« Il faut se préparer à réduire progressivement notre dépendance au ski alpin » a récemment annoncé Olivier Duch, premier adjoint au maire de Tignes. La commune, dont le nouveau plan stratégique intègre un recul progressif du nombre de journées-skieurs atteignant 30 % en 2055, a décidé de récupérer l’exploitation de son domaine skiable. Un moyen, déjà adopté par d'autres élus, d’« être plus agiles », de « créer de la richesse », de « soutenir la vie locale » et d’amorcer une nécessaire transition.
Notre-Dame-de-Pré (Savoie), Le Grand Puy (Alpes-de-Haute-Provence), Le Tanet (Haut-Rhin)… Nombreuses sont les stations de ski à avoir annoncé ne pas rouvrir leurs portes cette saison. « Il va y avoir d’autres cas », déplorait Guillaume Desmurs dans notre enquête dédiée à cette série de fermetures. « Mais ceux qui trinquent, ce ne sont pas les élus, ce n’est pas DSF [Domaines Skiables de France, ndlr], ce sont les commerçants et les habitants du territoire. […] Ça ne tombe pas du ciel, c’était prévu, écrit, annoncé, expliqué. Il n’y a rien de surprenant. C’est le résultat d’un modèle économique qui arrive au bout, ainsi que de l’absence de projet de territoire de la part des élus communaux, départementaux, régionaux ».
Désormais, de plus en plus de stations sont donc amenées à s’interroger sur leur transition. Certaines décident même de se passer de l’expertise de sociétés privées, comme la Compagnies des Alpes. C’est le cas de Tignes (Savoie), une station qui fait pourtant partie des moins vulnérables d’après l’étude publiée par la Cour des comptes. « Nous ne faisons pas le choix du confort et de la simplicité », reconnaît toutefois Olivier Duch, premier adjoint au maire de Tignes, commune dont le nouveau plan stratégique intègre un recul progressif du nombre de journées-skieurs atteignant 30 % en 2055.« Il faut se préparer à réduire progressivement notre dépendance au ski alpin. Déléguer la gestion d’un domaine à une société privée mène à des discussions qui ne sont jamais simples, car les intérêts du privé ne sont pas ceux du public. Gérer par nous-mêmes les remontées mécaniques va nous permettre d’être plus agiles. L’objectif est de créer de la richesse et soutenir la vie locale ».
L’exploitation du domaine skiable, jusqu’alors gérée par la Compagnie des Alpes (depuis 1988), passera donc sous pavillon public le 1er juin 2026. La reprise en main de l’activité des remontées mécaniques et du service des pistes se fera désormais à travers la création d’une société publique locale (SPL) qui gérera le tout et dont l’activité sera supervisée par les élus. Pour ce projet, la station savoyarde s’est alliée à la collectivité et à la petite station voisine de Sainte-Foy-Tarentaise (une obligation légale dans le cas d’une SPL), et espère un ralliement de Val d’Isère en 2032.
L'objectif : avoir la maîtrise totale du domaine skiable
Tignes n’est pas la première station d’envergure à remercier la Compagnie des Alpes. En 2020, la station des Deux Alpes avait fait le choix de confier à la Société d’aménagement touristique Alpe d’Huez (SATA), une société anonyme d’économie mixte (dans laquelle sont associés des capitaux publics et des capitaux privés), l’exploitation de son domaine skiable.
On ne peut toutefois pas affirmer que l’ensemble des stations de ski renoncent aux services des délégataires privés. Morzine (Haute-Savoie), par exemple, vient de renouveler la gestion de son domaine skiable à un délégataire privé (La Société d'Exploitation des Remontées Mécaniques de Morzine. « Statistiquement, les plus petits domaines skiables sont gérés par les collectivités. Les autres le sont par des sociétés privées (à Val Thorens ou La Plagne) ou des sociétés d’économie mixtes (à l’Alpe d’Huez notamment) » souligne Laurent Reynaud, délégué général de Domaines skiables de France (DSF). « Mais certaines communes préfèrent aujourd’hui avoir la maîtrise totale de leur domaine skiable, y compris sur la politique d’embauches et de commercialisation ».
Le modèle complexe des stations françaises
Car si aux États-Unis, en Autriche ou encore au Japon, on considère généralement le ski comme une activité de loisirs relevant du secteur privé, en France, la loi du 9 janvier 1985, dite « loi montagne », a qualifié le service des remontées mécaniques de « service public industriel et commercial ». « Ce service est géré selon deux modalités principales : en régie, c’est-à-dire directement par la collectivité territoriale, ou confié à une société privée par un contrat de délégation de service public », détaille le rapport de la Cour des comptes.
« Pour autant, la gouvernance des stations en France est complexe, car elle fait intervenir un grand nombre d’acteurs économiques dans le cadre d’un modèle dit « éclaté » », poursuit la Cour des comptes dans son document. « Aux côtés des élus locaux, en charge du pouvoir de police et des documents d’urbanisme (PLU, SCoT), des offices de tourisme et des opérateurs de remontées mécaniques, interviennent de nombreux acteurs privés (loueurs d’équipements, hébergeurs, commerçants, artisans ».
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