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Hillary Dawa Sherpa
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  • Alpinisme & Escalade

Hillary Dawa Sherpa, guide népalais abandonné sur l’Everest : l’affaire qui embarrasse le Népal

  • 8 juin 2026
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Retrouvé vivant alors que sa famille préparait déjà ses funérailles, Hillary Dawa Sherpa n’est plus seulement le guide népalais qui a survécu à l’Everest. Hospitalisé à Katmandou, il est désormais au cœur d’une affaire qui embarrasse le Népal. Comment a-t-il pu rester près d’une semaine seul sur la montagne ? Pourquoi les secours ont-ils tardé ? Et qui devait assumer la responsabilité de sa disparition ? Tandis que les autorités ont ouvert une enquête, sa famille réclame une investigation indépendante et une indemnisation. Au-delà du cas Hillary Dawa Sherpa, c’est le sort réservé aux travailleurs népalais de l’Everest et les dérives du business sur le toit du monde qui se retrouvent brutalement exposés.

Le 29 mai, alors que la saison printanière sur l’Everest touchait à sa fin, Hillary Dawa Sherpa disparaît au-dessus du Camp III, dans le secteur de la Yellow Band. Pendant près d’une semaine, plus personne ne croit le revoir vivant. Sa famille commence même les rituels funéraires. Le 4 juin, pourtant, le guide népalais est retrouvé près de Crampon Point, à proximité du camp de base, par un membre du Sagarmatha Pollution Control Committee.

Les circonstances exactes de sa survie restent encore floues. Selon l’Everest Chronicle, Dawa Sherpa aurait chuté dans une crevasse à environ 5 500 mètres d’altitude, au cœur de la cascade de glace du Khumbu. Il y serait resté piégé près de deux jours, avant qu’une avalanche ne comble partiellement l’ouverture et lui permette de s’extraire. Blessé, déshydraté, seul, il aurait ensuite réussi à progresser jusqu’aux abords du camp de base.

Évacué par hélicoptère vers le HAMS Hospital de Katmandou, Dawa Sherpa reste pris en charge en soins intensifs. Selon le communiqué de l’établissement, le guide souffre d’une fracture du fémur distal droit, au niveau du genou, d’une sévère déshydratation, ainsi que d’engelures aux deux mains, dont certaines au second degré. Son état est désormais stable et son niveau d’hydratation s’est nettement amélioré, mais les médecins indiquent qu’il devra encore rester sous surveillance étroite pendant plusieurs jours.

Une enquête désormais ouverte

Sous pression, les autorités népalaises ont fini par ouvrir une enquête administrative. Le Département du tourisme devra désormais établir ce qui s’est réellement passé, et surtout si des manquements ont retardé les recherches. « Nous examinerons cet incident en détail », a déclaré son directeur général, Ramkrishna Lamichhane. « Là où des manquements seront constatés, des mesures strictes seront prises conformément à la loi. Si une négligence est établie, l’entreprise concernée pourra être inscrite sur liste noire. »

La Nepal Mountaineering Association (NMA) a elle aussi demandé des comptes. Dans un communiqué publié cette semaine, l’organisation estime que « l’abandon d’un guide dans la zone de la mort de Sagarmatha (Mont Everest) soulève de graves questions éthiques et humanitaires ». Elle appelle le gouvernement à créer une commission d’enquête indépendante sur les circonstances de l’abandon de Hillary Dawa Sherpa, et à « traduire en justice toute personne reconnue coupable d’actes ayant pu mettre en danger la vie d’un autre alpiniste ».

Damu Sherpa, l’épouse du guide, a elle aussi saisi le gouvernement. Dans sa requête, elle demande l’ouverture d’une enquête indépendante et réclame une indemnisation pour sa famille.

Une affaire qui dépasse le cas de Dawa Sherpa

L’enquête devra établir les responsabilités dans l’abandon de Hillary Dawa Sherpa. Mais l’affaire dépasse déjà son seul cas. Elle expose les angles morts du système Everest, entre agences aux responsabilités parfois diluées, secours coûteux, assurances incertaines et travailleurs népalais trop souvent relégués au second plan.

Hillary Dawa Sherpa travaillait pour Himalayan Traverse, une petite agence basée à Katmandou. Son permis d’ascension, lui, était enregistré sous celui de 8K Expeditions, un opérateur beaucoup plus important. Ce type d’arrangement est courant au Népal. Il permet à de petites agences de partager les coûts liés aux permis, aux officiers de liaison et à la logistique des expéditions.

Dans le cas de Hillary Dawa Sherpa, ce montage aurait pourtant contribué à brouiller les responsabilités au moment de déclencher les recherches. Selon l’Everest Chronicle, aucun des deux opérateurs n’était prêt à assumer le coût d’un secours héliporté, qui peut atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars lorsqu’il faut intervenir jusqu’aux environs du Camp III. Ce n’est qu’après la menace du ministère du Tourisme d’annuler les licences des deux agences qu’une recherche aérienne aurait finalement été organisée. Interrogé par le média, un responsable du Département du tourisme a reconnu que les complications liées aux assurances et aux responsabilités avaient entraîné un retard dans le processus de sauvetage, les opérations de secours en altitude étant particulièrement coûteuses.

Une fois Hillary Dawa Sherpa retrouvé vivant, Lakpa Sherpa, dirigeant de 8K Expeditions, a affirmé avoir financé le vol de recherche effectué avec un membre de sa famille, ainsi qu’apporté une aide financière à ses proches. De son côté, un représentant de Himalayan Traverse a expliqué que l’agence avait demandé au Sagarmatha Pollution Control Committee de maintenir une échelle dans la cascade de glace du Khumbu « au cas où il reviendrait ». Des explications qui ne répondent pas au cœur de l’affaire. Pendant plusieurs jours, un guide manquait à l’appel sur l’Everest, sans que l’on sache encore pourquoi les recherches ont tardé à s’organiser.

Cette affaire éclate au terme d’une saison record sur l’Everest. Selon les chiffres préliminaires du Département du tourisme, 1 009 ascensions ont été recensées depuis le versant népalais, avec plus d’un milliard de roupies de recettes liées aux permis. Le sort de Hillary Dawa Sherpa rappelle que sur l'Everest, ceux qui prennent le plus de risques restent souvent les moins protégés.

« Ce drame révèle ce qu’est devenu l’Everest et la manière dont ceux qui travaillent sur la montagne sont parfois traités », estime Norbu Tenzing Norgay, fils de Tenzing Norgay. Même colère du côté de Karma Gelje Sherpa, le neveu de Dawa : « Le gouvernement doit prendre des mesures. C’est la négligence de la compagnie qui a entraîné un tel retard dans le déclenchement des secours. S’il avait été un alpiniste étranger, les recherches auraient certainement été organisées beaucoup plus rapidement, mais il se trouve qu’il était un Népalais âgé. »

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