Evoquez la Zegama-Aizkorri, ou Zegama pour les intimes, et aussitôt on vous parle « ambiance » ! Bien sûr, cette course marque l’ouverture des Golden Trail World Series. Bien sûr elle attire chaque année un plateau très relevé – et l’édition 2024 organisée du 24 au 26 mai ne fera pas exception. Et bien sûr, elle peut se prévaloir d'une sacrée tête d’affiche : Kilian Jornet, 10 victoires sur l’épreuve. Mais au-delà de la recherche de l’exploit, s’il y revient pour la 12e fois, c’est aussi ( et surtout ? ) pour retrouver l’ambiance unique de ce trail de 42 km et 2736 de D+. Une ferveur populaire hors du commun qui n’est pas sans rappeler celle d'un Sierre-Zinal, d'un marathon du mont Blanc, ou plus récemment, de l’UTMB.
« Je me sens chez moi ici » soulignait récemment Kilian Jornet à propos de la Zegama, une course qu’il a remportée à dix reprises. « Ce qui rend les choses si spéciales ici, ce sont les spectateurs, l’organisation et les bénévoles. C’est une ambiance qu’il faut venir ressentir pour la comprendre ». Difficile de croire que cette épreuve incontournable est presque le fruit du hasard.
Aux alentours de l’an 2000, le nouveau maire d’un petit village du Pays basque, Zegama - 1500 habitants blottis au pied des montagnes - veut revitaliser sa commune dans laquelle de plus en plus de jeunes s’échappaient pour aller vivre dans les villes, comme c’est encore le cas dans presque toutes les zones rurales d’Espagne. Sa première idée pour revitaliser Zegama qui compte alors plus de décès que de naissances, c’est d’organiser un pèlerinage. Initiative qui n’aura qu’un succès limité. Sa deuxième, organiser une course de montagne, en aura bien plus.
Car s’il y a un autre domaine qui déclenche au Pays basque une ferveur quasi religieuse, c’est le sport. Et tous les sports en fait. Rugby, pelote et aviron bien évidemment. Mais aussi vélo. On se souvient qu’en 2023, le grand départ du Tour de France avait déchainé la foule. Ce qui faisait alors dire à Francis Lafargue, l’ancien manager de Miguel Indurain et de Pedro Delgado, plus d'une trentaine de Tours à son compteur : "On reconnaît le public basque au fait qu'il est très sportif, il applaudit tout le monde et pas seulement un favori" ."Avec leurs drapeaux orange qui ont teint la montagne pendant des années, les spectateurs basques se sont faits connaître, c'est une culture qui se transmet de génération en génération. Dans le même registre, on connaît aussi le public breton ou le public des Flandres".
Sans sciller et avec le même enthousiasme, les Basques ont investi le monde du trail avec la même ferveur. Aussi Alberto Aierbe - à l’origine de la Zegama, et toujours au coeur de l’évènement - a-t-il été bien inspiré de miser sur les "carreras por montaña", univers qu’il ne connaissait pourtant que de loin. « Lorsque nous avons eu cette idée, nous ne connaissions guère d’autres courses que celles de Galarleiz, le marathon alpin de Madrid et quelques-unes à Aneto. Nous ne savions absolument rien des courses de montagne à l’époque », admet-il. « J’ai pensé à une course dans laquelle il fallait gravir l’Aizkorri depuis la ville. Je suis rentré chez moi avec une carte topographique et j’y ai tracé un itinéraire. Le parcours d’aujourd’hui est pratiquement le même que celui de ce jour-là. Je me souviens qu’il faisait environ 37 kilomètres ». Plus de vingt ans plus tard, il en fait 42.31 km et son succès ne se dément pas.

Zegama, l’Alpe d’Huez du trail
Année après année, Zegama reçoit la visite de traileurs hors-normes et les accueille avec une ferveur que tous comparent à un Paris-Roubaix, une ascension de l’Alpe d’Huez ou du mont Ventoux en cyclisme. De quoi attirer aussi des milliers coureurs plus ou moins chevronnés à se porter candidat pour décrocher un précieux sésame : un dossard. Et invariablement, il n’y en a pas pour tout le monde.
Seuls 500 peuvent s’aligner au départ et cela ne semble pas près de changer. « Surcharger la course reviendrait à cesser d’être Zegama » expliquait déjà en 2018 Alberto Aierbe. « Nous n’avons pas l’infrastructure nécessaire pour accueillir plus de participants, sans parler de la sécurité. Il y a deux ans, le temps était très mauvais et nous avons dû utiliser toutes nos ressources. Si nous avions eu 2000 coureurs au lieu de 500, il y aurait eu des morts. En augmentant ce chiffre, nous ne gagnerions rien, nous ne ferions que gâcher quelque chose qui fonctionne bien ».
Six ans plus tard, la philosophie est la même, et l’engouement pour cette course plus grand encore. 13 830 candidatures ont été reçues l’année dernière. 225 dossards distribués par tirage au sort, 125 autres sont attribués aux meilleurs coureurs des deux éditions précédentes. Enfin, 150 dossards sont réservés aux différents partenaires et coureurs participant aux Golden Trail World Series.

« Tes oreilles bourdonnent encore pendant 3 km après avoir quitté le sommet »
19e kilomètre. La magie de la course débute ici. Au pied de la montée de Sancti Spiritu vers le sommet de l’Aizkorri (1523 m), un des points culminants de la course. Au programme : plus de deux kilomètres d’ascension très raide (526 m de dénivelé positif)… encerclée par un étourdissant couloir humain formé de part et d’autre du sentier. Tous hurlent des « Venga ! Aupa ! », acclamant sans distinction sportifs élites et amateurs. « Tes oreilles bourdonnent encore pendant 3 km après avoir quitté le sommet », devait déclarer Maude Mathys à l’arrivée de l’édition 2022.
Un segment devenu au fil des ans un lieu iconique du monde du trail qui a donné à la Zegama son surnom de « fièvre basque ». Une ferveur qui se poursuit une fois la course et la remise des prix terminée. Le soir, tout le monde se donne rendez-vous au Txanton pour une folle nuit. Sportifs d’élite, coureurs amateurs, bénévoles, touristes et locaux se rassemblent pour une fête jusqu’au lever du soleil. Le tout dans une ambiance unique !
Car comme aime le rappeler Kilian Jornet, « Zegama is Zegama ». Le coureur catalan avait 19 ans lorsqu’il a participé pour la toute première fois à la course basque (une édition qu’il a remportée). Le début de ses innombrables conquêtes. Il détient le record de l’épreuve avec un temps de 3h 36min 40s. Et s’y aligne très régulièrement, il s’y est d’ailleurs spécifiquement préparé cette année avec notamment un marathon avec 2000 mètres de dénivelé réalisé en moins de 3 heures. Il prendra donc son 12e départ ce week-end, désireux de « retrouver l’une des ambiances les plus incroyables du monde du trail ».

A Sierre-Zinal aussi, l'ambiance est au rendez-vous
Près de trois mois plus tard, le 10 août, c’est sur une autre course mythique qu’on va le retrouver : Sierre-Zinal (31 km et 2 200 m de dénivelé positif). Pas un hasard là non plus. Car si le Catalan a mis ces deux trails courts à son programme avant un « projet personnel long » en septembre, comme il l’annonçait en début d'année, c’est sans doute aussi car, en Suisse comme au Pays-Basque, l’ambiance est au rendez-vous. Et ce depuis les années 70.
Question de valeurs d'abord. C’est à un professeur de mathématiques, puis d’histoire et de philosophie des sciences, guide de haute montagne, Jean Claude Pont, que l’on doit sa création. Fasciné par les paysages d’Anniviers, il veut offrir aux participants la possibilité de courir au pied de la « couronne impériale ». A savoir la « Course des Cinq 4000 » : Weisshorn (4’505m), Zinalrothorn (4’221m), Obergabelhorn (4’063m), Cervin (4’478m) et Dent Blanche (4’357m). Le tout dans une ambiance indescriptible. Car comme dans les montagnes basques, le public est hyper présent. Et, là aussi, le parcours, court et varié, s’y prête. Un départ à Sierre, un mur de près de 1 300 m de dénivelé positif sur 6 km jusqu'à Ponchette. S’ensuit un semi-marathon vallonné puis une descente de 1 100 m de dénivelé jusqu'à Zinal. De quoi créer du suspens et un énorme d'enthousiasme chez les spectateurs.
La fièvre gagne Chamonix sur du court... et du long !
Une ferveur qu’on va retrouver aussi sur le mythique marathon du mont Blanc, attendu le 30 juin. Organisé depuis 2003, c’est là aussi son format court, le 42 km, course phare d'un évènement qui en compte huit, qui chaque année attire une foule enthousiaste. Question de niveau, bien sûr, le plateau élite est toujours impressionnant, mais d'esprit aussi auquel le public n’est pas étranger, comme l’explique Davide Magnini vainqueur de l’épreuve en 2019 : « C’est génial de finir au centre de Chamonix avec tout ce public. Je me sens un peu chez moi ici : je suis né dans le monde du trail à Chamonix en 2019 sur cette même course et le public est ma force, il m’aide à tout donner. »
Un public qu’on a aussi vu se déchainer sur l’UTMB en 2023. Inspirés par le « virage Pinot » sur le Tour de France cet été-là des centaines de supporters s’étaient réunis au col de la Forclaz cette année-là. Du jamais-vu sur cet ultra de 170 km !
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