Elhousine Elazzaoui n’avait plus le choix. Troisième seulement avant la finale des Golden Trail World Series (28,65 km et 2 313 m D+), il devait tout risquer pour conserver son titre, dimanche 25 octobre, en Corée du Sud. Pari gagné : il a signé hier une course spectaculaire et décroché une troisième couronne consécutive, devenant ainsi le premier athlète, hommes et femmes confondus, à décrocher trois couronnes sur ce circuit. Le tout pour deux petits points. Mais le Marocain de 34 ans n’a pas fini de nous surprendre. Egalement vainqueur mi-septembre d’un trail de 55 kilomètres en Suisse, il semble désormais tenté par les longues distances.
« To be or not to be ». Être ou ne pas être. Cette citation empruntée à Shakespeare, Elhousine Elazzaoui l’avait inscrite sur ses mains avant de s’élancer sur les sentiers détrempés du Muju Trail, en Corée du Sud, histoire de se rappeler que « c’était tout ou rien », Ce dimanche 25 octobre, au départ de la grande finale des Golden Trail World Series (GTWS), le Marocain jouait sa saison sur une seule course, et il avait choisi de ne pas calculer. « Aujourd’hui, j’ai tout donné. Je savais que je prenais des risques, mais je me suis dit : s’il arrive quelque chose » confiera-t-il après l’arrivée.
Une finale à quitte ou double
Malgré trois victoires cette saison, à Zegama-Aizkorri, au Ledro Sky Trentino et au Pitz Alpine Glacier Trail, Elazzaoui abordait en effet cette dernière manche en troisième position du classement général. Devant lui, deux Kényans, Philemon Kiriago, leader du circuit, et Patrick Kipngeno. Seulement 46 points séparaient les trois hommes. Mais avec 300 points attribués au vainqueur de la finale, contre 200 lors d’une manche ordinaire, et des bonifications sur certains segments, tout pouvait encore basculer. Restait à affronter un parcours redoutable : 28,65 kilomètres et 2 313 mètres de dénivelé positif dans les montagnes du parc national de Deogyusan. Des montées abruptes, des descentes techniques, des rochers glissants et une pluie persistante. Un terrain où la moindre erreur pouvait lui coûter cher.
Dès les premiers kilomètres, Kiriago tente de prendre les commandes. Mais son offensive ne dure pas. Plusieurs coureurs se regroupent en tête, tandis que Kipngeno connaît ses premières difficultés. Puis Elazzaoui attaque. Dans la montée vers Hyangjeokbong, point culminant du parcours, le Marocain accélère brutalement. Au kilomètre 6,5, il compte déjà près d’une minute d’avance sur ses premiers poursuivants. Ses deux principaux rivaux pour le titre sont relégués à plus d’une minute trente. Vient alors une descente particulièrement piégeuse vers le temple de Baengnyeonsa. Entre les marches, les pierres et les feuilles, les appuis sont incertains. Mais Elazzaoui est dans son élément dans les portions techniques, il conserve l’avantage. Il ne réalise que le cinquième temps du segment chronométré en descente, mais engrange deux points supplémentaires. Deux points qui feront toute la différence quelques heures plus tard.
Au neuvième kilomètre, Kiriago, jusque-là leader du championnat, n’est plus que dixième, à quatre minutes du Marocain. Sur la deuxième grande ascension, Elazzaoui creuse encore l’écart et, au sommet, ses poursuivants immédiats accusent plus de cinq minutes de retard. Kiriago a sombré à la quinzième place. La victoire semble se dessiner. Mais derrière, Patrick Kipngeno n’a pas renoncé. À l’approche de la dernière montée, vers le 21e kilomètre, le Kényan compte encore environ deux minutes de retard sur les coureurs qui se disputent les places d’honneur. Deux kilomètres plus loin, il les a tous dépassés. Le voilà deuxième, lancé à la poursuite d’Elazzaoui. Timothy Kibett remonte lui aussi à grande vitesse. Le Marocain va résister jusqu’au bout et franchir la ligne à l’issue de 2 h 49 min 14 s. Kipngeno termine 44 secondes plus tard, Kibett à 1 min 34 s. Derrière eux, Kiriago, onzième, a perdu son avance au classement général. Verdict : 1 130 points pour Elazzaoui, 1 128 pour Kipngeno. Deux points d’écart après toute une saison !
Et maintenant, cap sur l’ultra ?
Remporter les Golden Trail World Series pour la troisième année consécutive : du jamais vu sur cette épreuve créé en 2018. « Pour moi, c’est vraiment historique. Je suis tellement heureux que j’ai du mal à trouver les mots », reconnaît Elhousine Elazzaoui, très ému, après la course. Cette domination n’a pourtant rien d’une évidence. Il la doit notamment à son sponsor. « J’étais toujours dans le top 5, ces dernières années, mais je n’en étais pas content », nous confiait-il après son premier sacre, en octobre 2024, dans une longue interview. « Je n’avais pas trouvé les gens pour me soutenir. Et, tout seul, tu n’y arrives pas. Je voulais grandir, et chez NNormal, on s’est intéressé à moi. Aujourd’hui, je suis entouré. » À l’époque, celui que l’on surnomme le « Berbère volant » observait déjà avec attention la montée en puissance des coureurs africains. « On voit bien que le niveau monte dans le trail, notamment avec l’arrivée des Kenyans, mais pas seulement », nous expliquait-il. Deux ans plus tard, ce sont précisément deux Kényans qui l’ont poussé dans ses derniers retranchements pour conserver sa couronne.
Après trois titres consécutifs, le Marocain de 34 ans regarde désormais au-delà des formats courts qui ont fait sa réputation. Une idée qu’il mûrit depuis plusieurs saisons. Dans notre entretien d’octobre 2024, il évoquait déjà la possibilité de disputer des courses de l’UTMB, tout en se gardant bien de dévoiler un programme précis : « Je n’aime pas trop en parler à l’avance, car ça met une pression. Mais il faut rêver, toujours ! » Un an plus tard, interrogé par Le Monde, il se montrait plus explicite, envisageant à terme des épreuves de 100 à 180 kilomètres : « Pas encore, mais j’aimerais disputer un jour les plus grandes courses du monde. ». Sans surprise, le 12 septembre 2026, on le voit donc s’imposer sur le Wild 55 d’Adelboden, en Suisse, une épreuve de 55 kilomètres et 3 300 mètres de dénivelé positif, en 4 h 49 min 05 s. Une distance presque deux fois supérieure à celle de ses courses habituelles sur les Golden Trails. Pour autant, Elazzaoui n’entend pas tourner immédiatement la page des Golden Trails : « Je veux revenir l’année prochaine, parce que ce sera le dixième anniversaire des Golden Trail World Series et ce sera très important pour moi. Nous verrons si j’ai encore la possibilité de me battre pour un autre grand résultat. » a-t-il annoncé après sa victoire coréenne.
2022 – 2026 : l’irrésistible ascension d’ Elhousine Elazzaoui
- 2022 : deuxième du classement général des Golden Trail World Series.
- 2023 : deuxième à Zegama-Aizkorri, à 27 secondes du vainqueur Manuel Merillas ; victoire à la Grande Finale des Golden Trail World Series en Italie.
- 2024 : victoire au marathon du Mont-Blanc ; premier titre au classement général des Golden Trail World Series, devant Rémi Bonnet.
- 2025 : victoire à Zegama-Aizkorri ; deuxième titre consécutif aux Golden Trail World Series.
- 2026 : deuxième victoire consécutive à Zegama-Aizkorri ; succès au Ledro Sky Trentino et au Pitz Alpine Glacier Trail.
- 12 septembre 2026 : victoire au Wild 55 d’Adelboden (55 km, 3 300 m D+), en 4 h 49 min 05 s.
- 25 octobre 2026 : victoire à la Grande Finale de Muju, en Corée du Sud, en 2 h 49 min 14 s. Troisième titre consécutif aux Golden Trail World Series, record absolu du circuit.
