Déjà mai : les plus prévoyants ont réservé leur place en refuge sur le Tour du Mont Blanc. Et ils ont bien fait car chaque été, ce sentier mythique attire plus de 30 000 randonneurs. Mais si, comme Steve Farrugia, randonneur que l’on a vu parcourir le GR20 ou l’Islande, vous décidez soudain, fin juillet, de vous lancer en solo et en quasi autonomie dans cette aventure, comme allez-vous gérer l’épineuse question du bivouac, sachant qu’il est interdit sur une bonne partie du parcours ? C’est l’expérience vécue en 2022 qu’il nous raconte ici, jour par jour, dans son carnet de bord et qu'il partage via sa trace GPX.
Fin juillet 2022, tout juste revenu de la Haute Traversée de Belledonne (GR738) - un autre long itinéraire qui complète la trilogie des GR aux profils exigeants aux côtés du GR20 et du TMB - j'avais encore huit jours de liberté devant moi. La météo était parfaite, je décidai de me lancer sur ce sentier légendaire. Sans surprise, tous les refuges affichaient complet pour un départ dans les prochains jours. J’étais dans une impasse, d’autant que la configuration de ce parcours ne se prête pas, à priori, au port d’un lourd sac à dos qu’exige un départ en autonomie. 170 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé positif dans sa version classique, ce n’est pas rien, surtout quand, comme moi, vous avez l’intention d'emprunter toutes les variantes alpines, qui raccourcissent l'itinéraire en termes de kilomètres, mais ajoutent près de 3 000 mètres de dénivelé positif. Ajoutez une quasi-interdiction du bivouac dans deux des trois pays traversés et, sans réservation préalable, mon projet semblait sérieusement compromis. A moins de miser sur ma chance, avec tente et nourriture. L'appel du Tour du Mont Blanc était trop fort, j’ai tenté l'aventure, quitte à trouver des solutions sur place et frapper aux portes des refuges en espérant un désistement de dernière minute.
Je ne cherchais pas à vivre l'expérience en totale autonomie, comme lors de ma traversée du GR20, ou de l’Islande. Mais simplement à marcher pour m’émerveiller des beautés du site et profiter, si possible, du confort des refuges. Outre l’équipement classique indispensable à une marche au long court dans un environnement montagnard en été (chaussures montantes, couche thermique, polaire, coupe-vent imperméable, gants, bonnet), j’emportai donc de quoi passer une nuit en bivouac (tente, matelas, sac de couchage) et de quoi me nourrir matin et soir pendant huit jours, ainsi que des encas pour la journée, comptant sur les refuges pour mon déjeuner. Le 30 juillet 2022, j’embarquai donc dans le train en direction des Houches, et passai la nuit au Camping Bellevue. Dès le lendemain matin, j’étais sur le sentier.
Versant français : jouable en bivouac au final
Jour 1 : l’aventure commence au porche métallique des Houches, qui marque l’entrée officielle du Tour du Mont Blanc (TMB). Le sentier s’élève d’abord en forêt vers le Col de Voza, station intermédiaire du célèbre Tramway du mont Blanc qui mène notamment au refuge du Nid d’Aigle. Une bonne mise en jambe, qu’il serait dommage de raccourcir en prenant le téléphérique de Bellevue comme le font certains randonneurs. Le sentier monte tranquillement et permet déjà de profiter de superbes vues sur le flanc ouest du Mont-Blanc. C’est également un bon échauffement, qui me sera précieux car je choisis ensuite d’attaquer directement par la variante du Col de Tricot (2120m), une alternative plus difficile, mais qui me semblait plus intéressante car elle offre une vue grandiose sur la face nord des Dômes de Miage. Elle est ponctuée par une redescente sur les chalets du même nom, nichés au milieu d'immenses alpages verdoyants, ils offrent une vue imprenable sur les glaciers. Il y a foule, c’est un endroit prisé en été, mais le cadre est idéal pour une pause déjeuner à l’auberge. Je grimpe ensuite en lacets jusqu’à un plateau où se trouvent les chalets du Truc, et plutôt que de redescendre en direction des Contamines-Montjoies afin de reprendre le chemin classique passant par le village jusqu’à Notre-Dame de la Gorge, je décide de rester sur les hauteurs par la variante de Tré la Tête, avec son lot de vues saisissantes et son refuge éponyme installé à 1970 mètres d’altitude. De ces premiers kilomètres sur le TMB, je ne suis pas déçu, ne serait-ce que pour la vue sur les cimes.
Pour ce premier jour, devant le cadre idyllique du refuge de Nant Borrant, j'hésite à me poser là, mais pousse finalement jusqu’à La Balme qui propose une aire de bivouac. Dans la réserve naturelle des Contamines-Montjoies, cette pratique est encadrée. Lorsque j’arrive, tous les randonneurs autonomes attendent les coups de 19 heures avant de monter leur tente, car le gardien veille scrupuleusement au respect de la réglementation.




Jour 2 : Le lendemain, je m'échappe en direction du Col du Bonhomme (2329 m) par une pente d'éboulis courte, mais intense. Arrivé au col, je prends la variante par le Col des Fours (2665 m), un parcours plus montagneux qui requiert une météo clémente car il nécessite une bonne visibilité. Les conditions peuvent rapidement devenir périlleuses en cas d'orage ou de pluie, les passages étant souvent escarpés et soumis à des névés tardifs. Dans ce secteur sauvage, une fois franchi le col, on est récompensé au centuple par le panorama. Je choisis de faire le court détour (30 minutes) par la Tête nord des Fours (2756 m), le plus haut point de mon Tour du Mont Blanc : vue imprenable sur la partie sud du maitre des lieux. Sans doute l’une de mes étapes préférées de ce périple.
Après être redescendu dans une pente raide en direction de la Ville-des-glaciers, j'entre dans le Beaufortain. Au Refuge des Mottets, je m'attable pour déguster un généreux plat de pâtes à la sauce tomate, accompagné d'une montagne de fromage râpé. Repu, je poursuis mon chemin, trébuchant parfois dans une montée en lacets qui n'en finit plus, jusqu'au Col de la Seigne (2 516 m), col frontière avec l'Italie.
Au cours de ce premier tronçon, arpenter le Tour du Mont Blanc en autonomie s’avère sans contrainte majeure, hormis le poids du sac qui complique les montées et descentes dans des pentes parfois raides. Le versant français est plutôt accommodant en matière de bivouac (autorisé entre 19h et 9h), et les options de restauration le midi nombreuses, à des prix tout à fait raisonnables.
Passage en versant italien : miser sur la chance et la courtoisie
J’entre en Italie, dans le Val d’Aoste. La différence me frappe dès le début, j’étais passé en versant sud du mont Blanc. Le décor y est plus brut, c’est le règne du rocher. Vivant de l’autre côté de la frontière, c’est une vue du massif que je connais moins, très esthétique, absolument saisissante. Les contours du massif s’y dessinent avec netteté et contraste, les parois paraissent plus imposantes et plus proches. J’ai l’impression de pouvoir toucher le rocher en étendant le bras. La dernière fois que je m’étais senti aussi petit, c'était au cœur des pics himalayens. Il est définitivement inutile de partir si loin lorsque l’on a de telles immensités à côté de chez soi.
Je m’arrête au superbe Refuge Elisabetta Saldini, sentinelle offrant un spectacle grandiose. La terrasse dévoile une vue sur le glacier d'Estelette. Mais l'heure tourne, il est déjà 18 heures, et le défi maintenant est de trouver un spot pour dormir. En Italie, la loi est formelle : le bivouac est interdit en dessous des 2500 mètres d’altitude. Autrement dit, sur tout le parcours du TMB en terres italiennes, puisqu’un seul col, le Grand Col Ferret, y dépasse ce seuil, et il est bien trop loin pour l’atteindre dès le second jour de mon périple.





Je continue donc ma marche, et à l’approche du crépuscule, je suis seul à marcher sur ce balcon spectaculaire. L’air est chargé de silence et la vue sur les géants alpins saisissante : notamment le mont Blanc de Courmayeur, la Blanche et la Noire de Peuteurey. Sous mes pas, les marmottes s'affolent, leur quiétude troublée par ma présence inattendue en ces heures tardives. Avec déjà 30 kilomètres dans les jambes, la fatigue se fait sentir, mais j’écarte l’idée d’un bivouac sauvage, une pratique que je ne saurais que déconseiller, notre impact sur l'environnement ne peut jamais être totalement neutre. Cela évite également des ennuis avec les autorités locales. Je préfère poursuivre mon chemin jusqu'au Col de Chécrouit (1956 m), espérant y trouver un abri pour la nuit. J’arrive au refuge le Randonneur du Mont Blanc lorsque tous les occupants de passage ont déjà terminé leur soupe d’entrée, mais par chance j’obtiens une place pour la nuit, c’est l’avantage de parcourir le TMB seul !
Jour 3 : Le soleil continue de briller généreusement et je descends vers Courmayeur, capitale italienne du TMB. Rues pavées bordées de maisons en pierre et de chalets en bois, restaurants animés, cafés chaleureux…la tentation est grande de s’y s’arrêter pour la journée. Mais je traverse la ville, et poursuis mon chemin en lacets à travers les sous-bois, direction le Refuge Bertone. Niché au cœur des alpages du Pré, il offre une vue remarquable sur Courmayeur. Après une pause, je m’engage dans la variante passant par la Montagne de la Saxe et la Tête Bernarda (2 534 m). Si je ne devais en choisir qu'une, ce serait celle-ci : à savoir une crête panoramique avec des points de vue remarquables, suivie d'une descente en direction du vallon de Malatra, face aux majestueuses Grandes Jorasses (versant sud), un paysage grandiose. Bien que cette option soit plus longue et ajoute du dénivelé, elle demeure accessible, sans difficultés particulières. Une expérience qu’il serait dommage de manquer, la plus marquante de mon Tour du Mont Blanc. D’autant que j’apprends plus tard via un couple de randonneurs que le chemin classique, longeant une route sur plus de 4 kilomètres, est nettement moins attrayant. De quoi me convaincre que le TMB s’apprécie d’autant plus à travers ses variantes.
Je parviens enfin au refuge Bonatti, perché sur un éperon rocheux. La vue sur le massif du Mont Blanc est renversante et impose une petite halte. L'idée d'y passer la nuit me tente bien, mais je préfère continuer jusqu'à Arnuva, espérant trouver un endroit où planter ma tente. Après une descente pénible, j'apprends que les rares hôtels dans les environs sont complets, et que le camping le plus proche suppose un détour de sept kilomètres. J’entreprends donc de gravir 300 mètres de dénivelé supplémentaire pour rejoindre le refuge Elena et ces hauteurs que j’aime tant. Par chance, on m’y trouve une place en dortoir pour la nuit, sans repas. Une alternative qui me convient, car le vent et le froid rendent alors le repos à l'extérieur difficile à cette altitude, même en pleine canicule. Ce mastodonte, plus proche d'un hôtel que d'un abri de montagne, est posté face au glacier de Pré-de-bar. Deux couples de randonneurs ont moins de chance : l'un décide de monter un bivouac plus loin et plus caché, tandis que le second en demande l'autorisation à un membre du personnel. Ce dernier leur répond sans hésitation que le bivouac, pourtant interdit, ne le dérange pas du tout, et leur indique le meilleur emplacement. Seules conditions imposées : monter la tente après 21 heures et partir tôt le matin.
Pour clore la question du bivouac en Italie, qu’au final je n’ai pas eu l’occasion de tester, il me semble évident que la seconde option est la plus raisonnable : demander la permission au gardien ou au berger présent sur les lieux qui vous donnera son avis sur la question et pourra vous aiguiller vers l’endroit qui lui posera le moins de soucis. Bien sûr, le bivouac restera illégal, mais c'est une façon plus responsable et respectueuse de procéder.




Jour 4 : je me lève tôt, résolu à parcourir une longue distance, et quitte le refuge dès 7h30. Grand beau, et plutôt que d'emprunter le large sentier du Grand Col Ferret (2536 m) de l'itinéraire classique, je décide de passer par le Petit Col Ferret (2510 m), plus isolé. Cette variante alpine, qui mérite bien son nom, est réservée aux courageux et aux conditions météorologiques favorables, car on y gravit un sentier escarpé et très raide, sur un terrain schisteux. Avec mon lourd sac, je dois prendre une pause tous les trois pas. Ce qui me tente ici, ce n’est pas le panorama, sans doute plus spectaculaire depuis le Grand Col Ferret, mais l'aspect sauvage. Les glaciers et les chutes de séracs règnent en maîtres, et les bouquetins ont pour habitude d’y flâner en toute tranquillité, peu habitués à être perturbés par des intrus de passage. On peut en croiser de près (attention aux pierres qu’ils peuvent faire tomber !). Mais il convient de rester vigilant dans cette zone, en restant sur le sentier étroit et en évitant la Combe des Fonds, qui peut être sujette à des chutes de pierres. Le petit Col Ferret, qui culmine à 2490 ou 2510 mètres selon les cartes italiennes, marque mon entrée en Suisse, dans le Val Ferret.
Versant Suisse : une règlementation stricte mais beaucoup d’autres options
Autre ambiance en Suisse, où après avoir quitté la brutalité des sentiers en hauteur, je descends vers La Fouly en traversant des paysages verdoyants. Arrivé à cette petite station de sports d'hiver située à 1600 mètres d'altitude, je m’accorde une pause-café à la terrasse ensoleillée d'un restaurant. J'en profite pour faire l’achat de quelques produits frais pour le reste de mon périple. À partir de La Fouly, beaucoup de randonneurs prennent une navette qui les amène directement à Champex-Lac afin d’économiser une demi-journée de marche. Cela s'explique en partie par le fait que le trajet semble suivre une route, ce qui, après avoir parcouru les hauteurs vertigineuses du côté italien, ne suscite guère d'enthousiasme. Mais je choisis tout de même de marcher jusqu’à Champex-Lac. La carte n'annonçait rien de palpitant en effet sur cette partie du chemin, mais je suis agréablement surpris. Le sentier s'enfonce doucement en pré-bois et en forêt, loin de la départementale. Au fil des kilomètres, on traverse de petits hameaux suisses dans une ambiance bucolique. Le parcours est facile, plat, reposant. Il permet de laisser l'esprit vagabonder. Pour une fois, je peux laisser mes pensées errer librement, sans avoir à faire attention où je marche. À Issert, je m'installe à la terrasse du Café restaurant du Châtelet pour y déguste une omelette au fromage.
J’arrive en milieu d’après-midi à Champex-Lac. Luxueux chalets autour d’un lac alpin au bleu cristallin, vacanciers et pédalos… une vision de carte postale en total contraste avec la nature sauvage que je viens d’arpenter. Baignade et repos, le cadre est idyllique, j’y passe le reste de la journée. C’est à ce moment là que je rencontre Clarisse et Lilian. Ces quatre derniers jours, nous n’avions cessé de nous dépasser mutuellement sans réellement discuter. Partis eux aussi à la dernière minute, faute de place en refuge, ils avaient choisi de faire le Tour du Mont Blanc en autonomie complète, en plantant leur tente chaque soir. Ils m’apprennent que j'ai manqué un endroit magnifique pour bivouaquer le premier jour, le Lac Jovet, à une heure du refuge de La Balme. Là-bas, il est possible de camper entre 19 heures et 9 heures et le cadre est absolument somptueux. Ensemble, nous nous installons au camping Les Rocailles situé à la sortie du village. Le bivouac n’est donc pas un souci pour ce quatrième soir.
En Suisse, les lois régissant le bivouac sont strictes. Bien que normalement autorisé au-dessus de la limite forestière, les réserves naturelles, les parcs nationaux suisses et les réglementations cantonales y ajoutent de nombreuses restrictions. Au final, il est plus facile de retenir que le bivouac est interdit sur le territoire helvétique. Les communes traversées par le TMB, dont la position est clairement exposée sur le site officiel du GR, confirment cette interdiction. Les refuges ne proposent aucune aire de bivouac, mais les descentes dans les stations et communes, bien réparties sur le tronçon suisse, permettent de trouver une aire de camping.




Jour 5 : je quitte rapidement ce site bucolique pour renouer avec l’ambiance de la haute montagne. Une variante me mène à la Fenêtre d’Arpette (2671 mètres) par un sentier escarpé dans des pierriers. Sportive, aérienne même par moment, sans doute la plus difficile de mon parcours, mais, contre toute attente, très fréquentée. Une fois arrivé à l'étroit passage entre l'aiguille du Génépy (3263 m) et la pointe des Escandies (2873 m), le panorama sur la vallée de Chamonix me donne un aperçu de la suite et fin de mon itinérance. Descendant parmi les éboulis, je reste captivé par les coulées de roches déversées par les sommets avoisinants, mais surtout par l’imposant glacier du Trient, si proche. Ce dernier, comme tous les glaciers, fond à grande vitesse. C’est désolant. La différence en seulement deux ans est frappante, comme je peux le constater en le comparant à mes souvenirs d’une photo prise par Hervé Frumy dans son journal de bord Tout autour du Mont-Blanc. Je fais une pause au Chalet du Glacier, et recharge au passage ma gourde dans la rivière du Trient (aucune source sur toute la variante de la Fenêtre d’Arpette, prévoir de quoi tenir !).
Clarisse et Lilian me rejoignent, et nous décidons de ne pas redescendre sur Trient (ville), mais de rallier le Col de Balme (2 199 mètres) directement par la variante des Grands. Cette option ajoute quelques dénivelés positifs, mais nous offre le plaisir de parcourir un beau sentier aérien et une halte revigorante au refuge des Grands. Poursuivant notre chemin, la découverte du refuge du Col de Balme (à ne pas confondre avec La Balme du premier jour) et sa vue sur le Valais suisse et la vallée de Chamonix est notre récompense. Reprenant notre marche, c’est vers le versant français, là où tout a commencé, que nous nous dirigeons maintenant.
La fin versant français : un bivouac salvateur
L'horloge affiche déjà 18 heures quand nous quittons le refuge, déterminés à atteindre Tré le Champ. Les prévisions météorologiques annoncent de violents orages dans l'après-midi du jour suivant. Nous ne voulons donc pas trainer, dans l’espoir de terminer notre Tour du Mont Blanc dès le lendemain, après cinq jours de beau temps. Lors de la redescente sur le versant français, malgré notre hâte, nous ne résistons pas à passer par l’Aiguillette des Posettes (2200 m) pour profiter de la vue (il est possible toutefois de passer plus bas en cas de mauvaise météo). Un groupe de randonneurs, monté ici pour la nuit, s’affaire d’ailleurs pour y dresser son bivouac, un spot parfait pour admirer le coucher de soleil. Mais notre objectif nous commande de redescendre. Une marche bien trop longue après une journée de marche commencée à 8 heures du matin. Nous avançons péniblement à travers bois, espérant atteindre la fin de cette descente interminable après chaque lacet. Nous atteignons enfin le refuge de La Boerne aux environs de 20h30. Les gérants semblent débordés par l’affluence, mais nous trouvons de quoi planter nos deux tentes, bien mieux là que dans le refuge bondé et sous-équipé.




Jour 6 : dans la réserve des Aiguilles Rouges, j'entame mon sixième et dernier jour sur le Tour du Mont Blanc avec une certaine hâte, espérant éviter les foudres des imposants cumulonimbus qui se forment peu à peu dès le milieu de la journée. Clarisse et Lilian, plus prévoyants, sont déjà partis depuis une heure. Les randonneurs les plus anxieux ont pris la route dès 4 heures du matin. Quant à moi, je ne démarre qu'à 8 heures, conscient que le temps presse, mais pour conclure mon Tour du Mont Blanc, je ne peux pas résister à l'appel de la variante passant par le lac Blanc et les lacs des Chéserys, option que je ne recommanderais pas aux personnes sujettes au vertige, vu le nombre de passages verticaux avec échelle qui peuvent impressionner. J’avais déjà emprunté ce parcours auparavant, mais comment ne pas succomber à nouveau à la beauté de ces panoramas emblématiques ? Depuis le lac Blanc, je ne peux m’empêcher d’être fasciné par la face nord des Grandes Jorasses, dont trois jours plus tôt j’observais la face sud, plus austère et sèche. Quand on marche autour du Mont Blanc, on ne côtoie pas les sommets, mais on se délecte de scruter chaque détail de la montagne, qui se dévoile sous toutes ses facettes. Je repense alors aux mots de Lionel Terray dans "Les Conquérants de l’inutile", « pour moi elle était la plus grandiose, la plus pure et la plus désirable des parois », à propos de la Pointe Walker dont il signa la quatrième ascension en 1946. Difficile de le contredire. Alors que j'atteins le Col du Brévent (2368 m) et sa vue sans pareille sur la chaîne du Mont Blanc, les Aiguilles Rouges, le massif des Fiz et le massif des Aravis, les nuages se font de plus en plus menaçants. La descente jusqu’aux Houches est sans fin, avec près de 1300 mètres de dénivelé négatif. Une course contre la montre aussi.





Ce n’est qu’une fois ma tente installée au camping de Bellevue que la pluie arrive, comme pour marquer la fin de ce Tour du Mont Blanc, une expérience sans pareille, une immersion quotidienne dans la beauté. C'est en côtoyant chaque jour ces géants de pierre que j’ai pu en apprécier chaque détail, chaque relief avec une intensité nouvelle. Loin de la fréquentation du parcours classique, les variantes m’ont offert une dimension plus alpine, m’ont permis de toucher du doigt ces altitudes splendides où la joie de la contemplation se mêlait à celle de la solitude. Dans "Le chemin des estives", Charles Wright écrivait "les paysages [...] il faut les fréquenter longuement avant qu'ils ne dévoilent leurs secrets". Remplacez « paysages » par « montagnes » et vous trouverez là une bonne raison de vous lancer sur le Tour du Mont Blanc. Que le massif vous soit encore inconnu, ou que vous pensiez déjà le connaitre.
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