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Arnaud Maldague traversée Amérique
  • Aventure
  • Exploration

Tout lâcher pour traverser l’Amérique du Nord au Sud : le périple de 7 ans d’Arnaud Maldague

  • 5 juin 2025
  • 6 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Avoir un (grand) rêve qui vous taraude. Se donner pendant deux ans les moyens de le préparer, et tout miser dessus pour changer radicalement de cap. C’est ce qu’a fait le Belge Arnaud Maldague en se lancant en 2018 dans un défi très personnel : parcourir, quasiment sans expérience, les 35.000 km séparant l’océan arctique canadien d’Ushuaïa, en Argentine par tous les moyens non motorisés, à pied, à vélo, à la voile, en Kayak… Parti pour 3 ans, il en est revenu 7 ans plus tard. Une tranche de vie, un vrai tournant pas toujours facile mais "accessible à tous", nous raconte-t-il, quelques mois après son retour à Bruxelles.

Arnaud Maldague carte
(Arnaud Maldague / Livexplorer.com)
Arnaud Maldague carte
(Arnaud Maldague / Livexplorer.com)

Parti le 8 janvier 2018 du village de Kugaaruk, au nord est du Canada, tu es arrivé le 4 décembre 2024 à Ushuaïa… Soit un voyage de 7 ans ! Au départ, pensais-tu partir aussi longtemps?

« Non, pas vraiment, je visais plutôt les 3 ans, 3,5 ans. J’aurais pu aller plus vite si j’avais eu un sponsor et acheter du matériel neuf. Mais mon projet était 100% autofinancé, entre un petit pécule que ma mère m’a laissé à sa mort, j’avais alors 20 ans, et quelques économies, j'ai tout mis dedans ! En cours de route, j’ai donc dû travailler pendant deux ans pour faire avancer mon projet. Pas vraiment pour gagner de l’argent, mais pour réparer une voile par exemple. Même chose pour le canoë, quand je suis parti en Amazonie. Il m’a fallu deux mois pour le trouver, puis le réparer. Après, il faut aussi pas mal de temps pour revendre ton matériel. Au total, sur sept ans, mon budget s’élève à environ 100 000 euros. Ca aurait pu être moins si le Covid ne m’avait pas stoppé trois mois en Jamaïque et un an et demi à la Grenade. La perte du mât de mon voilier m’a aussi fait perdre beaucoup de temps.

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En sept ans, tu n’as pas pris un seul moyen motorisé, t’appuyant sur 8 disciplines sportives. Tu étais donc déjà très aguerri ?

J’avais 28 ans quand je suis parti, après avoir bouclé un master en Sciences Eco. Plus sous la pression sociale que par passion. J’ai donc étudié sept ans, mais j’avais envie de faire ce voyage, pour réaliser un défi sportif, par goût pour la nature. J’avais fait un peu de ski alpin, un voyage à vélo de neuf mois et 13 000 km vers l’Asie, à 22 ans, mais c’était tout. Alors pendant deux ans j’ai préparé mon voyage, en faisant des mini expéditions en Europe, deux petits stages, un pour la voile, un pour le kayak. J’ai essentiellement appris par moi-même avant, et sur le terrain. Decathlon, où je travaillais pour assurer mon quotidien m’avait accordé la possibilité de prendre des congés sans solde pour m’entraîner.

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As-tu été inspiré dans ton approche par d'autres aventuriers ?

Oui, le célèbre explorateur belge Dixie Dansercoer pour la partie polaire, une des plus techniques, sur laquelle j'avais tout à apprendre. Sans cet ami, ce mentor, malheureusement disparu depuis, je n'aurais jamais pu réussir cette expédition. Il m'a aidé à la préparer et, une fois parti, n'a cessé de m'encourager. Ses messages de soutien sont toujours tombés comme par magie dans les moments les plus difficiles, et m'ont redonné de l'énergie pour continuer à avancer. Son soutien n'a pas de prix. [Connu pour avoir notamment traversé l'Antarctique à pied et à skis, il est décédé en 2021, après une chute mortelle dans une crevasse au Groenland alors qu’il faisait un périple de 2 200 kilomètres en compagnie du Canadien Seb Audy.]. Un autre Belge, l'aventurier et parapentiste, Tom de Dorlodot, m’a aussi beaucoup inspiré. [Il est le tout premier avec son collègue espagnol Horacio Llorens, à avoir atteint le sommet du K2 en parapente]

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Qu’est-ce qui aura été le plus dur dans cette aventure pour toi ?

Quand tu es exposé à des températures polaires extrêmes, ou que tu es attaqué par un ours sur la banquise, tu te demandes parfois si tout ça vaut le risque. Chaque partie du voyage, chaque discipline présente ses difficultés techniques. Dans chacune j’avais acquis le minimum de compétences, mais c’est la partie polaire qui a été l’une des plus difficiles. J’avais fait du ski alpin, jamais de ski de rando ni de snowkite. Je m’étais entraîné dans le Jura, mais dans le nord canadien, par de telles températures négatives, -20°C parfois – 50°C, quand tu passes un mois tout seul, c’est une question de survie. J’ai commencé par le Nord, la partie la plus froide et la plus complexe d'un point de vue logistique. C’était plus facile pour moi, notamment pour déterminer la fenêtre météo exacte. Les deux premières semaines, tu te sens vulnérable, tu fais des erreurs. C’est le plus dur, tu te poses beaucoup de questions, puis tu vois que tu t’en sors.

Avec du recul, je me rends compte que j’avais une approche très bucolique parfois. Pour la partie cheval par exemple. C’est un animal basique qui ne veut que manger et dormir. Et avec lui, ce n’est pas la démocratie, c’est la dictature. J’étais naïf. J’ai été un peu déçu, mais c’est vrai que sur les six mois passés à cheval, j’ai dû en changer souvent. Il faut certainement passer plus de temps avec chaque animal. Cela dit, j’ai fait des découvertes : la voile, le ski de rando. Et je suis tombé amoureux de l’Arctique et de l’Amazonie.

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Avec quoi reviens-tu au final de ce très long voyage ?

Avec mon réchaud, un mug, et ma casserole Primus ! Et aussi avec de la satisfaction. Et du soulagement. J’aurais préféré que ça ne dure pas 7 ans. Dès la préparation de ce projet, qui m'a pris deux ans quand même, j'avais en tête qu'il aurait un début et une fin. Mais 7 ans, c'est trop long. Au bout d'un moment tu manques de stabilité quand tous les jours tu te demandes où tu vas te poser. Et puis, les amis, la famille, ça te manque. Mais je voyais ça comme un challenge sportif et j'avoue que si j'ai continué, malgré les doutes parfois, c'est que j'avais cet objectif. Là, je viens de rentrer à Bruxelles, j’ai 35 ans, mes amis ont des enfants... Le temps s'est comme dissolu pour moi. Mais je me sens fier, et plus fort, sans avoir pour autant l’impression d'avoir fait grand-chose. Cette aventure, n’importe qui aurait pu la faire. Au départ, quand je parlais de mon projet, les gens ne comprenaient pas toujours le pourquoi. Dans notre société le concept n'est pas évident pour tous. Au retour, les gens te disent : « c’est cool ! ». Pour eux, tu es un backpacker ou un semi-héros ! Il faut un juste-milieu. C’est une aventure compliquée, mais tout ce qu’on fait dans la vie est compliquée. Se lever pour aller au bureau tous les jours est aussi compliqué. Ça n’est donc pas incroyable. C’est seulement une question de mental. Il faut rester réaliste, être trois plus vigilant et savoir se remettre en question. J’ai encore beaucoup à apprendre. La grande différence par rapport à une expédition très engagée, c’est que mon histoire est plus inclusive, pas toujours extrême, mais accessible à tous.

À 35 ans maintenant, Arnaud Maldague aimerait poursuivre ce type d'expéditions, notamment en zones polaires, et, pourquoi pas, en vivre, car il semble avoir courageusement tourné la page sur un parcours professionnel tout tracé. En attendant, il a l’intention de tirer un documentaire de son périple et s’apprête à contacter des producteurs. Dans un certain sens, l'aventure continue.

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7 ans d'aventure, 8 disciplines sportives

C'est en solitaire et sans carburant qu'Arnaud Maldague s'est lancé en 2018 de Kugaaruk, alors qu'il faisait -50 °C et que le vent était glacial. De là, il a skié pendant 1 705 kilomètres jusqu'à Churchill (Man.), dormant la plupart du temps dans une tente. Il survivra à la rencontre de deux ours polaires, dont un qui a essayé de pénétrer dans sa tente pendant qu'il dormait. Seul un coup de fusil lui permit de le faire fuir.
Il a ensuite parcouru 1 959 kilomètres à vélo vers le sud, de Churchill au Minnesota, a descendu tout le Mississippi en kayak, avant de repartir à vélo de la Nouvelle-Orléans au Belize. Dans les caraïbes, il a parcouru près de 10 000 kilomètres à la voile.
Enfin, après avoir parcouru environ 12 800 kilomètres à vélo, à cheval et en canoë, il a finalement atteint le cap San Pío en Argentine, la pointe la plus méridionale de l'Amérique du Sud continentale.
Un périple qu'on peut aussi résumer en 6 chiffres :

  • 1 700 km en ski de rando et ski-kite : océan arctique canadien
  • 4 000 km en kayak : le Mississipi (États-Unis)
  • 10 000 km en voilier : les Caraïbes
  • 3 400 km en canoë : l’Amazone
  • 2 400 km à cheval et à pied : la pampa argentine
  • 13 700 km à vélo : le sud-est du Canada, le Mexique, la Cordillère des Andes et la Patagonie.

    Pour découvrir tous les détails du périple d'Arnaud Maldague, c’est ici.

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