Aujourd’hui, près de 90% des échanges commerciaux s’effectuent par voie maritime, ils représentent environ 3% des émissions mondiales de CO2 - soit un secteur plus polluant que l’avion. Pour réduire leur empreinte carbone, des projets indépendants remplacent des cargos, ou ferrys polluants, par des voiliers. C’est le cas de « Iliens » et « Grain de Sail », deux initiatives bretonnes qui prouvent qu’un retour à la voile peut être tout aussi rentable.
Utiliser l’énergie du vent plutôt que des moteurs à fioul : c’est le défi que se sont lancés cette année deux entreprises bretonnes. L’une, « Iliens », est spécialisée dans le transport de personnes ; l’autre, « Grain de Sail », dans celui des marchandises. Leur point commun : construire des voiliers pour favoriser un mode de transport écologique, et presque neutre en émissions de CO2. Le tout en développant un système économique fructueux.
Cap tout d’abord sur la réduction des émissions carbone avec le voilier « Iliens », un catamaran qui reliera dès le printemps 2021 Quiberon et Belle-Ile-en-Mer en 1h30. Une alternative moins polluante que les ferrys déjà existants.
À 34 ans, Léon Passuelo a déjà fait deux fois le tour du monde à la voile. Lui vient alors l’idée de créer le projet « Iliens », un catamaran qui effectuerait la navette entre Quiberon et Belle-Ile, pour une traversée décarbonée propulsée à la force du vent. Rejoint par trois autres navigateurs, « Iliens » devient alors « la première liaison maritime régulière en voilier entre Quiberon et Belle-Ile-en-Mer » - une alternative qui permet de réduire considérablement les émissions de CO2. Ainsi, 80% du trajet sera décarboné, les 20% restants étant assurés par un moteur diesel qui, à terme, devrait disparaitre.
Le navire se veut « à taille humaine, performant, confortable et silencieux », avec une capacité de 50 passagers à bord. La liaison devrait s’effectuer de mars à octobre, pour un coût de 40€ par personne aller-retour (contre 34€ par personne aller-retour à la même période avec la Compagnie Océane), et une durée d’1h30, soit deux fois plus de temps que le ferry actuel - mais la démarche a déjà séduit de nombreux futurs passagers. Les concepteurs ont lancé une campagne de dons sur Ekosea, avec l’objectif d’atteindre 10 000€ - aujourd’hui, plus de 27 000€ ont été récoltés à un mois de la fin de la campagne.
Enfin, ce catamaran n’a rien à envier aux navettes existantes, puisqu’il permet aussi aux passagers de stocker leurs bagages au sec dans les cales, et il accepte les vélos et remorques à bord. À terme, les skippers à l’origine du projet envisagent de développer de nouvelles liaisons maritimes, tout en construisant « des navires plus innovants à partir de matériaux biosourcés et propulsés par un plan de voilure novateur couplé à un moteur auxiliaire à zéro émission de CO2 ».
Un voilier pour transporter des produits bio
Cette initiative s’inscrit dans la lignée d’autres projets qui ont pour but de remplacer des bateaux polluants par des voiliers, comme « Grain de Sail », un voilier cargo qui relie Saint-Malo à New-York. En novembre dernier, ce monocoque s’est élancé à travers l’Atlantique pour apporter des bouteilles de vins destinés à des bars américains ; avant de s’approvisionner en cacao et café bio en Amérique centrale et revenir en France. Un projet tout aussi rentable qu’une traversée avec un paquebot, mais bien moins polluant.

Ce mode de transport écologique a été retenu par Olivier et Jacques Barreau, à la tête d’une entreprise de torréfaction et chocolaterie à Morlaix, dans le Finistère. Avec ses 22 mètres de long, ce voilier cargo peut transporter jusqu’à 50 tonnes de marchandises dans ses cales, conçues pour conserver la qualité des produits. « On n’a pas besoin de froid négatif mais on a besoin de pouvoir contrôler la température, notamment pour les vins. Il faut éviter que ce soit trop humide. Les systèmes d’isolation de la pêche nous ont été très utiles », a expliqué Stefan Gallard, directeur marketing de Grain de Sail, à France 3 Bretagne.
Parti le 18 novembre de Saint-Malo, le navire est arrivé le 16 décembre à New-York avec, à son bord, 4 marins et environ 15 000 bouteilles de vins français biologiques. Cap ensuite vers la République dominicaine, où le bateau est amarré depuis le 7 janvier, pour récupérer environ 35 tonnes de cacao bio. Une quantité équivalente à une ou deux années de production pour l’entreprise « Grain de Sail ». Le bateau entamera ensuite son retour vers Saint-Malo, pour trois à cinq semaines de navigation.




Un bilan carbone divisé par 17
Un tel projet peut-il être rentable ? Pour les concepteurs du projet, oui. Même si la construction du bateau a coûté deux millions d’euros, « Grain de Sail » prévoit déjà d’effectuer chaque année deux ou trois autres allers-retours entre la France et l’Amérique. Sans compter le projet d’un nouveau voiler capable de transporter 250 tonnes de marchandises, prévu pour 2023. Pour rentabiliser ces coûts, Stefan Gallard explique qu’ils ont dû procéder à une hausse de 10 centimes par tablette de chocolat vendue. « C’est relativement peu et c’est un petit effort que l’on demande pour soutenir l’entreprise et notre philosophie », confie-t-il à France 3 Bretagne.
Enfin, d’un point de vue écologique, la voile l’emporte largement sur le cargo habituel. « Si on tient compte du fait que le bateau est à voile et que son moteur ne sera utilisé qu’à l’entrée des ports, le bilan carbone est divisé par 17 », rapporte Jacques Barreau à France Inter. Un bilan non négligeable, lorsque l’on sait que le transport maritime représente près de 3% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale - un chiffre qui pourrait quadrupler d’ici 2050.
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