ils sont allumés dans des conditions optimales par le personnel du parc, et ils éliminent la végétation morte et envahissante qui pourrait contribuer plus tard à un incendie plus grave. Ils s'inscrivent dans une fenêtre dans laquelle un feu peut être déclenché. Le moment et la programmation de ces incendies dépendent de divers facteurs, notamment de l'état des combustibles, des conditions météorologiques, de la qualité de l'air et d'autres événements survenant dans le parc. Les conditions sont choisies pour maximiser la capacité à contrôler le feu et minimiser la fumée. Ces feux sont allumés intentionnellement pour atteindre certains objectifs tels que la protection d'une zone développée contre de futurs incendies ou le brûlage d'une partie de la forêt devenue envahie par la végétation. Ces brûlages contrôlés permettent de réduire les fortes charges de combustible tout en ouvrant la structure de la forêt de conifères et en préservant la santé des habitats de prairie.

Par ailleurs, chaque année, le Yosemite enlève la végétation morte, et à recours au brûlage en tas afin de réduire les combustibles dangereux. Cela permet de créer ce que l'on appelle un "espace défendable" autour des structures ou des zones sensibles en cas d'incendie indésirable. Ce processus, connu sous le nom d'éclaircie mécanique, peut aider à prévenir les incendies plus importants en éliminant les "combustibles en échelle" qui transportent le feu depuis le sol de la forêt jusqu'à la canopée des arbres matures de l'étage dominant.

Des mesures complètes et bien maîtrisées aujourd'hui, mais qui pourraient bientôt ne plus suffire, selon certains chercheurs. Car comme le rappelle le professeur LeRoy Westerling qui étudie l'impact de la crise climatique sur les incendies : « À l’origine de l'augmentation du risque d'incendie, de la taille des incendies et de leur gravité au fil du temps, le plus gros facteur, c'est le changement climatique ».

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