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  • Santé
Cancer

Si vous avez un cancer, surtout n’arrêtez pas le sport

femme, VTT et cancer

La rédaction Outside.fr Lindsay Warner

  • 13 août 2020
  • 5 minutes

Du sport sur ordonnance, c’est ce que votre médecin pourrait bien vous prescrire, en complément d’un traitement anti cancer classique, recommande aujourd’hui officiellement la communauté scientifique. 

Jusqu’à présent, un diagnostic de cancer allait souvent de pair avec ces conseils : prenez du repos, ménagez-vous et oubliez pour un temps vos séances d’entrainement. Personne ne s'attendait à ce qu'un cancéreux fasse du sport alors qu’il est sous traitement. Et si certains médecins encourageaient leurs patients à faire un peu d’exercice, nul ne savait vraiment jusqu’où un malade pouvait s’entraîner sans mettre en péril sa santé.

Or en octobre dernier, l'American College of Sports Medicine (ASCM), l'American Cancer Society et quinze autres organisations internationales faisant autorité en matière d’oncologie ont publié de nouvelles directives sur l'exercice physique pour les personnes atteintes de cancer. Pour la première fois, des scientifiques du monde entier ont rédigé une prescription officielle d'exercices pour les personnes sous traitement anti cancer. A savoir, au moins 30 minutes d'activité physique d'intensité modérée trois fois par semaine, plus deux séances hebdomadaires de musculation. 

Mieux qu'une recommandation : une prescription

L’exercice physique améliore la santé physique et mentale, ont rappelé les chercheurs - ce que certaines études soulignaient déjà - mais surtout de nouvelles données mettent en évidence l’efficacité de l'activité physique dans le traitement et la prévention du cancer. Ce qui est capital, surtout si vous faites partie de la population de gens, jeunes et par ailleurs en bonne santé, atteints d’un cancer. 

C’est le cas par exemple, de Kikkan Randall. Cette skieuse de fond américaine de 37 ans a été diagnostiquée d’un cancer du sein trois mois seulement après avoir remporté une médaille d'or avec sa coéquipière Jessie Diggins aux Jeux olympiques de Pyeongchang, en Corée du Sud. Après une belle carrière olympique, l’athlète venait d'annoncer son intention d’arrêter la compétition. On était alors en février 2018. Cinq mois plus tard, en juillet, Kikkan Randall recevait sa première séance de chimiothérapie. La première d’une longue série d’un traitement conçu pour détruire ce corps fort et sain qui lui avait permis de décrocher l’or quelques mois plus tôt.

A 35 ans seulement, Kikkan Randall faisait partie de la petite minorité de femmes de moins de quarante ans atteinte d’un cancer, 75% des cancers du sein se déclarent en effet après 50 ans selon la Ligue contre le cancer. Or, si les médecins recommandaient souvent aux malades sous chimiothérapie « d’essayer de marcher un petit peu chaque jour" ou de "faire quelques étirements légers si vous vous sentez en forme", moins de 25 % des oncologues orientaient les patients atteints d'un cancer vers un réel programme d'exercices, malgré les conclusions publiées en 2010 par l'American College of Sports Medicine Roundtable, selon lesquelles les personnes atteintes d'un cancer pourraient et devraient faire de l'exercice en toute sécurité pendant et après le traitement, après accord du médecin.

Jusqu'en octobre dernier, compte tenu des données limitées de la recherche, il ne s'agissait que de recommandations, jamais de prescription spécifique. Le tout se résumant à "évitez l'inactivité". Aussi rares étaient les médecins à s’étendre sur le sujet.

S'adapter à son niveau d'énergie

Mais pour Kikkan Randall, dont toute la carrière s'était articulée autour de données physiologiques précises, l'idée de maintenir sa forme physique par une courte marche quotidienne était absurde. La skieuse a terminé son traitement - six séries de chimiothérapie et 33 séries de radiothérapie- en janvier 2019. Les nouvelles directives en matière d'exercice sont arrivées trop tard pour influencer son programme d'entraînement pendant cette période, mais même si cela n’avait pas été le cas, elle serait allée bien au-delà, dans le but de conserver au moins une partie de la forme physique acquise en tant qu'athlète pro.

Pendant son traitement, Randall a en effet adapté ses séances d'entraînement à son niveau d'énergie. En collaboration avec l’ancien entraîneur de l'équipe de ski américaine, elle a mis au point une série d’exercices afin de maintenir sa force. Tout en s’assurant les conseils du Dr Susan C. Gilchrist, oncologue cardiaque au MD Anderson Cancer Center au Texas.

Susan Gilchrist, elle-même ancienne joueuse de tennis professionnelle et championne nationale universitaire, est spécialisée dans l'élaboration de programmes d'exercices visant à aider les patients atteints de cancer à atténuer les effets délétères du traitement sur la forme cardiovasculaire. Elle a mis au point le programme "Healthy Heart Program" au MD Anderson et est conseillère pour Outcomes4Me, une nouvelle application conçue pour aider les patients atteints d'un cancer du sein à s'orienter dans les options de traitement et à intégrer dans leur routine quotidienne des habitudes saines, notamment la pratique régulière du sport. Comme le montrent ses études épidémiologiques sur la relation la forme cardio-respiratoire et traitement du cancer, les patientes atteintes d'un cancer du sein peuvent retrouver et ont retrouvé leur forme physique d'avant la maladie. De quoi redonner de l’espoir à Kikkan Randall.

Des bénéfices évidents

La skieuse, désormais retirée du circuit pro,  s’est donc tournée vers d'autres sports qu'elle aimait, dans le but de continuer à avoir une activité physique pendant son traitement. Dans un premier temps, elle a demandé aux responsables du service de chimiothérapie si elle pouvait installer un vélo d’appartement pour pédaler pendant les perfusions. Demande qui lui a été refusée. Elle a donc décidé de se rendre à ses séances à vélo ou de faire de la musculation avant sa chimio. Elle a fait du VTT, a skié le lendemain de sa tumorectomie et a même couru un 10 km pendant la chimio. Juste après avoir terminé son traitement, elle a également participé en 2019 à l’American Birkebeinern, une course de ski de fond dont l’épreuve la plus courte atteint quand même les 50 km. 

L’ex skieuses s'est bien évidemment entraînée pendant son entrainement avec beaucoup plus d'intensité que la plupart des patients atteints d'un cancer. Mais il n'est pas nécessaire de faire de l'exercice avec la ferveur d'un champion olympique pour constater les bienfaits de l’exercice sur la santé, notamment lorsqu'on est atteint d'un cancer.

Beaucoup moins de risques de récidives

Rester actif a plus d’un avantage. Quatre en fait. Les recherches montrent que l'activité physique peut réduire le risque de développer plusieurs types de cancer courants, car l'obésité est un facteur de risque étroitement associé au cancer. L'exercice physique peut également rendre le traitement plus efficace en ralentissant la croissance des tumeurs et même en réduisant leur taille au niveau cellulaire, tout en diminuant l'inflammation chronique et en renforçant la fonction immunitaire. Il peut atténuer les effets secondaires du traitement en améliorant la capacité cardiorespiratoire et en atténuant la perte musculaire. Sans intervention, rappelons que votre niveau de forme cardio-respiratoire peut chuter jusqu'à 30 % pendant le traitement. Enfin, il peut favoriser des changements positifs au niveau de l'anxiété, de l'humeur, de la fatigue, ce qui est capital au niveau de la santé physique, mentale et émotionnelle. 

Si vous êtes déjà physiquement actif au moment du diagnostic, vous avez une longueur d'avance. Cela dit, l'exercice physique ne vous immunise pas, comme le prouve le cas de Kikkan Randall, malade quelques mois seulement après avoir remporté l'or aux JO. Mais pour cette athlète comme pour d'autres jeunes cancéreux en bonne santé, continuer l’entrainement est une façon de s'accrocher à une sorte de normalité pendant que votre corps est physiquement et mentalement assiégé. Cela permet également de mieux rebondir.

"Je me sens chaque jour plus forte et je me félicite d'être restée aussi active pendant le traitement",  raconte Randall, qui a remporté l’American Birkebeiner dans sa catégorie d'âge en 2020 et a couru un marathon en 2,55:12 moins d'un an après la fin de son traitement. "Je suis optimiste de nature, et je suis sûre que je sortirai de cette épreuve dans une forme optimale ».

Mais la meilleure nouvelle à tirer de ces nouvelles recherches est peut-être que même pour les athlètes déjà diagnostiqués d’un cancer, s’entraîner réduit considérablement les risques de récidives. Voilà une raison de plus pour chausser vos baskets ou sauter sur votre vélo pour faire quelques kilomètres en pleine nature !

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