La victoire de Blandine L’Hirondel sur l’UTMB et la quatrième place de Thomas Cardin à la Western States installent désormais Kiprun parmi les marques qui comptent au plus haut niveau. Aux côtés de la Kipsummit Race à plaque carbone conçue pour la compétition, la marque de Decathlon propose la Kipsummit Max pour absorber les kilomètres à l’entraînement. Dépourvue de plaque et bâtie autour d’une épaisse semelle en A-TPU, elle mise avant tout sur le confort et la stabilité. Après 1 000 kilomètres de test sur les sentiers, son amorti n’a presque rien perdu de ses qualités et la paire semble capable d’en encaisser plusieurs centaines de plus. Une longévité rare pour un modèle vendu 140 euros.
Les chaussures Kiprun ont longtemps été considérées comme des modèles accessibles, capables d’offrir un rapport qualité-prix convaincant sans véritablement rivaliser avec les meilleures références du marché. La marque de Decathlon investit désormais massivement dans ses produits de compétition et les résultats commencent à suivre. En 2026, Blandine L’Hirondel remporte l’UTMB en établissant le nouveau temps de référence, des Kiprun aux pieds. Quelques semaines plus tôt, Thomas Cardin avait pris la quatrième place de la Western States en passant lui aussi sous l’ancien record du parcours détenu par Jim Walmsley.
Ces performances ont été obtenues avec la Kipsummit Race, le modèle à plaque carbone développé pour la compétition. Dépourvue de plaque et vendue 60 euros de moins, la Kipsummit Max répond à un usage différent. Elle a été pensée pour les entraînements, les sorties longues et les ultras. Nous l’avons testée sur près de 1 000 kilomètres.
En bref
Poids : 268 g (taille 42)
Stack : 38,5 – 32,5 mm
Drop : 6 mm
Crampons : 4 mm
Prix : 140 €
Les +
Amorti confortable et dynamique
Très stable malgré son stack important
Excellente adhérence de la semelle Vibram Megagrip
Durabilité remarquable
Rapport qualité-prix particulièrement convaincant
Les –
Une tige épaisse qui retient l’eau
Un chaussant assez étroit et peu volumineux
Une mousse qui demande quelques sorties avant de s’assouplir

Un confort maximal
La Kipsummit Max porte bien son nom. Tout, de l’épaisse semelle intermédiaire au col en passant par la languette et la tige, privilégie le confort. La languette généreusement rembourrée répartit efficacement la pression des lacets et évite qu’ils ne s’enfoncent dans le cou-de-pied. Les mousses placées autour du talon limitent les frottements au niveau du tendon d’Achille et des malléoles, même après plusieurs heures de course. Un confort qui ne vient toutefois pas sans contrepartie. Si le mesh de l’avant-pied reste bien respirant, l’épais rembourrage du col et de la languette a tendance à retenir l’humidité venue de l’extérieur. Une fois mouillé, il sèche lentement et alourdit la chaussure. La transpiration n’a toutefois pas posé de problème pendant notre essai.
Le chaussant correspond à la pointure annoncée, mais son volume reste assez faible pour une chaussure destinée aux très longues distances. Le maintien est précis au talon et au médio-pied, tandis que l’avant paraît plus étroit et moins profond que celui de plusieurs autres modèles à amorti maximal. Les pieds fins ou de largeur moyenne devraient y trouver un bon verrouillage. Les coureurs aux pieds larges auront intérêt à l’essayer avant de l’adopter pour un ultra.
Une mousse qui s’améliore avec les kilomètres
La semelle intermédiaire FASTECH+ est entièrement composée d’A-TPU, une mousse plus élastique et plus résistante à la compression que l’EVA traditionnellement utilisé dans les chaussures de trail. Ce matériau équipe également certaines des chaussures de route les plus performantes du marché, mais Kiprun l’utilise ici dans une configuration plus dense, pensée pour la stabilité et la longévité plutôt que pour obtenir le poids le plus faible possible. La première impression peut surprendre. Malgré l’épaisseur de la semelle, l’amorti ne paraît pas extrêmement moelleux. La mousse reste plutôt dense et ferme, avec davantage de rebond que de moelleux. Il lui faut quelques sorties pour s’assouplir et devenir plus fluide.
Au fil des kilomètres, la semelle intermédiaire gagne en souplesse sans perdre en dynamisme. Après près de 1 000 kilomètres, l’amorti offre même de meilleures sensations qu’au début de notre test. La chaussure absorbe efficacement les impacts, mais restitue suffisamment d’énergie pour ne pas devenir pataude dès que le rythme augmente. Elle n’offre pas la légèreté ni la propulsion des meilleures supershoes de route. Ce n’est de toute façon pas son objectif. Son comportement se rapproche davantage de celui d’une chaussure d’entraînement très protectrice, capable d’enchaîner les sorties longues sans donner l’impression de courir sur une plateforme molle.
Près de 1 000 kilomètres sans affaissement visible
Une chaussure de trail peut sembler très réussie pendant les premières semaines avant de perdre rapidement son amorti ou de laisser apparaître des déchirures sur la tige. Ce n’est pas le cas de la Kipsummit Max. Après 1 000 kilomètres, l’empeigne commence à s’effilocher légèrement et les arêtes des crampons se sont logiquement arrondies, mais la chaussure reste parfaitement utilisable.
Le plus impressionnant reste l’état de la semelle intermédiaire. Elle présente très peu de plis, signes habituels d’une compression progressive de la mousse, et a bien résisté aux chocs comme aux frottements rencontrés sur les terrains rocheux et abrasifs. Notre paire semble encore capable de parcourir 250 à 300 kilomètres sans baisse importante de ses performances. Toutes n’atteindront évidemment pas la même distance, qui dépend du poids du coureur, de sa foulée et des terrains empruntés. Cet essai montre néanmoins que la Kipsummit Max peut largement dépasser la durée de vie habituelle de nombreux modèles de trail. À 140 euros, c’est un argument solide.
Un stack important, mais une plateforme stable
Malgré ses 38,5 mm de mousse sous le talon, la Kipsummit Max reste stable. La plateforme est large, la mousse suffisamment dense et les parois latérales viennent légèrement contenir le pied. La semelle extérieure en caoutchouc recouvre presque toute la surface et rigidifie encore l’ensemble. Cette construction apporte une assise rassurante sur les terrains irréguliers. La chaussure ne possède pas de plaque et conserve donc suffisamment de souplesse à l’avant-pied pour accompagner le mouvement naturel du pied dans les montées. Sur les portions de bitume et les pistes compactes, le déroulé reste fluide et l’amorti suffisamment souple pour ne pas rendre les transitions désagréables.
Le poids et le volume de la chaussure se font davantage sentir lorsque le sentier impose des changements de trajectoire très rapides ou un placement particulièrement précis. La Kipsummit Max n’a pas l’agilité d’une chaussure de compétition plus basse et plus légère. Sa stabilité lui permet néanmoins de s’aventurer sur des terrains variés sans réserver son usage aux pistes forestières parfaitement lisses.
Une semelle Vibram conçue pour durer
Kiprun utilise une semelle extérieure Vibram Megagrip intégrale, équipée de crampons multidirectionnels de 4 mm. Ceux de l’avant-pied sont orientés pour favoriser la traction dans les montées, tandis que ceux du talon travaillent dans le sens inverse pour mieux retenir le pied dans les descentes. L’adhérence se montre fiable sur la terre, les pierres et les terrains compacts, avec suffisamment de relief pour aborder des sentiers plus meubles. Le caoutchouc intégral ajoute probablement quelques grammes par rapport à une semelle qui laisserait certaines parties de la mousse exposées. Il contribue en revanche à la stabilité de la chaussure et protège efficacement la semelle intermédiaire. Après 1 000 kilomètres, l’usure des crampons reste cohérente avec la distance parcourue.
Pour quels coureurs ?
Les chaussures à plaque carbone et les mousses ultralégères concentrent aujourd’hui une grande partie de l’attention. Elles ne remplacent pourtant pas les modèles d’entraînement capables d’absorber les kilomètres semaine après semaine. La Kipsummit Max appartient à la même famille que les Hoka Speedgoat, Brooks Cascadia, Altra Olympus ou Nike Zegama : des chaussures protectrices, relativement lourdes et conçues pour offrir du confort sur la durée.
Les coureurs qui veulent sentir chaque pierre et chaque racine sous leurs pieds la trouveront trop épaisse. Elle ne conviendra pas davantage à ceux qui recherchent avant tout une chaussure légère, extrêmement précise ou agressive pour courir vite sur de courtes distances. Son chaussant assez ajusté peut également poser problème aux pieds larges.
Pour les autres, elle constitue une excellente chaussure pour l’entraînement et les longues distances. Son amorti protège efficacement les jambes, sa plateforme reste stable malgré sa hauteur et sa semelle Vibram permet d’affronter des terrains suffisamment variés pour ne pas la cantonner aux parcours roulants. Elle peut aussi convenir aux coureurs qui alternent pistes, sentiers et courtes portions de route au cours d’une même sortie.
La Kipsummit Max n’est ni la plus légère ni la plus spectaculaire des chaussures de trail actuelles. Mais elle se montre confortable, rassurante et, surtout, exceptionnellement durable. À 140 euros, peu de modèles peuvent revendiquer un équilibre aussi convaincant entre confort, performance et longévité.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
