Leur conception a de quoi séduire plus d'un coureur. Car avec les chaussures à plaque carbone, dotées d’une mousse ultra rebondissante, certains athlètes courent plus vite tout en dépensant moins d’énergie. Sans parler que ces modèles sont généralement agréables à porter, rapides, souples et indulgents. Mais sont-ils adaptés à tous les coureurs ? Et en particulier aux traileurs ?
Voilà plusieurs années déjà que les chaussures à plaque carbone ont envahi le monde de la course à pied. Sur route, d’abord. Et après des débuts un peu timides, elles font peu à peu leur place dans le trail, et plus spécifiquement dans l’ultra. Les récents vainqueurs de l’UTMB, Vincent Bouillard cette année et Jim Walmsley en 2023, en avaient d’ailleurs aux pieds. Une Hoka Tecton X2.5 pour le premier. Une Hoka Tecton X3 pour l’autre. Deux modèles encore au stade de prototypes. Mais que peuvent bien apporter ces chaussures à la discipline ? Va-t-on assister à une explosion des performances ? Et à partir de quand devez-vous songer à investir dans de pareils modèles ?
Une chaussure à plaque carbone, c’est quoi ?
Certains parlent de révolution. À juste titre. Développée par Nike à l’occasion du projet « Breaking 2 » d’Eliud Kipchoge qui visait, en 2017, à passer sous la mythique barre des 2 heures sur marathon (en portant les Nike Vaporfly 4% Flyknit aux pieds), les chaussures à plaque carbone ont fini par être utilisées par toutes les marques de running. Des études ont par la suite montré que ces modèles ont une influence directe sur l’efficacité de la foulée, notamment en propulsant le coureur vers l’avant. Ce qui facilite la récupération. Et impacte par conséquent les performances.
La technologie carbone consiste en une plaque située dans la semelle intermédiaire de la chaussure. Elle se place entre deux couches de mousse. Ce qui donne un amorti protecteur, avec un effet « rebond », tandis que la plaque donne une impression de propulsion, de par sa rigidité. De quoi procurer un meilleur retour d’énergie lors de la foulée, tout en dépensant autant, voire moins d’énergie qu’avec une chaussure sans plaque carbone. Notons par ailleurs que la World Athletics (la Fédération Internationale d’Athlétisme) a mis en place un règlement visant à limiter l’utilisation des plaques carbones. Ainsi, lors des compétitions officielles sur route ou sur piste, l’épaisseur d’une semelle ne peut être supérieure à 4 centimètres. Tandis qu’il ne peut y avoir qu’une seule plaque en carbone au sein de la chaussure.
Ça aide vraiment à courir plus vite ?
Plus ou moins. Pour comprendre, prenons l’étude réalisée par Vincent Guyot, chercheur à l’INSEP qui a analysé les performances réalisées en 2019 sur la Corrida de Houilles, l’un des 10 km les plus relevés de France où les athlètes portaient tous des plaques carbones aux pieds. Ses constats sont révélateurs. « Ils sont 73 [coureurs, ndlr] dans le top 100 masculin à établir leur nouveau record personnel dont 20 des 25 premiers » explique-t-il. « La statistique prend d’autant plus de poids si l’on observe le gain moyen par rapport au précédent record personnel : 44,7 secondes ». Ce qui est impressionnant pour une course sur route.
Scientifiquement, tout s’explique. C’est avant tout la mousse qui apporterait le principal gain. Une étude réalisée en 2018 par Hoogkamer et Kram montrait d’ailleurs que 18 coureurs ayant un record inférieur à 32 minutes au 10 kilomètres diminuaient de 4 % le coût énergétique (la dépense énergétique par unité de poids corporel et par unité de distance parcourue) lorsqu’ils couraient en Vaporfly 4 % par rapport à lorsqu’ils couraient avec un modèle Adidas plus traditionnel. Ce qui serait dû à un meilleur stockage d’énergie dans la mousse de la semelle intermédiaire. Mais aussi à la plaque carbone qui apporterait une rigidité et un effet levier sur la mécanique de l’articulation de la cheville. Ainsi, pour une intensité d’effort égale, un coureur aura donc plus de fraîcheur musculaire avec des chaussures en plaque carbone plutôt qu’avec des chaussures traditionnelles. Il n’ira donc pas fondamentalement plus vite. Mais sera en mesure de tenir son allure de course plus longtemps.
Ces bénéfices sont tout de même à nuancer. Une étude, lancée par Salomon en 2022, a démontré que seuls 30% des coureurs étaient plus efficaces avec des chaussures plus rigides. Un autre chiffre attire particulièrement notre attention : 27% d’entre eux ont, en revanche, réalisé de moins bonnes performances. Le reste (43%) n'a pas été affecté par les modifications de rigidité.
« Les données suggèrent que les coureurs qui améliorent leur efficacité avec un prototype plus rigide ont aussi le plus haut rapport vitesse/consommation d’oxygène par rapport à ceux dont l’efficacité reste similaire ou se détériore », détaille la marque dans son étude. « Plus un coureur est rapide, plus ses performances s’améliorent avec des chaussures plus rigides. (...) Bien sûr, la rapidité d’un coureur n’est pas la seule variable à prendre en compte » poursuit la marque. « Mais les résultats de cette étude semblent mener à deux conclusions : tous les coureurs ne réagissent pas de la même manière à des semelles plus rigides ; et les coureurs plus rapides et de plus haut niveau en tirent un vrai bénéfice, tandis que les coureurs moins athlétiques ou plus lents ne constatent aucune amélioration ».
Les chaussures à plaque carbone, LA révolution dans le monde du trail ?
On l’a vu, les chaussures à plaque carbone ne conviennent pas à tous les coureurs. Leurs bénéfices sur la performance en course sur route sont pourtant bien réels. Le monde du trail commence d’ailleurs à s’emparer du phénomène. Parmi les premiers à l’avoir fait, on retrouve Hoka qui s’est mis à utiliser cette technologie pour un modèle de route. Puis de trail, avec la Tecton X qui combinait deux plaques en fibre de carbone positionnées en X afin de favoriser les « belles » foulées sur terrain roulant tout en assurant une bonne stabilité dans les descentes. À l’image de leur coureur phare : l’Américain Jim Walmsley qui les a très vite adoptées. Il a notamment couru son UTMB 2023, qu’il a remporté, avec un prototype à plaques carbone inspiré de la Tecton X. De quoi inspirer d'autres marques à lancer leurs propre modèles (tel que l'a fait The North Face avec sa technologie Vectiv à plaques à fibre de carbone utilisée notamment par Pau Capell et Katie Schide).
L’efficacité des chaussures à plaque carbone reste toute de même à démontrer en trail. Il est en effet loin d’être simple de prouver la réelle efficacité de cette technologique lorsque le terrain est varié et/ou que le dénivelé est important. Puisque dans ces cas-là, les traileurs sont parfois obligés de marcher. Faire appel à ce genre de modèle sera donc plus pertinent pour les coureurs engagés sur un UTMB, qui compte plusieurs passages très roulants et peu de passages réellement techniques, que pour ceux en route pour la Diagonale des Fous, très technique.
Qu’en conclure ?
Considérées comme une véritable révolution sur le marché du running, les chaussures à plaque carbone n’ont pas encore fait toutes leurs preuves en trail. D’autant que peu importe la discipline, quelques inconvénients sont tout de même à prendre en compte. D’abord parce que ces modèles sont particulièrement exigeants. Un coureur de niveau moyen risque donc d’avoir du mal à courir avec, voire même de se blesser. Leur conception spécifique nécessite tout de même d’être un athlète expérimenté. Ce qui peut demander, un certain temps d’adaptation pour se sentir à l’aise et performant, et ce, quel que soit le niveau.
À noter qu’en plus d’être exigeantes, ces chaussures ont une durée de vie moins longue que les autres paires. La raison ? Leur mousse légère, qui a tendance à s’user plus rapidement. Autre inconvénient, et non des moindres : les chaussures à plaque carbone, considérées comme des modèles de course haut de gamme, ont des prix avoisinant les 250€, voire les 300€. Un investissement qui n’est pas à prendre à la légère !
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