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Trump ampute deux sites protégés de 90 % : Patagonia l’attaque en justice !

  • 4 septembre 2026
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Le 13 juillet, Donald Trump décidait de retirer près de 1,2 million d'hectares de terres de deux sites naturels protégés de l’Utah, Bears Ears et Grand Staircase-Escalante. Le premier perdait ainsi 91 % de sa superficie, dont plus de 80 % du mythique secteur d’escalade d’Indian Creek, le deuxième 90%. Jugée illégale, la décision de Donald Trump a poussé Patagonia et une coalition d’organisations autochtones, environnementales et de défense du patrimoine à attaquer l’administration Trump en justice. Une bataille que Patagonia connaît bien, la marque avait déjà poursuivi la Maison Blanche en 2017 sur cette même affaire.

Neuf ans après avoir attaqué en justice Donald Trump, alors que celui-ci avait acté la première réduction de Bears Ears National Monument, Patagonia revient devant les tribunaux pour tenter d’empêcher le président américain de démanteler une nouvelle fois une grande partie de cette aire protégée du sud-est de l’Utah.

Donald Trump a réduit de façon drastique deux vastes monuments nationaux de l’Utah le 13 juillet, : Bears Ears et Grand Staircase-Escalante. Aux États-Unis, ce statut désigne des sites naturels, culturels ou historiques bénéficiant d’une protection fédérale, sans pour autant être des parcs nationaux. Bears Ears est notamment connu des grimpeurs du monde entier pour Indian Creek, l’un des hauts lieux de l’escalade sur fissures, mais aussi pour ses vastes parois de grès et ses paysages désertiques comme la Valley of the Gods (« vallée des Dieux »). Le monument a ainsi été réduit de 550 000 hectares à seulement 49 000 hectares, soit une diminution d’environ 91 %. Plus de 80 % du secteur d'Indian Creek a été exclu du périmètre protégé, mettant en danger environ 1 200 voies d’escalade. Plus à l’ouest, Grand Staircase-Escalante, célèbre pour ses immenses canyons, ses falaises et ses fossiles, a été ramené de quelque 757 000 à 73 500 hectares, soit une baisse de près de 90 %. Au total, ce sont près de 1,2 million d’hectares qui ont perdu leur statut de monument national d’un seul coup de signature. Une décision que Patagonia présente comme la plus importante remise en cause des protections accordées aux terres publiques de l’histoire des États-Unis. À compter du 11 septembre, au terme du délai de 60 jours prévu par le décret, ces vastes étendues retirées des deux monuments ne bénéficieront plus des protections liées à leur statut de monument national. Un désastre selon les organisations de défense de l’environnement, d’autant que le texte présidentiel prévoit notamment leur ouverture à différentes formes d'exploitation des ressources minières et géothermiques. 

Un bras de fer juridique qui remonte à 2017

Face à cette décision, le 2 septembre, Patagonia Works, maison mère de la marque de vêtements et d’équipements Patagonia, et sept autres organisations - Conservation Lands Foundation, Utah Diné Bikéyah, Archaeology Southwest, The Access Fund, A’Nuche, le National Trust for Historic Preservation, et la Society of Vertebrate Paleontology - ont demandé au tribunal fédéral du district de Columbia de rouvrir une procédure engagée en 2017. Car la bataille actuelle est en réalité la continuation d'un conflit commencé lors du premier mandat de Donald Trump. En décembre 2017, le président avait réduit Bears Ears d'environ 85 % et Grand Staircase-Escalante de près de moitié. Patagonia et plusieurs organisations avaient alors saisi la justice, estimant que le président n'avait pas le pouvoir de démanteler des monuments nationaux créés par ses prédécesseurs [Les présidents Barack Obama et Bill Clinton avaient respectivement établi Bears Ears en 2016 et Grand Staircase-Escalante en 1996]. Après l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, en octobre 2021, les limites avaient été rétablies, les procédures suspendues et les dossiers administrativement clos.

La nouvelle offensive judiciaire consiste donc à demander au tribunal de réactiver ces anciennes procédures et à y ajouter la proclamation de 2026. « Nous ne resterons pas les bras croisés alors que des adversaires acharnés tentent d'exploiter ces terres au profit de leurs alliés de l'industrie extractive ou de manquer de respect aux nations tribales. » a déclaré Ryan Gellert, directeur général de Patagonia dans un communiqué. Earthjustice, qui représente plusieurs organisations de défense de l'environnement, ainsi que le Natural Resources Defense Council (NRDC) ont eux aussi engagé des démarches parallèles devant le même tribunal. 

Au cœur du conflit, l'Antiquités Act, une loi vieille de 120 ans

Pour Patagonia et les autres organisations requérantes, l’Antiquities Act datant de 1906 autorise le président des États-Unis à créer des Monuments Nationaux mais pas à réduire ou annuler une désignation décidée par un président précédent. C’est également l’argument qu’elles avaient avancé en 2017, lors de la première réduction de Bears Ears par Donald Trump. Dans sa décision du 13 juillet, Donald Trump affirmait pourtant que les frontières établies sous Joe Biden dépassaient largement ce qui était nécessaire pour protéger les ressources concernées. D’autant que de nombreux sites bénéficient déjà d'autres protections fédérales, martelait-il. Le statut de Monument National n’était, à ses yeux, pas nécessaire pour les protéger. La Maison-Blanche présentait ainsi les deux réductions comme une mesure destinée à « restaurer une gestion raisonnable des terres publiques » et à permettre leur affectation à un « usage prioritaire ». Entendant par « raisonnable » et « prioritaires », ouvrir la porte à l’exploitation minière. La proclamation citait notamment une longue liste de minerais, parmi lesquels le cuivre, le cobalt, le fer, le plomb, le manganèse, l'argent, le thorium, l'uranium, le vanadium et le zinc, essentiels à « l'indépendance en matière de ressources [...] [et] à la sécurité nationale » des des États-Unis.

Des demandes minières déposées dès le lendemain de la signature du décret

Le 14 juillet, au lendemain de la proclamation présidentielle, la société Kimmerle Mining avait déjà déposé sept demandes de concessions minières auprès du bureau du comté de San Juan, dans des secteurs qui venaient d'être retirés de Bears Ears. L'entreprise avait déjà engagé une démarche similaire après la réduction de 2017 et son dirigeant, Kyle Kimmerle, avait également participé à une procédure judiciaire contestant la restauration des monuments par Joe Biden. Deux autres requêtes ont ensuite été enregistrées le 6 août par Craig Rosequist dans des secteurs retirés de Grand Staircase-Escalante.

« Le fait que des sociétés minières n'aient même pas pu attendre la fin du délai de 60 jours en dit long sur le risque de dommages qui pèse sur les sites culturels irremplaçables, la faune unique et les paysages des monuments », a déclaré Thomas Delahanty, avocat d'Earthjustice. Bien que les textes présidentiels prévoient que les nouvelles demandes minières ne pourront être autorisées qu'à l'issue de ce délai, le compte à rebours touche désormais à sa fin. Le 11 septembre, les terres retirées des deux monuments sortiront officiellement du périmètre protégé et pourront être ouvertes à de nouvelles demandes d'exploitation...

Bears Ears, territoire sacré pour les nations autochtones, mais aussi pour les randonneurs et les grimpeurs

Autre argument avancé par Trump à propos de Bears Ears, l'accès public au site. « On ne peut rien y faire. On ne peut pas chasser. On ne peut pas pêcher. On ne peut pratiquement même pas y marcher. » avait-il ainsi déclaré. Une affirmation que Ryan Gellert réfute catégoriquement. « Dire [...] que les visiteurs “peuvent pratiquement même pas y marcher” relève de bien plus que l’hyperbole. Ce n’est tout simplement pas vrai », écrit-il dans son communiqué du 2 septembre, rappelant avoir vécu vingt ans dans l’Utah et parcouru à plusieurs reprises les deux sites. Randonnée, bivouac, vélo tout terrain, escalade, canyoning, chasse, rafting ou pêche : les activités y sont nombreuses. D'autant que les chiffres de fréquentation en témoignent : 416 000 visiteurs à Bears Ears et 936 000 à Grand Staircase-Escalante en 2024.

La création de Bears Ears en 2016 avait été précédée d’une mobilisation de longue date de cinq nations autochtones, les Hopi, la Nation Navajo, les Ute, les Ute Mountain Ute et les Zuni, réunies au sein de la Bears Ears Inter-Tribal Coalition. Elles avaient obtenu une protection fédérale du territoire et la mise en place d’une structure de cogestion associant les nations autochtones aux autorités fédérales. « Réduire Bears Ears et démanteler la Bears Ears Commission est une trahison de la souveraineté tribale et revient à jeter inutilement des années d’efforts pour créer la première structure de cogestion tribale d’un monument national de l’histoire des États-Unis », dénonce Ryan Gellert, directeur général de Patagonia « Protéger Bears Ears et Grand Staircase-Escalante vaut plus que n’importe quelle somme d’argent. Et pourtant, nous nous retrouvons une fois encore face à une décision unilatérale qui fait exactement le contraire de ce que veulent les gens. »

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