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Secours en montagne : gratuits en France, payants ailleurs ? Comment font les autres pays

  • 13 mars 2026
  • 9 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Dans un rapport présenté au Sénat le 11 février, la Cour des comptes relance la question du principe de gratuité des secours en montagne. Parmi ses pistes, elle évoque la possibilité d’une facturation partielle ou totale des interventions. Pour mesurer ce que changerait une telle évolution, Outside s’est penché sur la manière dont les secours en montagne sont organisés et financés à l’étranger. De l’Etat providence à la française, à la facturation très encadrée à la Suisse, en passant par le bénévolat à l’anglaise ou la néozélandaise, sans parler bien sûr du secours à la népalaise, largement confié à des entreprises privées, et donc payant. Des modèles fort différents, et souvent hybrides, à l’image des cultures nationales qui les ont façonnés.

En France, un principe ancien de gratuité

En France, la gratuité des secours en montagne s’inscrit dans une longue tradition d’assistance publique aux personnes en danger, consolidée par la loi Montagne de 1985 et aujourd’hui inscrite dans le Code de la sécurité intérieure. Concrètement, les opérations de secours sont financées par des moyens publics et donc prises en charge par la collectivité.

Mais l’augmentation rapide des coûts a relancé le débat : « Il est difficile de rester au statu quo lorsqu’une intervention coûte en moyenne près de 10 780 € à la collectivité » - soit 107 millions d’euros de budget total en 2024 - souligne la Cour des comptes. Selon l’institution, le coût global du dispositif a augmenté de 54,5 % depuis 2012, une progression bien supérieure à l’inflation. Dans son rapport, elle recommande d'envisager d’ici 2028, de « facturer totalement ou partiellement les interventions des services de secours en montagne ; faire évoluer la réglementation pour sanctionner plus facilement les comportements à risque et éviter le recours abusif aux services de secours en montagne ». Des pistes qui s’inspirent, au moins en partie, de modèles déjà en vigueur dans plusieurs pays européens.

Suisse : un modèle basé sur l’assurance

Entre les glaciers du Mont Rose, les pentes du Cervin et les itinéraires très fréquentés de l’Oberland bernois, la Suisse abrite certaines des plus belles montagnes d’Europe. Mais en cas de problème, l’intervention des secours peut rapidement se transformer en facture salée, à moins d'être assuré.

Ici, les opérations sont assurées par la Garde aérienne suisse de sauvetage (REGA), hormis dans le canton du Valais, où elles sont prises en charge par une association privée reconnue d’utilité publique, l’Organisation cantonale valaisanne des secours.

Le système s’inscrit dans une logique de responsabilisation individuelle, censée limiter les interventions non nécessaires et encourager les pratiquants à évoluer en montagne avec davantage de prudence. Ainsi, les personnes secourues sont systématiquement facturées, selon un barème établi par la Commission des tarifs médicaux de la Caisse nationale d’assurance accidents.

En pratique, les frais sont souvent couverts par différents dispositifs d’assurance :

  • L’assurance-accident des employeurs prend ainsi en charge les frais de sauvetage pour les salariés en cas d’accident — mais pas lorsqu’il s’agit simplement de rechercher une personne égarée et non blessée.
  • L’assurance maladie obligatoire, elle, rembourse 50 % des frais de sauvetage, dans la limite d’un plafond, lorsque la vie ou la santé de la victime est menacée.
  • À cela s’ajoutent des assurances volontaires. La REGA propose par exemple une cotisation annuelle d’environ 30 francs suisses, souscrite par plus de 40 % de la population, qui permet à ses membres d’être exonérés des frais de sauvetage.

Italie : gratuit si on est réellement blessé

En Italie, les secours en montagne y sont assurés par le Corps national de secours alpin et spéléologique (CNSAS), une organisation intégrée au Club alpin italien, et structurée en services régionaux ou provinciaux. Par exemple, dans la région la plus concernée par les opérations de secours, le Val d’Aoste, leur organisation est confiée au Secours alpin valdôtain (SAV), une institution régionale qui représente le CNSAS sur le territoire.

Le principe de prise en charge est relativement simple :

  • Si la victime nécessite des soins médicaux, l’intervention est généralement gratuite, car couverte par le système de santé national.
  • Si la personne est indemne, l’intervention peut être considérée comme non justifiée médicalement, et les frais engagés — notamment l’hélicoptère et le personnel mobilisé — peuvent alors être facturés.

Dans certaines régions alpines comme le Val d’Aoste ou la Lombardie, une grille d’analyse permet même d’évaluer le caractère justifié ou non du secours, en tenant compte par exemple du niveau d’équipement du pratiquant ou de la cohérence entre l’itinéraire choisi et son expérience. Un système qui n’est cependant pas sans limites : déterminer si une intervention est réellement « justifiée » peut être source de contestations et de contentieux, laissant une large part d’appréciation aux équipes de secours.

Autriche : un système hybride

Des grandes faces du Großglockner aux itinéraires très fréquentés du Tyrol, l’organisation des secours en montagne en Autriche relève d’un système très décentralisé : la compétence appartient aux Länder, les régions fédérées. Dans la plupart des cas, les communes sont responsables de l’organisation des secours sur leur territoire, même si cette mission est souvent confiée à des organisations spécialisées. Dans le Tyrol, région qui concentre une grande partie des interventions, les opérations sont ainsi assurées par le Service autrichien de secours en montagne (Österreichischer Bergrettungsdienst – ÖBRD), une association à but non lucratif reposant largement sur des secouristes bénévoles.

Côté financement, les secours ne sont pas systématiquement gratuits, même en cas d’urgence. Lorsqu’une intervention est liée à un comportement jugé imprudent ou négligent, ou lorsqu’elle survient dans le cadre d’activités de loisirs comme le ski ou la randonnée, les autorités peuvent demander une participation financière aux victimes. Depuis 2022, certaines régions appliquent même un forfait selon l’intensité et de la durée de l’intervention, auquel peut s’ajouter le coût de l’hélicoptère — environ 85 € par minute de vol.

Le financement du dispositif repose sur un modèle mixte : les Länders prennent en charge environ la moitié des dépenses, tandis que le reste provient de dons et des recettes issues des interventions. En pratique, les sections locales du service de secours décident au cas par cas de demander ou non le remboursement des frais engagés. En règle générale, celles-ci paient : environ 170 € par heure pour une petite intervention, 555 € par heure pour une opération standard et jusqu’à 1 111 € par heure pour une intervention de grande ampleur ou complexe.

La sécurité sociale ne couvrant qu’une partie des dépenses, de nombreux pratiquants souscrivent à des assurances spécifiques. L’une des plus répandues, proposée par l’ÖBRD, coûte environ 36 € par an et couvre les frais de recherche et d’évacuation, quel que soit le moyen mobilisé.

Espagne : un service public gratuit, parfois payant selon les régions

En Espagne, le secours en montagne est principalement assuré par le Service de secours et d’intervention en montagne (SEREIM), une unité spécialisée de la Garde civile espagnole. Dans la plupart des cas, les interventions sont gratuites, car financées par l’État.

Cependant, certaines communautés autonomes (Catalogne, Asturies, Pays Basque, Madrid et Canaries) ont instauré des groupes d’intervention dédiés à leurs territoires, généralement des pompiers et des policiers spécialisés dans le secours en montagne, et peuvent faire payer des contributions financières dans certaines situations, notamment en cas d’imprudence.

Royaume-Uni : un modèle entièrement bénévole

Le modèle britannique est radicalement différent. Les secours en montagne sont gratuits et largement assurés par des bénévoles. Les équipes sont structurées en associations caritatives indépendantes, coordonnées au niveau national par des organisations comme Mountain Rescue England and Wales ou Scottish Mountain Rescue. Ce système repose sur le volontariat et les dons, un modèle difficilement transposable ailleurs.

États-Unis et Canada : le Search and rescue gratuit

Aux États-Unis et au Canada, les opérations de search and rescue sont en grande majorité gratuites. Elles sont souvent coordonnées par les shérifs locaux ou les parcs nationaux, mais la majorité du travail sur le terrain est assurée par des équipes de volontaires hautement qualifiés. Quelques parcs nationaux, comme Denali, Yosemite, Grand Teton ou Mount Rainier, disposent cependant d’équipes salariées pour compléter ces missions.

Dans certains États américains (Idaho, Maine, Colorado, Oregon, Utah) des lois permettent théoriquement de facturer les interventions en cas de négligence grave, mais ces dispositions sont rarement appliquées. L’exception notable reste le New Hampshire, où depuis 2008, la loi autorise le département Fish and Game à facturer les pratiquants en plein air jugés responsables d’un comportement négligent.

Ailleurs dans le monde

Amérique du Sud — Chili & Pérou : un secours très localisé, parfois privatisé

Dans les Andes, les secours en montagne reposent souvent sur des organisations locales plutôt que sur un large service public étatique.

  • Au Chili, le Socorro Andino Chileno, affilié à la Fédération andine de montagne, est une structure spécialisée qui mobilise des alpinistes et secouristes bénévoles pour intervenir face aux accidents en haute montagne, aux avalanches ou aux chutes sur des itinéraires engagés. 
  • Au Pérou, le Socorro Andino Peruano joue un rôle similaire dans les régions de la Cordillère Blanche et Huayhuash. Organisation privée mais dédiée au service d’urgence, elle coordonne les opérations de recherche et sauvetage avec les autorités et les forces de police de montagne, notamment dans des zones difficiles d’accès. 

Contrairement à l’Europe, ces pays n’ont pas de système universel de prise en charge : les coûts peuvent être importants, surtout si un hélicoptère doit intervenir — parfois avec une demande de dépôt ou de couverture d’assurance avant l’envoi des moyens.

Népal : un terrain extrême, des opérations souvent onéreuses

Au Népal, il n’existe pas de service public de secours financé par l’État comparable à ceux d’Europe ou d’Amérique du Nord : les opérations sont souvent assurées par des compagnies privées d’hélicoptères, des services d’évacuation spécialisés ou des guides et expéditions indépendants qui coordonnent les secours avec les autorités locales. 

Du fait de l’isolement des itinéraires dans l'Himalaya, des infrastructures médicales limitées et des reliefs extrêmes, l’hélicoptère devient souvent la seule solution rapide pour évacuer un blessé ou une victime d’un problème médical grave vers un hôpital à Kathmandou ou Pokhara. Et cela a un coût élevé. Selon les zones et la distance à parcourir, une évacuation héliportée peut coûter plusieurs milliers de dollars : en moyenne 3  000 à 7  000  USD pour un sauvetage dans des régions très fréquentées comme l’Everest ou l’Annapurna, et parfois davantage dans des zones plus reculées comme le Dolpo ou le Kanchenjunga.

Ce modèle a aussi donné lieu à des dérives : des enquêtes récentes ont mis au jour des fraudes liées à des « faux sauvetages » facturés à des compagnies d’assurance, mettant en lumière les défis d’un système où la frontière entre assistance et profit devient floue.

Japon : un débat naissant sur la facturation des secours, aujourd'hui gratuit

À l’autre bout de l’Asie, de hauts lieux de randonnée comme le mont Fuji voient émerger des discussions sur le financement des secours. A ce jour, les secours en montagne restent généralement gratuits pour la personne secourue et pris en charge par les administrations locales et financés par les impôts. Mais certains responsables locaux envisagent un financement plus contributif des secours. Notamment autour de la facturation des hélicoptères de sauvetage lorsque des randonneurs sont secourus hors saison ou par imprudence. Une idée encore en débat, et loin d’être partagée par tous dans le pays.

Nouvelle‑Zélande : du bénévolat coordonné, gratuité de fait

En Nouvelle‑Zélande, le secours en montagne s’inscrit dans un cadre de search and rescue coordonné nationalement, souvent piloté par la police néo‑zélandaise pour les opérations terrestres et par le Rescue Coordination Centre NZ pour les missions plus vastes. À la différence de nombreux systèmes européens, ces missions sont généralement prises en charge sans facture directe pour la personne secourue, s’appuyant largement sur des équipes de volontaires (plusieurs milliers à l’échelle du pays).

Au final, les modèles de secours en montagne reflètent souvent la culture et l’organisation des systèmes de protection sociale de chaque pays. Pour la France, la question reste entière : faut-il faire évoluer un modèle historique fondé sur la solidarité nationale ? Pour l’instant, le gouvernement ferme la porte. Lors d’une séance de questions au gouvernement le 25 février, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a assuré que l’organisation actuelle ne serait pas remise en cause : « Nous maintiendrons l’organisation qui est la nôtre actuellement, avec ces trois forces ». Par ces mots, il écarte l’idée d’une unification des services, pourtant suggérée par la Cour des comptes, qui pointait un « manque de cohérence » entre les pelotons de gendarmerie de haute montagne (PGHM), les CRS Montagne et les groupes montagne des sapeurs-pompiers (GMSP). Selon les magistrats, réunir ces unités au sein d’une force unique permettrait de simplifier l’organisation territoriale et de générer environ 10 millions d’euros d’économies. Le ministre a néanmoins évoqué la possibilité d’une « modernisation » des interventions, sans donner plus de détails sur les pistes envisagées. Le débat, visiblement, est loin d’être clos.

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