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Route Corse
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Seul et sans assistance, Thibaut Clément explose le record du GT20, la grande traversée Corse à vélo

  • 12 octobre 2023
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Trois ans seulement que Thibaut Clément s’est mis au vélo. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a progressé vite, très vite. Top 10 sur l’étape du Tour, Champion de France Masters de Chrono par équipe... Mais c’est dans un tout autre défi que ce Normand, résidant à Annecy, s’est lancé début octobre : la Grande Traversée de la Corse (GT20) reliant Bastia à Bonifacio (550 km ; 9400 D+), l’équivalent du GR20 dans le monde du vélo, qu’il a bouclée en 23 heures et 38 minutes seulement, battant ainsi le précédent record, 25 heures et 10 minutes, détenu par le Corse Christophe Santini. Un univers encore méconnu pour ce cycliste habitué aux compétitions. Revenant pour Outside sur son périple, il nous raconte les moments "down" de son aventure, entre une nuit particulièrement effrayante et la gestion d’un coup de mou de plusieurs heures, et livre quelques conseils destinés à tous ceux qui souhaiteraient vivre cette aventure en mode record, ou découverte. 

« Le record, c’était l’objectif » raconte Thibaut Clément, 30 ans, cadre de la fonction publique en Suisse, qui a récemment mis un pied dans le monde du vélo ultra-distance. « J’aime encore trop la compétition. Viser un temps, ça m’aide à rester branché mentalement. J'ai vu l’itinéraire du GT20, les records associés : ça m’a vraiment motivé. Et puis, j’ai de plus en plus de copains cyclistes qui se mettent à l’ultra. C’était un gros challenge, mais c’était à ma portée. Le GT20, c’est 550 kilomètres. Si la course avait fait au moins 1000 kilomètres, j’aurais été totalement plongé dans l’inconnu. Mais cette traversée de la Corse, ça restait 24 heures où je n’aurais pas eu besoin de dormir. Donc je me suis lancé ». 

En guise d’entraînement, le Normand est resté sur ce qu’il a l’habitude de faire depuis trois ans. « Je roule beaucoup la semaine, j’ai donc un gros volume d’entraînement » explique-t-il. « S’ajoute à cela mon vélo-taf [85 kilomètres par jour, quatre fois par semaine, ndlr] et mon rythme de courses… Je n’ai pas ressenti le besoin d’avoir une préparation spécifique. Deux semaines avant de tenter le record, j’ai fait un tour du Mont-Blanc, environ 300 kilomètres ».

Lundi 2 octobre, 19h00. Thibaut s'est donc élancé de Bastia, direction Bonifacio en 550 kilomètres et 9400 mètres de dénivelé positif. Cette tentative de FKT, Fastest Known Time, est bien loin des courses qu’il a l’habitude de faire. « C’est deux mondes différents, dans l’approche, dans l’état d’esprit » souligne-t-il. « Je sais aussi que mes qualités sont plus dans l’endurance, dans la résistance que sur des efforts très courts ».

Et pour pimenter le défi, le Normand est parti seul, sans assistance. « Parce que je pense que ça rentre plus l’esprit de ce genre de pratique » explique-t-il. Et puis, je fais du vélo en groupe toute l’année en course… ». Si la solitude ne lui a pas pesé lors de son périple, être accompagné l’aurait bien rassuré pendant les premières heures de la nuit. « J’avais vraiment peur. […] Et je pense que le parcours corse est assez inhospitalier pour une première nuit sur un vélo » raconte Thibaut. « Il m’est arrivé tout ce que je redoutais, des gravillons dans les virages, des attaques de chiens dans les deux premiers villages. Donc à chaque traversée de village, j’étais un peu flippé. Tu es obligé de taper un sprint, tu as de l’adrénaline qui monte et qui descend, le cardio s’emballe, les jambes tremblent un peu. […] À ce moment-là, je me suis dit que j’étais en train de bouffer une énergie folle, juste à avoir peur. J’avais le cardio à 150 alors que j’étais dans les descentes. Il y avait des animaux partout. D’énormes vaches au milieu de la route qui te font comprendre qu’elles ne bougeront pas, une dizaine de lapins qui commencent à venir de manière un peu erratique au niveau de tes roues, des sangliers, des cochons sauvages un peu partout… Il fallait tout le temps faire gaffe, parfois, tu es presque à l’arrêt. Franchement, j’ai passé une longue nuit ».

GT20 Thibaut ClémentGT20 Thibaut ClémentGT20 Thibaut ClémentGT20 Thibaut Clément

"Oublie un peu le record !"

« La fin de la nuit coïncidait avec la fin de la première partie du parcours, j’approchais les 300 kilomètres. Avec les premières lueurs, est venu un relâchement psychologique – j’avais accumulé pas mal de stress pendant toute la nuit » poursuit-il. « J’ai commencé un col de 30 kilomètres. Quand tu vois le panneau 30 kilomètres, ça te fait déjà un petit coup au moral. Et puis j’étais fatigué, j’avais de moins en moins d’énergie. J’avais surtout du mal à digérer. J’avais eu tellement peur d’avoir une fringale pendant la nuit, que je m’étais peut-être suralimenté. Je m’étais pourtant fait des plans nutrition, avec mes gels, mes barres, ma boisson isotonique, etc. Un truc vraiment carré. J’avais calculé mes grammes de glucides, un peu comme je peux le faire en course. […] Mais mon corps n’assimilait pas tout ça ». 

Thibaut s'est alors clairement mis à douter. « Je me suis arrêté dans la descente du col » se souvient-il. Ça n’allait plus du tout. Je me disais que j’allais être incapable de faire 270 bornes comme ça. […] Dans ma tête, c’est comme si j’étais arrivé au bout d’un marathon et que l’on me disait d’en faire un autre. Ce n’était pas possible. Je pensais que mon corps avait atteint à ses limites. 

Je me suis alors dit : ‘Oublie un peu le record’. Ça m’a enlevé la pression. Alors, perdu pour perdu, je me suis arrêté dans un supermarché, et j’ai décidé de me faire plaisir. J’ai commencé à manger comme un Américain – des bonbons, des Smarties, des Snickers, des cacahuètes. Le tout en buvant du soda. Quand je suis reparti, ça n’allait pas beaucoup mieux. Et jusqu’au 430e kilomètre, à chaque montée, je me suis dit : ‘Au sommet de celle-là, tu arrêtes’. Mais après chaque col, j’avais 15 kilomètres de descente où je reprenais un peu d’énergie. […] Et finalement, je continuais d’avancer. Au 430e kilomètre, c’est comme si j’étais sorti d’une tempête, que tous les nuages s’étaient dissipés. J’ai réussi à digérer, mon corps a assimilé tout ce que j’avais pu manger. Et j’ai retrouvé une puissance incroyable, que je n’avais quasiment jamais eue depuis mon départ. D’un coup, je volais. Il restait 160 kilomètres, et ça allait beaucoup mieux. Après, c’est un cercle vertueux. Je gagnais du temps sur mes prédictions, et j’ai vu que je pouvais aller battre le record. Niveau nutrition, j’ai adapté ma stratégie. Mais je ne suis pas certain que ce soit trop à suivre. J’ai arrêté de m’alimenter. Et j’attendais d’avoir faim pour être sûr que mon organisme assimile tout de suite. […] Je me gavais de Haribo et de cacahuètes. Ça a tenu jusqu’au bout, mais peut-être que j’étais à la limite de l’hypo. C’est fou la forme que j’avais en arrivant ».

Thibaut Clément a ainsi nettement battu le record (homologué par l'Agence de Tourisme de la Corse) jusqu’alors détenu par Christophe Santini (25 heures et 10 minutes). « Si je devais le refaire, je prendrais plus le temps pour vraiment profiter des paysages variés » concède-t-il. « Faire la moitié de nuit, c’est dommage. Je recommanderais plus cette aventure en bikepacking sur trois, quatre jours. Il y a largement de quoi se ravitailler sur le parcours. Dans chaque village, il y a toujours un petit supermarché, un petit bar, des fontaines un peu partout ».

GT20 Thibaut Clément Strava
(Strava)

Pour en savoir plus sur le GT20, rendez-vous ici

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