C’est sa troisième tentative. Voire la quatrième, si l’on inclut l’expédition annulée en 2023 pour cause de blessure. Mais, une fois de plus, l’alpiniste de 32 ans est déterminé à gravir le sommet du monde en style alpin, en solo, au cœur de l’hiver et, de surcroît, par une voie différente de la voie normale. Ce serait une première. De quoi susciter beaucoup de scepticisme dans le monde de l’alpinisme. Mais aussi forcer le respect.
Trente-six jours qu’il est arrivé à katmandou. Quatre qu’il a entamé son ascension de l’Everest (8 849 m). Parti du camp de base le 22 décembre, Jost Kobusch est actuellement à 7248 m, selon le tracker qui permet de le suivre en direct. L’alpiniste allemand progresse donc à bonne allure. Mais on se souvient que lors de sa première tentative pendant l’hiver 2019-2020, il avait dû rebrousser chemin à 7366 m. Animé par une détermination sans failles, il avait remis ça en 2021, année où il n’avait pas dépassé les 6450 m. L’année suivante, surentraîné, c’est une blessure qui l’avait conduit, la mort dans l’âme, à annuler son expédition.

Pour cette troisième tentative, Jost Kobusch semble suivre son plan d'action. A savoir, accéder au Lho La (le col séparant l'arête ouest de l'Everest et le Khumbutse Peak) sur la glace plutôt qu'en grimpant sur la roche. Et surtout suivre sa ligne directrice, malgré les critiques : beaucoup doutent de la faisabilité de son projet, Messner en tête, qui lui reproche de courir surtout après la gloire. Même si, vu son âge, son CV est plus qu’honorable. En 2014, à 21 ans seulement, il gravit l’Ama Dablam en solitaire. Deux ans plus tard, en 2016, c’est l’Annapurna sans oxygène. Et l’année suivante, en 2017, il réalise en solitaire et toujours sans oxygène, la première ascension du Nangpai Gosum I (7 321 mètres, Népal). La même année, il avait réalisé l’ascension de l’Elbrouz, en hivernale et en solitaire.
Sa marque de fabrique, écrit Kobusch sur son site : les ascensions en solo à haute altitude, dans une approche minimaliste. Un « départ vers l'inconnu », dit-il, avec en ligne de mire des ascensions hivernales, de nouveaux itinéraires et des sommets non gravis. « Je suis ma curiosité. J’essaye de faire des choses dont je ne suis pas sûr qu'elles soient possibles. C'est pour cela que je vis. »
Pas sûr, cette fois non plus qu’il y parvienne, mais l’esprit et là. D'autant que le jeune alpiniste tend à rendre ses expéditions aussi « durables » que possible. A son actif, explique-t-il sur son site : le développement depuis l’été 2020 d'un calculateur de CO2 avec l'organisation à but non lucratif Wilderness International. Il s’agirait, selon lui, de « la première approche pour enregistrer l’empreinte CO2 d’une expédition, tout en étant simple à utiliser. Cela signifie que même l'ascension hivernale de l'Everest, avec toutes ses dépenses logistiques diverses et étendues, peut être enregistrée en détail.» Les émissions de ses expéditions sont par la suite compensées via la protection de zones de forêt tropicale primaire particulièrement riches en espèces et de grande valeur écologique dans l'ouest du Canada et au Pérou. « Pour ma dernière tentative sur l'Everest, j'ai protégé un peu plus de 100 m2 de forêt tropicale saine », dit-il.
Outre ce calculateur, il a également contribué, en collaboration avec deux de ses amis, au développement d'un autre outil. « Un manuel des déchets permettant une planification précise des déchets d’expédition dans une optique écologique, via son association Mountain Synergies ».
« Greenwashing », diront certains. Reste qu’au quotidien, l’alpiniste a adopté une ligne de conduite dont beaucoup pourraient s’inspirer. A son actif, il cite notamment :
-La réduction des matériaux d'emballage de ses expéditions (notamment le plastique)
-Un régime végétalien
-Un entraînement près de chez lui, à Chamonix et dans les Alpes en transports en commun ou en covoiturage
-La réduction de ses émissions grâce à des trajets plus longs et une fréquence de déplacement plus faible
-Le transport de son matériel jusqu'au camp de base par porteurs ou yaks
-L'usage le plus réduit possible des hélicoptères
-Un camp de base très minimaliste ("souvent juste une tente dans laquelle je cuisine", dit-il)
-Tous les déchets humains sont descendus des camps élevés ; Utilisation minimale d'équipements de sécurité fixes
Film : « À l’assaut de l’Everest », seul sur le toit du monde
Produit par Arte, ce documentaire de 32 minutes retrace l’extraordinaire tentative de février 2020 du jeune alpiniste qui, après avoir atteint l’arête ouest de l’Everest à 7366 mètres, devra renoncer – épuisé et sans marge de sécurité. Il est disponible jusqu’au 28 avril 2025.

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