L’information est quasiment passée inaperçue en France mais elle a enflammé le Pakistan. Le 17 juillet dernier, la Pakistanaise Selena Khawaja atteignait le sommet du Spantik (7027 mètres) dans l’Himalaya. Le nouveau record de celle que la presse locale a rebaptisée la « Mountain Princess », ne cesse d’interroger sur les performances réalisées par de très jeunes enfants. Retour sur son parcours hors normes.
D’où vient Selena Khawaja?
Pas d’enfance à la Kilian Jornet pour la jeune pakistanaise ! Elle est née à Abbotabad, à 50 kilomètres d’Islamabad, au nord du Pakistan. Une ville de 200 000 habitants dont l’altitude ne dépasse pas les 1260 m. La seule autre célébrité locale à ce jour était Oussama ben Laden, qui s’y est caché pendant quelques années et où il a été éliminé le 2 mai 2011.
Quel rôle joue son père ?
Yousaf Khawaja, guide de montagne, est incontestablement son mentor. C’est lui qui, dès l’âge de huit ans, l'a préparée pour l'ascension des nombreux sommets qu’elle a enchainés au cours des derniers mois. "Quand elle a commencé à grimper, j’ai senti une amélioration de son niveau en un mois. En moins d'un an, elle a pu faire le Miranjani (2992 m ndlr) aller-retour en deux fois moins de temps. », a-t-il confié au "Gulf News". Père et fille tireraient leur inspiration d’Imran Khan, premier ministre du Pakistan mais aussi et surtout figure légendaire du cricket. Yousaf Khawaja cite volontiers aux journalistes la devise du capitaine qui conduisit son pays à la victoire lors de la Coupe du monde de 1992 : « Viser si haut que votre but semble impossible, puis travailler dur et atteindre votre but ».
Pourquoi cette passion pour la montagne ?
Selena vit dans un terrain de jeu assez extraordinaire pour qui aime la montagne. Élève de 6eme, fortement encouragée par ses professeurs, et par son père, elle développe rapidement une passion pour les activités outdoor. C’est donc à huit ans qu’elle fait ses premières ascensions. A savoir, 45 fois le Miranjani (2992 m) et 3 fois le Makra (3885 m).
Quels sommets a-t-elle atteints à ce jour ?
Outre le Miranjani et le Makra, la jeune pakistanaise a fait son premier 5000 m en atteignant le sommet du Pic Quz Sar (5 765 mètres), en février 2018. Et son premier 6000, en juin dernier, lors de l'ascension du Mingli Sar (6050 m). Des exploits jamais égalés par de plus jeunes qu’elle à ce jour.
Comment s’est passée l’ascension du Spantik?
Selena était en extase après sa "grande réussite", a déclaré à son arrivée son père à l'Agence de presse Anadolu du Gilgit-Baltistan. Yousaf Khawaja, qui l'a accompagnée lors de son dernier triomphe, a toutefois reconnu que Selena souffrait actuellement de séquelles du mal aigüe des montagnes ajoutant dans la foulée que "le temps était resté excellent et Selena s’était montrée extrêmement énergique et en bonne santé tout au long de la journée. Selena et moi sommes extrêmement satisfaits et heureux de cette ascension car non seulement elle a établi le record du monde, mais elle est désormais confiante et prête pour une ascension de 8000 mètres ainsi que du Mont Everest ( 8 848 m ndlr)» a-t-il ajouté.

Quels sont ses prochains objectifs ?
Selena vise maintenant la 12e plus haute montagne du monde : le Broad Peak et ses 8 051 mètres. À terme, elle espère devenir la plus jeune alpiniste de l’histoire au sommet de l’Everest, comme l’explique son père, Yousaf Khawaja, dans une video qui fait un peu froid dans le dos. Dans ce document, diffusé en 2018 suite à son ascension du Pic Quz Sar (5 765 mètres), l’enfant, alors âgée de 9 ans, annonçait :"Je vais tout faire pour être la plus jeune fille au monde à atteindre le sommet de l'Everest ". A l’époque l’objectif était fixé pour mai 2019 mais il semble que le projet soit repoussé à mai 2020, faute de moyens financiers notamment. Père et fille ont donc lancé un appel aux sponsors. Si leur entreprise aboutissait, Selena détrônerait alors l’Américain Jordan Romero, 13 ans lors de son expédition de 2010.
L’Everest, à 10 ans : légalement, est-ce possible ?
Pas vraiment. L'accès des alpinistes de moins de 16 ans est interdit sur l’Everest par les autorités népalaises. Plus drastiques, encore, les Tibétains ne délivrent pas d'autorisation aux moins de 18 ans pour le toit du monde. Mais la jeune Selena peut déjà faire valoir un très beau CV. De quoi obtenir peut-être un permis exceptionnel ?
Qu’en pense la communauté des alpinistes au Pakistan ?
" Cet enfant a rendu le Pakistan extrêmement fier », a déclaré un grimpeur, Umar Hassan, à l'Agence de presse Anadolu. « Nous devons la soutenir dans son projet d’atteindre le sommet de l'Everest et d'en revenir avec un record de plus pour le Pakistan». Une opinion qui est loin d’être partagée par tous. Sceptiques à l'idée d'envoyer des enfants de cet âge à une telle altitude, nombre d’alpinistes locaux rappellent que l’alpinisme en haute altitude en saison hivernale peut être dangereux et qu’on doit d'abord assurer leur sécurité, avant de viser des records. Un commentaire que le père de Selena balaie d’une phrase : "à l'âge de 9 ans, elle est beaucoup plus en forme qu'une fille de 20 ans."
Pour seuls commentaires, nous vous invitons à lire (ou à relire) l’article paru dans Outside sur les effets de la haute altitude sur le corps. Mais aussi à regarder la vidéo postée il y a trois jours sur internet. On y voit Selena et son père lors de leur descente du Spantik, entre le camp de base 3 et le camp 2. On y apprend que Selena, « une fille très têtue » explique son père, refusait de tenir la corde pouvant la guider mais aussi que lui-même, descendu dans les mêmes conditions, avait fait une chute de plusieurs mètres qu’il était parvenu heureusement à stopper. Si sa chute avait été fatale, que serait devenue Selena, 10 ans ?
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