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Vincent Colliard expediton Antarctique
  • Aventure
  • Exploration

Sur les traces de Borge Ousland, Vincent Colliard en route pour un nouveau record au pôle Sud

  • 22 novembre 2023
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Fils spirituel de l’immense explorateur norvégien, le Français Vincent Colliard est encore sous le choc du fiasco de sa dernière expédition : un ambitieux projet qui aurait pu faire de lui la personne la plus rapide au monde à atteindre le Pôle Nord, en solitaire et sans assistance. Question de logistique, la faute, pour la deuxième fois consécutive, au conflit russo-ukrainien. Un coup dur, mais pas de quoi l’abattre pour autant : mi-décembre, c’est le Pôle sud cette fois qu’il va tenter de rejoindre à skis, en moins de 24 jours, toujours en solo et sans assistance, sa marque de fabrique. Un parcours de 1130 km - bouclé en 34 jours par Borge en 1996 et en 24 jours par Christian Eide en 2011, détenteur actuel du record - qu’il devra parcourir dans des conditions météo encore très incertaines, réchauffement climatique oblige. Et c’est là peut-être que se situe son défi le plus extrême.

Vincent Colliard, c’est l’explorateur que Borge Ousland – autorité absolue en matière d’aventure polaire – considère aujourd’hui comme son successeur. Ensemble, les deux hommes, respectivement 34 et 60 ans, que séparent près de trois générations, ont monté en 2014, le projet Icelegacy, une série d’expéditions à ski traversant les 20 plus grandes calottes glaciaires de la planète au cours des 10 à 15 prochaines années. Une aventure un peu folle montée afin d’évaluer « en prise directe », l’état de santé de ces témoins d’exception dont l’étendue et la surface diminuent dramatiquement. 

Vincent Colliard expediton Antarctique
(Caroline Côté)

Le Français a plus d’une trentaine d’expéditions à son actif. La plupart du temps en solo. Bien qu’il lui arrive parfois de partir à plusieurs, notamment aux côtés de sa compagne, Caroline Coté – exploratrice et cinéaste québécoise, détentrice du record féminin sur la traversée du pôle Sud en solitaire et sans assistance. « Il a toutes les qualités, la passion pour l’aventure, sans assistance, les valeurs morales, sans compter qu’il est doté d’une force physique incroyable », nous résumait son mentor norvégien, Borge Ousland, début 2023, alors que l'explorateur français préparait une expédition en Arctique.

Début mars 2023, Vincent Colliard calait en effet les derniers détails de son « Odyssée du Pôle Nord » consistant dans sa phase 1 à devenir la personne la plus rapide au monde à atteindre le Pôle Nord, en solitaire et sans assistance. La veille de son départ, il apprenait que la base polaire éphémère de Barneo, maillon clef de son expédition, qu’il devait rejoindre en fin de parcours, ne ré-ouvrirait pas. La cause ? Le conflit russo-ukrainien.

« Quand j’ai compris que le projet devait être annulé, j’ai vraiment eu mal au ventre » se souvient-il près de huit mois plus tard. « J’ai eu l’impression de vivre une violente rupture amoureuse. Cela faisait deux années de suite que je me préparais. […] Ça m’a pas mal déprimé, j’ai eu du mal à m’en remettre. Chercher des fonds, se préparer à survivre à l’Arctique, c’est beaucoup de travail, d’énergie et d’argent ». 

Vincent Colliard expediton Antarctique
(Caroline Côté)

« Peu de temps après, avec Maria Witchell, une amie anglaise qui me soutient pas mal sur mes expéditions, on a décidé de ne pas s’apitoyer sur notre sort » poursuit Vincent. « On a alors contacté UK Med, une association humanitaire à but non lucratif. Avec des donations, Maria a acheté une ambulance que l’on a remplie de médicaments et de matériel médical. On est partis de Londres vers l’Est de l’Ukraine, à 30 kilomètres de la frontière avec la Russie. On l’a laissé au centre hospitalier. De là, on a traversé l’Ukraine en train. […] Ca m’a beaucoup aidé à me remettre sur pied. En voyant la misère de ces pauvres gens en Ukraine, je me suis dit qu’il fallait que je relativise mes petits problèmes de riche ». 

« Les expéditions, c’est mon style de vie » souligne-t-il. « J’ai eu d’autres expéditions difficiles qui ne se sont pas terminées. Et à chaque fois, j’ai besoin d’une zone tampon où je fais des choses simples. C’est pour ça que quand le pôle Nord a été annulé, je suis allé m’entraîner en Norvège en nature, avec mes skis de fond, un peu d’eau et deux/trois barres de céréales. Ça m’a permis de tourner la page, d’accepter d’attendre que la situation se stabilise. Si elle se stabilise un jour. Sur les skis, je me suis dit que j’allais partir en Antarctique cette année pour essayer de faire le record. Ce n’est pas à défaut de l’Arctique que je viens ici, mais presque ». 

C’est donc entre la mi-décembre et la mi-janvier que Vincent Colliard va tenter de rejoindre le pôle Sud le plus rapidement possible à skis, en solo et sans assistance. « Le record a été établi depuis Hercules Inlet, le point de départ, en 2011 par un copain norvégien, Christian Eide » explique l’explorateur. « Il faut ensuite parcourir 1130 kilomètres pour arriver jusqu’au pôle Sud ». Ce que Vincent doit réussir à faire en moins de 24 jours, à raison de 47 kilomètres par jour. Et pour arriver à un tel niveau de performance, chaque détail doit être optimisé. 

Vincent Colliard expediton Antarctique
(Vincent Colliard)

« Tout mon équipement a été pensé afin qu’il soit le plus léger possible. J’essaie de chasser le moindre gramme inutile. Ça va jusqu’aux étiquettes de mes vêtements que je coupe » détaille-t-il. « Je vais aussi optimiser ma stratégie de sommeil. Le parcours peut se découper en deux étapes : les 500 premiers kilomètres qui mènent aux montagnes de Thiels. Ensuite, entre Thiels et le pôle Sud, on rentre vraiment dans le plateau de l’Antarctique. Il fait beaucoup plus froid, et que l’on est plus hauts en altitude. Sur les premiers 500 kilomètres, j’ai prévu de dormir sur une base de sept à huit heures par nuit. Et je vais essayer de skier suffisamment vite la journée pour couvrir presque 50 kilomètres chaque jour. Et si jamais je venais à avoir des ennuis physiques, mentaux, de mauvaises conditions météos, ou si je n’atteignais pas mon objectif sur les 500 premiers kilomètres, j'essaierais de modifier mes heures de sommeil. C’est-à-dire qu’au lieu d'avoir des journées de 24 heures, j'en aurais de 36 heures. Ce qui signifie plus de siestes. En gros, je skierai une journée plus courte que sur les 500 premiers kilomètres. Je ferai une sieste de 2-3 heures, je re-skierai à nouveau une journée moyenne de 8 heures et après m'accorderai une nuit complète. J’ai déjà fonctionné ainsi, mais jamais à long terme ». Une idée qu’il a eu en observant le comportement des chiens de traineaux. « Après s’être posés, et avoir fait une petite sieste, ils repartaient avec beaucoup plus d’énergie ». 

« J’ai bientôt une trentaine d’expéditions derrière moi, cela fait près de 18 ans que je fais ça. Ce qui m’a donné un peu d’expérience au niveau technique mais aussi en termes de gestion logistique et matérielle » détaille Vincent. « Et puis après, en parallèle de cela, je me prépare pas mal physiquement, j’ai emmené mes skis à roulettes jusqu’à Punta Arenas, dans le Sud du Chili où je me trouve actuellement. J’essaie de faire de longues sorties pour me rapprocher au plus de ce que je vais faire en situation réelle. […] Il faut que je sois un petit peu chanceux avec la météo. Comme c’est une année El Niño, je me demande si la hausse des températures des océans va venir impacter la météo en Antarctique ». 

Vincent Colliard expediton Antarctique
(Caroline Côté)

Autre paramètre non négligeable à prendre en compte, Vincent devra se gérer tout seul sur cette expédition. « Je ne conçois pas vraiment les aventures avec de l’assistance » explique-t-il. « Pour moi, l’essence pure d’une aventure, c’est quand on est en autonomie complète. […] Cette solitude, je l’apprécie beaucoup. Aujourd’hui, entre les réseaux sociaux, la com’, les infos, on est submergés par pas mal de contenus en permanence. Aller dans ce genre d’endroits, où l’on est réduit à être, c’est comme un peu comme aller sur une autre planète pour moi. Une sorte de retour à l’essentiel. Un luxe. Et je n’ai pas envie de le dramatiser en disant que c’est hyper dur d’être tout seul. C’est quelque chose que j’aime bien et qui me rééquilibre ».

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