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Dropping enfant forêt
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Qu’est-ce que le « dropping », ou l’art d’abandonner ses enfants dans la forêt… pour leur bien ?

  • 9 avril 2024
  • 5 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Rassembler un groupe de jeunes ados, leur bander les yeux et les larguer dans les bois en pleine nuit avec pour mission de retrouver leur chemin : rien de répréhensible aux Pays-Bas. Mieux, cette pratique, issue des scouts mais largement popularisée dans l’éducation hollandaise, a même un nom : le « dropping », ou « largage » en pleine nature de ses enfants. De quoi leur donner quelques émotions fortes, mais surtout un sens certain de l’autonomie, semble-t-il.

En juillet 2019, le New York Times est l’un des premiers grands médias à publier un article sur le concept du « dropping », titré « Une tradition hollandaise très particulière : laisser les enfants tous seuls dans les bois l'été ». De quoi faire frémir plus d'un parent aux Etats-Unis, pays qui a lui aussi inventé une pratique parentale, mais tout autre. « The helicopter mum », ou maman « hélicoptère », omniprésente, couvant ses enfants non-stop. Avec quelques années de latence, voilà que le dropping arrive en France. Moins sur le terrain, en tous cas pour le moment, que dans les tendances en vue. Qu’en penser ?

Il s'agit à l’origine d'une tradition scoute néerlandaise au cours de laquelle des groupes d'enfants, généralement des pré-adolescents, sont déposés dans une forêt et doivent retrouver leur chemin jusqu'à la base. Un vrai défi, et il n’est pas rare que les enfants arrivent au but, titubant de fatigue, à 2 ou 3 heures du matin, voire bien plus tard. Là, les attendent les adultes avec des boissons chaudes et de quoi retrouver des forces avant de s’effondrer dans une tente. Les plus jeunes, les Welpen, (entre 7 et 11 ans), sont toujours accompagnés par des chefs scouts. Mais à partir de 11-12 ans, ils doivent s’orienter seuls, avec un GPS et une carte, sans adulte. 

A la dépose, ils ont les yeux bandés

Concrètement, comment ça marche ? Quelques jours seulement avant le dropping, attendu souvent avec autant de craintes parfois que d'excitation, les enfants sont prévenus que le moment est venu. Mais le lieu reste secret. Pour plus de mystère, ils sont bien souvent conduits sur place en voiture, les yeux bandés, parfois après moult détours pour mieux brouiller les pistes. Dans la variante des scouts marins, les chefs bandent les yeux des participants jusqu'à la rive, puis les mettent dans un kayak avec une carte et une lampe torche et les laissent naviguer à deux en suivant la lumière de la lune. De quoi repérer les différents points cardinaux et surtout apprendre énormément de choses, selon les témoignages.

Chez les scouts du Scouting Nederland, le plus important mouvement de jeunesse aux Pays-Bas (110.000 adhérents ), cette pratique est solidement ancrée dans sa culture. Mais elle s’est progressivement étendue à d'autres cercles, et ce dès la fin de l'école primaire. Certaines écoles lâchant les enfants en pleine nuit dans le cadre de jeux de pistes.

Pas plus dangereux que de faire du vélo tout seul

Dangereux ? Pas plus que de faire du vélo tout seul, selon les Hollandais, car aux Pays-Bas les forêts sont bien plus réduites qu’en France, et surtout toujours balisées. Une route ou une habitation n’est jamais bien loin. Certains incidents sont bien survenus, ces dernières années – en 2011 et 2014, des enfants ont été percutés alors qu’ils marchaient le long de la route - mais rien de grave, et surtout rien qui remette en cause cette pratique. La plupart des parents se montrant plutôt philosophes. Qu’on en juge. » En 2017, rapporte la presse néerlandaise, des chefs scouts en Belgique ont déposé 25 enfants dans les bois, puis ont descendu un certain nombre de bières…et se sont endormis, laissant les enfants errer dans la forêt après l'heure prévue pour leur ramassage. Les marcheurs ont dû sonner à la porte de quelqu'un pour se faire raccompagner. "Les parents, note sobrement le journal, n'étaient « pas satisfaits par cet incident ». Sans plus.

Reste que, depuis, la pratique, jusque-là limitée aux zones interdites, est beaucoup plus réglementée aujourd’hui. L'équipe de « dropping » emporte un téléphone portable en cas d'urgence, et l'association scoute exige des participants qu'ils portent des gilets de haute visibilité et distribue une longue liste de directives, principalement axées sur la sécurité routière. "C’est marrant de repousser les limites", peut-on lire dans une recommandation, "mais il y a aussi des limites à ça !".

Une leçon de vie

Les avantages ? Ils sont nombreux.  La nuit, en forêt, les enfants sont obligés de s'organiser. De décider qui va diriger le groupe, qui acceptera de suivre les ordres? Qui sera chargé de lire la carte? Et qui s'assurera que personne n'est exclu ? Des référents sont donc désignés par les organisateurs afin de cadrer l’expédition. Mais, loin des adultes, les enfants ont vraiment l’impression d'être aux commandes. "Cela vous montre, même dans les moments les plus difficiles, qu'il faut continuer à marcher, à aller de l'avant", raconte un participant.  "Je n'avais jamais eu à le faire auparavant. »

Côté parents, malgré quelques frayeurs parfois, la pratique semble faire l’unanimité. Comme l'explique une mère, "vous laissez simplement vos enfants dans le monde. Bien sûr, vous vous assurez qu'ils ne meurent pas, mais pour le reste, ils doivent trouver leur propre voie". 


Des témoignages convaincants

Les « droppings » font tellement partie de l'enfance néerlandaise que de nombreux Néerlandais s'étonnent encore qu’on les interroge à ce sujet, pensant qu'il s'agit d'une pratique commune à tous les pays. En août dernier par exemple, sur le réseau Reddit, plusieurs témoignages d'ex « dropped » répondaient aux questions surgissant régulièrement et montraient combien ils gardaient de bons souvenirs de cette expérience.

« Il existe de nombreuses variantes", raconte un Hollandais. " Largage de nuit. Avec ou sans carte. Avec un équipement GPS avec une flèche pointant vers les waypoints. Avec une simple boussole. Largage en ville, en forêt, en prairie. Et oui, c'est vrai, c’est quelque chose quand même ! Souvent, l'astuce consiste à s'orienter dans un environnement semi-connu. Mais surtout la nuit, il est difficile de reconnaître les points de repère.

Rien de dramatique cependant. Le "champ d'action" n'est pas énorme et il est rare d'être "perdu" pendant plus d'une heure. En général, il y a des limites claires à ne pas franchir. Comme dans une forêt, il faut rester dans la forêt. Les limites sont une route asphaltée au nord et une rivière au sud. On se perd lorsque l'on manque de traverser la route goudronnée, par exemple. Il faut alors un certain temps pour revenir sur la bonne voie.

Mais chaque kilomètre carré des Pays-Bas est pratiquement cultivé. Si vous êtes vraiment, vraiment perdu, vous suivez n'importe quel chemin jusqu'à ce que vous trouviez un chemin plus large, jusqu'à ce que vous trouviez une route ou des balises, jusqu'à ce que vous voyiez une maison. Dans la plupart des régions, cela prend moins d'une heure. Cela dit... J'ai déjà participé à une excursion qui a duré une journée. Elle comprenait des randonnées, du rafting, du vélo et 20 pages d'instructions. Une excellente journée !
L'objectif est toujours le divertissement. Ce n'est pas un rituel spartiate pour se débarrasser du spécimen le plus faible.
(…) Les animaux sauvages les plus dangereux que vous puissiez rencontrer sont les renards (…). Des humains dangereux ? Ici, les enfants jouent encore dans les rues. Ce n'est pas considéré comme un risque supplémentaire réaliste par rapport à une existence normale.

Un autre ex participant ajoute : "Je suis de Belgique, mais (dans son cas, ndlr) les groupes de moins de 12 ans ont été lâchés en groupe dans la journée. Avec un surveillant qui "ne les aidait pas à retrouver le chemin de la maison". Les groupes de 12 à 14 ans ont été abandonnés en groupe la nuit. Les +14 ans ont été déposés la nuit dans des groupes de 2 personnes. La distance jusqu'au camping était déterminée en fonction de l'âge. A 17 ans, j'ai été déposé au milieu d'une forêt à 17 km du camping. Avec une carte et une boussole. Il faut un certain temps pour trouver sa position sur la carte. Je sais que certains parents n'apprécient pas cela de nos jours, mais je pense que cela m'a bien servi. J'espère pouvoir enseigner ces compétences à mes enfants un jour."

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