C’est l'une des premières grandes expéditions françaises post Covid. « Riding to explore », le très ambitieux projet d’Armelle Courtois et de Martin Thomas, tous deux athlètes de haut niveau - en kitespeed pour Armelle, en canoë slalom pour Martin - aurait pu débuter en Asie ou en Amérique latine. Mais c’est dans la Maurienne, qu’ils ont pris leur envol hier.
« Ça y est l'aventure est lancée, nous sommes en route pour la Maurienne, les conditions semblent favorables pour ce secteur dès dimanche. Nous avons pour objectif un lac situé à côté du Mont Cenis à 2500m. La météo semble difficile pour la semaine prochaine, il nous faudra composer avec les éléments! », écrivait samedi Armelle Courtois à Outside.
Bien vu. Hier, dimanche 14 juin, le duo d’athlètes de « Riding to explore », profitait d’une bonne fenêtre météo et survolait son premier lac : le lac des Savigne. Comblé : « On ne pouvait rêver mieux. Du vent, un lac semi dégelé. La pluie est arrivée vers 18h avec un retour engagé dans le brouillard et sous l'eau, mais rien ne pouvait gâcher notre bonheur », concluait Armelle, jointe par téléphone.
Cette première étape dans les Alpes n’est que le début d’un projet atypique s’étalant sur deux ans et qui devrait les conduire des Andes à l’Himalaya. Un vaste programme couvrant une liste très large de lacs - naturels, d’altitude et loin des routes -dont le planning précis est tributaire des conditions météo.




Kiter les plus hauts lacs du monde
A son origine, deux athlètes de haut niveau. Armelle Courtois, vice-championne du monde de kite speed en 2017, dans son viseur les JO 2024, et Martin Thomas, vice-champion d’Europe et champion de France de canoë slalom, sélectionné pour les JO de 2020. Réunis autour d’une passion commune, le kite, et plus largement les sports extrêmes, la montagne et la nature, ils ont entrepris de kiter les plus hauts lacs du monde. Une première à vocation sportive et environnementale.
Leur objectif : explorer de potentiels spots reculés qui demandent un réel engagement dans leur approche et mettre en lumière la gravité du
recul des glaciers, véritables régulateurs du climat.

« Sous l’influence du réchauffement climatique, des lacs glaciaires font leur apparition », explique Armelle. « Ces lacs évoluent au fil des années, en fonction de la vitesse de fonte et du recul des glaciers. Un phénomène mettant en péril de nombreux éco systèmes et des milliards d’êtres humains », poursuit-elle. Le message n’est pas nouveau, malheureusement, mais utiliser le kite, très spectaculaire, devrait permettre de plus sensibiliser l’opinion publique, espère-t-elle.
Aussi le projet « Riding to explore », s’est-il associé à la fondation « Eau, Neige & Glace ». Engagée de longue date dans la protection de l‘eau, elle est composée d‘un collège d‘experts, scientifiques et sportifs en montagne. Son action s‘étend de la sensibilisation au financement de programmes de recherches en rapport avec le cycle de l‘eau, notamment l’étude des micro plastiques apportés par les précipitations dans les lacs d’altitude.

Première mondiale dans l‘Himalaya
« La plupart de ces lacs glaciaires n’ont jamais été kités. Encaissés, à moitié gelés, parfois même parsemées d’icebergs, ils sont balayés par des vents irréguliers» explique Armelle Courtois. "Les survoler constitue un défi physique et sportif, car ce sont des lacs réduits, relativement perturbés. Compte-tenu du relief torturé de ces zones d’altitude, ils sont exposés à des turbulences importantes. Les vents pouvant passer de 0 à 25 nœuds (50 km/h) en dix secondes, les kiter exige une certaine technicité et une bonne connaissance du matériel pour ne pas se mettre en danger», précise-t-elle.
Première étape de leur périple débuté hier : la France, via les Alpes, château d‘eau naturel de l‘Europe, dont l'évolution dans les prochaines années pourrait entraîner inondations et sécheresses, mais aussi les Pyrénées, également en péril. Cet entraînement en haute montagne devrait leur permettre d‘adapter leur matériel aux deux étapes suivantes.

Leur seconde expédition se déroulera en effet à l’automne 2021, dans les Andes, sur le plus grand glacier tropical de la planète, le Quelccaya, au Pérou. Y transporter leur matériel (environ 120 kg) et kiter à plus de 4000m constituera leur premier test d‘adaptation à la très haute altitude dans des zones exposées à des vents très violents. Là, ce sont les tsunamis de montagne provoqués par la chute de glace dans les lacs glaciaires qui menacent directement les populations.
Dans la foulée, fin 2021, devrait s’enchaîner leur troisième et dernière étape, aboutissement du projet, une première mondiale : du kitesurf dans l‘Himalaya, à 5000 m au pied des plus hauts sommets et des plus importants glaciers du monde. Une zone menacée par des inondations dévastatrices et l’assèchement des cours d‘eau irrigateurs.
« Nous visons la vallée du camp de base de l’Everest », explique Armelle, "côté Népal, dans laquelle nous resterons concentrés, afin d’éviter d’avoir à nous déplacer en avion ou hélico. Nous souhaitons rester sur une expédition aussi peu impactante que possible, et nous déplacer à pieds, quitte à faire à moins de lacs".

Des explorations de « Riding to Explore « devrait naître un premier documentaire de 26 minutes, attendu pour l’automne. Suivi fin 2021 d’un 52 minutes, une fois bouclé leur périple.

La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
