Avec le printemps, le retour des trails et des randos, mais aussi… des morsures de tiques, responsables de la maladie de Lyme, affection très invalidante, en pleine explosion en France. 60 000 nouveaux cas y étaient recensés en 2019, contre 26 000 entre 2009. En cause, le réchauffement climatique, mais aussi la diminution de la population de renards, prédateurs naturels des rongeurs propageant ces acariens. Alors face aux tiques que faire ? Explications.
« Du jour au lendemain, tout peut basculer », nous expliquait en novembre dernier l’athlète pro, Xavier Thévenard dans une longue interview. Juste après avoir eu le Covid-19 à l’automne 2020, l’ultra traileur français de 33 ans découvrait qu’il était atteint de la maladie de Lyme : une bactérie transmise par les piqures de tiques, pouvant provoquer des douleurs articulaires, musculaires, des difficultés respiratoires, ou encore une fatigue chronique. De quoi lourdement le fragiliser lors de sa saison, comme devait le démonter son abandon au 50e kilomètre de l’UTMB – une course qu’il avait pourtant déjà remportée trois fois. Très affecté physiquement et moralement, il découvrait au cours de ses recherches que d’autres athlètes avaient, eux aussi, été victimes de cette maladie de plus en plus fréquente en France. La triathlète Audrey Merle, diagnostiquée au bout de quatre ans seulement. Ou encore Fabien Canal, cycliste professionnel, lourdement affecté au niveau cardiaque, qui dut faire un pause avant de pouvoir redémarrer sa carrière et revenir plus fort encore.
Preuve qu’on peut en guérir mais aussi que le plus sage encore est de prévenir. Ce qui est certes un peu contraignant, mais au final, très efficace, à défaut de pouvoir intervenir sur la population de tiques dont le développement serait en rapport direct avec la diminution du nombre de renards, selon une étude américaine de 2012 du Cary Institute of Ecosystem Studies, , étayée par une autre conduite en 2017 par une équipe néerlandaise de l’université de Wageningen.
Menée sur 19 territoires forestiers des Pays-Bas, l’étude constatait que le nombre de larves de tiques sur deux espèces de rongeurs (le campagnol roussâtre et le mulot sylvestre, réputés pour être des nids à Borrelia burgdoferi, bactérie à l’origine de la maladie ) diminuait quand l’activité prédatrice du renard roux et de la fouine augmentait. Les auteurs en concluaient que le renard lui-même ne jouait pas un rôle prédominant pour infecter les tiques. Mais que c’est la densité des petits rongeurs hébergeant les foyers des tiques, contaminées ou non, qui en était la cause. Aussi moins il y a de renards, plus il y a de rongeurs… et de tiques. On comprend mieux pourquoi depuis la dernière décennie les cas de maladie de Lyme explosent en France - 26 000 entre 2009 et 2014, 33 200 en 2015, 54 600 en 2016 avant d’atteindre 205 000 en 2018 et 60 000 en 2019 - quand on sait qu’un renard mange environ 6000 petits rongeurs par an et que dans l’Hexagone les chasseurs tuent entre 600 000 et un million de renards chaque année.
Concrètement que faire ?
La grande majorité des piqûres de tiques n’entraînent pas de transmission de maladies. Reste que si l’on ne prend que l’Ixodes ricinus – la tique la plus répandue en Europe et principal vecteur de maladies, 38 bactéries, parasites et virus, sont potentiellement transmis via sa salive lorsqu’elle pique ses victimes, selon une vaste étude publiée par quatre équipe de l’INRA. Aussi, d’avril à novembre, les raisons de se protéger contre les tiques ne manquent pas.
1 Soyez vigilants
Les tiques sont présentes dans des zones boisées et humides. Elles apprécient les grandes herbes qui leur servent de tremplin pour atterrir sur votre peau ou sur votre chien. Mais un quart des piqûres ont lieu dans les jardins, selon les données du programme de recherche participative CiTiQUE relayées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). On sait que moins de 1 % de la population touchée transmet la bactérie à sa descendance, et par voie de conséquence, ces dernières ne sont généralement pas infectantes le temps de la morsure. Reste que la menace est suffisamment inquiétante pour qu’on prenne des précautions.
2 Avant une sortie, adoptez le bon équipement
Vous pouvez repousser les tiques de la même manière que vous éloignez les insectes. « Les répulsifs qui contiennent du DEET (N,N-diéthyl-3-méthylbenzamide) sont très efficaces contre les tiques, tout comme ils le sont contre les moustiques. Si vous êtes régulièrement à l’extérieur dans des endroits où vous savez qu’il y a abondance de tiques, vous pouvez aussi porter des vêtements traités à la perméthrine », qui éloigne les insectes. On conseille également de porter des manches longues et des pantalons pour éviter que les tiques n’entrent en contact avec votre peau. De couleur claire de préférence afin de pouvoir les repérer plus facilement. Vous pouvez rentrer votre pantalon dans les chaussettes ou les chaussures hautes et votre t-shirt dans le pantalon. Pensez également à couvrir tête et cou avec un chapeau ou casquette, notamment pour protéger les enfants qui ont la tête à hauteur des herbes hautes et des buissons.
3 Sur le terrain, réduisez les risques
Restez au centre des sentiers. Evitez de vous assoir ou de vous allongez directement sur le sol (utiliser un drap par exemple). Vérifiez régulièrement l'absence de tiques.
4 De retour chez vous, sachez débusquer les intrues
Les tiques vont se développer sur les animaux et les êtres humains qui ne les remarqueront pas, c’est leur stratégie de survie. Si vous les repérez, retirez-les. Beaucoup de maladies ne se transmettent pas immédiatement, cela peut prendre des heures. Si vous vous trouvez dans une zone connue pour ses tiques, faites des contrôles quotidiens (ou plus fréquents) de tout votre corps. Les tiques recherchent généralement des endroits chauds et humides, cuir chevelu, aisselles, aine, à l’arrière des genoux ou derrière les oreilles. N’oubliez pas de faire vérifier votre dos par un ami.
5 Apprenez à les enlever
Vous avez trouvé une tique sur votre corps ? Débarrassez-vous en au plus vite. Si la tique ne vous pas mordu, il n’y a vraiment pas de quoi s’inquiéter. Il suffit de la brosser ou de la ramasser avec un mouchoir. Si elle vous a mordu, alors elle s’est accrochée. Il est préférable d’utiliser une pince à tique pour l’enlever, mais elles ne fonctionnent pas toutes avec les tiques de petites tailles. Dans ce cas, utilisez une pince à épiler. Tenez la tique le plus près possible de votre peau, puis retirez-la directement. Essayez d’éviter d’écraser le corps, et faites de votre mieux pour l’enlever entièrement. Certains remèdes populaires consistent à toucher la tique avec une allumette allumée ou à la couvrir de vaseline, mais les experts le déconseillent formellement. Et surtout ne jamais utiliser d'éther ou tout autre produit. Une fois la tique retirée, désinfectez bien la plaie. L’essentiel est de minimiser le temps où la tique reste sur vous. Car ce n’est pas parce qu’on est mordu par une tique infectée que l’on attrape nécessairement la maladie. Toute dépend du stade de développement (larve, nymphe, adulte). De plus, 17h à 24h de fixation sur une personne sont requises pour que celle-ci contracte la maladie. Vous n’avez pas de pince à épiler dans votre sac à dos ? Vous devriez, mais bon. A défaut, deux cartes de crédit en plastique feront l’affaire, à la rigueur.
6 Soyez attentif aux symptômes
Après une morsure de tique, faites particulièrement attention à tout symptôme. Si dans les jours ou les semaines qui suivent vous commencez à ressentir des malaises de type grippal, ou si vous voyez une éruption cutanée près du site de la morsure, faites-vous examiner par un médecin. L’éruption cutanée est un symptôme courant de la maladie de Lyme, mais elle n’apparaît pas chez tous les patients. Un traitement précoce par antibiotiques permettra de se débarrasser complètement de la maladie de Lyme.
7 Et pour ceux qui ont un chien...
Avant tout, prenez des mesures préventives pour empêcher les tiques d’atteindre votre chien. La plupart des colliers antipuces fonctionnent également pour les tiques et agissent comme insecticide ou répulsif. Il existe également un vaccin contre deux maladies transmises par les tiques : la babésiose (piroplasmose) et la maladie de Lyme. Et si votre chien se promène dans des champs herbeux et humides, vérifiez soigneusement qu’il n’a pas été mordu. Vous devriez pouvoir sentir ou voir une tique, surtout si elle est engorgée de sang. Retirez-la de la même manière que vous le feriez sur vous : placez la pince à épiler près de la peau, attrapez la tique et retirez-la.
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