On a peut-être trouvé le moyen de surmonter le couvre-feu en toute légalité. Le Covid-19 a paralysé la vie nocturne de la plupart d’entre nous, 54 départements étant désormais soumis à cette règle, mais le combo randonnée de nuit /bivouac pourrait bien nous permettre d’échapper – en toute prudence – à cette atmosphère semi-confinée, le temps d’un week-end. Sensations décuplées garanties.
Dès vendredi minuit, 38 nouveaux départements rejoignent la liste des zones où le couvre-feu est imposé entre 21h et 6h. 54 départements sont donc maintenant concernés par cette mesure annoncée aujourd’hui suite à l’aggravation de la situation sanitaire. Ajoutez à cela que nous passons à l’heure d’hiver dans la nuit de samedi à dimanche - ce qui va dramatiquement raccourcir nos jours - que les salles d’escalade et de sports sont fermées, et il y a de quoi avoir le moral en berne.
Reste une bonne nouvelle : nos nuits vont être plus longues ! L’occasion, pourquoi pas, de tester la rando de nuit, une pratique qui devrait ravir les insomniaques et autres rêveurs éveillés.
Très tendance en ce moment aux États-Unis, la randonnée nocturne est pratiquée par certains en France depuis le début des années 2010. À tester le temps d’un week-end prolongé, ou pendant les vacances de la Toussaint, en profitant du changement d’heure annoncé qui nous plongera donc dans l’obscurité à 17h40 dimanche 25 octobre. Suffisamment tôt pour dégager trois bonnes heures de randonnée de nuit. Une expérience unique à combiner, mieux encore, avec une nuit sous la tente, dès 21h00, histoire de respecter le couvre-feu tout en profitant de l’atmosphère très particulière de la nature, la nuit.
Alors qu’en pleine journée, notre vision peut s’étendre sur des kilomètres à l’horizon, la randonnée nocturne nous oblige à travailler tous nos autres sens. Rester sur le sentier sans rater les balises demande bien plus de concentration la nuit, et c’est là que l’expérience devient intéressante. Cette vigilance nécessite un niveau d’attention qui frise presque la méditation.
En cette période de restrictions sanitaires, la grande majorité des expéditions en groupe sont suspendues. Mais rien ne vous empêche de partir en petit comité, avec un guide ou non. Une seule condition : toujours randonner accompagné. Une consigne valable de jour comme de nuit.
Pour s’y mettre, nous avons trouvé un blog qui concentre les meilleurs conseils sur la randonnée nocturne : « Marche nordique 74 ». Il est tenu par Pascale, une passionnée de marche nordique qui vit en Haute-Savoie – autrement dit, une pro de la rando de nuit.
Pourquoi randonner la nuit ?
Une fois dans l’obscurité, on retrouve enfin cette solitude, en haut des sommets, que l’on a tendance à perdre en plein jour à cause de la foule. Comme une pause dans le temps, qui permet aussi de mieux tendre l’oreille pour écouter - ou, par chance, de voir - des animaux nocturnes, tels que des chouettes, des grenouilles et bien d’autres.
Pour les citadins, c’est l’occasion idéale de renverser ses habitudes : le dépaysement sera total. « Regarder la Voie lactée, une pluie de météorites ou trouver son chemin à la lumière de la pleine lune peut être une expérience transformatrice, surtout si vous êtes habitué à la vie en ville », commente Pascale.
Comment optimiser sa visibilité ?
Contrairement aux idées reçues, s’aider d’une lampe frontale en permanence pendant une rando nocturne n’est pas la meilleure des idées. Il vaut mieux la réserver pour les moments vraiment nécessaires, comme la lecture d’une carte, des passages trop escarpés ou une situation d’urgence.
Fiez-vous le plus possible à la lumière naturelle de la lune. « Cela permettra à vos yeux de s’adapter à l’obscurité et d’amplifier votre vision nocturne afin que vous puissiez mieux observer le paysage, la faune et le ciel étoilé sous la lumière naturelle », explique la rédactrice du blog. Bien sûr, pour vous faciliter la tâche, préférez une randonnée un soir de pleine lune.
Détail à ne pas négliger, « il peut s’écouler 45 minutes avant que vos yeux ne s’adaptent complètement à l’obscurité ». Ne soyez donc pas découragé si le début de la randonnée s’avère plus compliquée. À savoir aussi qu’il « suffit de regarder une source de lumière pendant une seconde pour affecter votre vision nocturne et vous devrez recommencer le processus d’ajustement. »
Dernier conseil pour optimiser votre confort visuel : utilisez votre vision périphérique. « Les bâtonnets dans vos yeux, qui sont essentiels pour voir dans la lumière faible, sont plus nombreux sur la périphérie de votre rétine - ce qui signifie que verrez mieux la nuit en utilisant votre vision périphérique. Plutôt que de regarder directement un objet, essayez d’avoir un regard vide où vous êtes conscient de ce qui est visible au-dessus, au-dessous et à l’extérieur du centre de votre champ de vision. »
Comment bien utiliser sa lampe frontale ou de poche ?
La lumière blanche sera trop vive et dérèglera votre adaptation à la faible luminosité. Préférez une lampe frontale ou de poche qui possède un réglage avec une lumière rouge, en plus de la blanche. « Vos yeux sont moins sensibles aux grandes longueurs d’onde de la lumière rouge, de sorte que votre vision nocturne en sera moins affectée », précise Pascale.
Autre conseil de cette passionnée de rando : « recherchez plusieurs réglages de luminosité. C’est bien de pouvoir passer de faible à forte ou vice versa lorsque vous avez besoin de voir quelque chose, comme un marqueur de sentier ou des détails sur une carte. Le fait de pouvoir le faire vous-même permet également de contrôler l’autonomie de la batterie. »
N’oubliez pas d’éteindre systématiquement votre lampe si vous croisez un autre randonneur sur votre chemin, et faites attention à ne pas éclairer le visage de vos compagnons de randonnée non plus. Pour plus de conseils pour choisir votre lampe, rendez-vous ici.
Quelle attitude adopter en montagne la nuit ?
Pour finir, Pascale partage ses meilleurs conseils pour se lancer sur les sentiers dès la fin de la journée.
À faire :
- Sortez pour admirer le coucher de soleil : «Commencer votre randonnée du soir avec un tel objectif peut vous aider à vous motiver pour sortir à la fin de la journée, alors que tout vous inciterait à sombrer sur votre canapé.
- Commencez par un sentier familier : « Si vous êtes nouveau dans la randonnée nocturne, commencez sur un sentier que vous avez déjà parcouru plusieurs fois pendant la journée, par sécurité.
- Choisir le bon endroit : « Vous pouvez faire de la randonnée nocturne n’importe où. La navigation est plus facile dans les zones ouvertes avec des surfaces réfléchissantes comme les rochers de couleur claire, sans compter qu'elles vous offrent une vue magnifique du ciel pour l’observation des étoiles. Les forêts sombres permettront à vos yeux de s’adapter pleinement à la nuit afin que vous puissiez repérer les animaux nocturnes. »
- Être prêt pour la faune : « La plupart de vos rencontres nocturnes avec des animaux sauvages seront probablement bénignes, mais il est important de faire vos recherches sur les animaux communs dans votre région et d’être conscient de votre environnement. »
- Prendre un téléphone cellulaire pour les urgences : Mais gardez en tête que certaines zones n'ont pas de couverture, donc la prudence est de mise.
- Toujours informer un proche de votre itinéraire : De jour comme de nuit, vous devez dire à quelqu’un où vous allez et à quelle heure vous envisagez de rentrer.
À éviter :
- Choisir un soir au hasard : « Si vous êtes nouveau dans la randonnée nocturne, il est préférable de commencer par un soir de pleine lune. Vous pourrez mieux voir et dépendre beaucoup moins de votre lampe frontale. »
- Partir seul : « La randonnée nocturne peut être intimidante et votre esprit peut être votre pire ennemi lorsque vous êtes seul. Si vous vous lancez dans une randonnée nocturne, allez-y avec un groupe d’amis. »
- Ne pas se précipiter : « L’obscurité rend le terrain plus difficile, même sur des sentiers familiers. Les roches et les racines peuvent sembler sortir de nulle part pour vous faire trébucher ou vous tordre une cheville. Ralentissez et ne vous attendez pas à marcher au même rythme que vous le feriez en plein jour. »
- Ne pas organiser son sac à dos : « Il peut être plus difficile de trouver des choses enterrées dans votre sac la nuit. Rangez les articles importants comme votre bouteille d’eau et votre nourriture dans des endroits faciles d’accès afin de ne pas avoir à allumer votre lampe frontale. »
Pour aller plus loin, découvrez « Osez la nuit », le livre de Stefan Ansermet, passionné de forêts, de minéraux et de montagnes, qui fait vivre sa fascination pour le monde nocturne dans cet ouvrage de 141 pages.
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