À l’aube d’une quatrième canicule, alors que beaucoup redoutent la hausse des températures et l’aggravation du risque incendie, nous sommes nombreux à nous demander quoi faire face à un départ de feu. Si le réflexe naturel est souvent de vouloir comprendre ce qui se passe, de s’approcher, de filmer ou même d’essayer d’éteindre les premières flammes, il est important de rappeler que dans la majorité des situations, le rôle d’un témoin n’est pas de combattre le feu, mais de rester en sécurité, transmettre une information précise et permettre aux secours d’intervenir rapidement. Voici les bons réflexes à connaître, et les fausses bonnes idées à éviter.
Les conseils présentés dans cet article s’appuient sur les recommandations de plusieurs organismes spécialisés dans la prévention et la gestion des feux de forêt, notamment le Service Départemental d’Incendie et de Secours de la Haute-Savoie(SDIS 74), l’association Feux de Forêt, l’Office national des forêts (ONF) et les acteurs de la sécurité incendie du gouvernement.
Avant la randonnée, peut-on anticiper le risque incendie ?
Avant de partir marcher dans un massif forestier, le premier réflexe est de vérifier les conditions dans lesquelles on va évoluer. En période de risque élevé, il est important de ne pas se fier uniquement aux informations ou aux images qui circulent sur les réseaux sociaux, qui peuvent donner une vision incomplète de la situation.
Privilégiez les sources locales et officielles : vérifiez les éventuelles restrictions d’accès mises en place localement par les préfectures ou les communes concernées, les parcs naturels ou encore la Météo des forêts de Météo-France. Cette carte indique chaque jour le niveau de danger incendie prévu pour le lendemain et le surlendemain pour chaque département. Le risque est présenté selon quatre niveaux : faible (vert), modéré (jaune), élevé (orange) et très élevé (rouge). Attention, si cette information permet d’adapter son comportement, elle ne constitue pas une prévision d’incendie. Elle indique simplement si les conditions (sécheresse de la végétation, température, humidité et vent) rendent un départ de feu et sa propagation plus ou moins probables. Une journée classée à risque faible n’empêche pas un départ de feu accidentel, tandis qu’un niveau très élevé ne signifie pas qu’un incendie est déjà en cours.
Avant une sortie, il faut également tenir compte de la qualité de l’air. Un massif peut ne pas être directement touché par un incendie tout en restant affecté par les fumées provenant d’un feu situé plusieurs dizaines de kilomètres plus loin. Ces fumées peuvent persister plusieurs heures, voire plusieurs jours, et dégrader les conditions de pratique d’une activité extérieure. Un outil à consulter, le réseau Atmo France, qui indique la qualité de l’air dans chaque commune.
Je vois une fumée : que dois-je faire ?
Première erreur : vouloir se rapprocher. Une fumée au loin peut sembler anodine, mais un feu de végétation peut évoluer très rapidement, notamment dans les herbes sèches, les broussailles ou les forêts de résineux. Le vent peut déplacer les flammes et les braises sur plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de mètres.
Le premier réflexe est donc de prendre de la distance et de se mettre en sécurité. Il ne faut pas chercher à rejoindre l’incendie pour identifier précisément son origine, ni traverser une zone enfumée pour « voir ce qu’il se passe ».
Dois-je prendre une photo ou une vidéo du feu ?
Si cela peut sembler être un réflexe naturel, ce n’est pas une priorité. Le premier geste doit toujours être de se mettre en sécurité et d’alerter les secours. Une photo ou une vidéo peut éventuellement être utile pour préciser la situation, mais uniquement si elle est réalisée sans vous mettre en danger et sans retarder l’appel. « Plutôt que les gens perdent du temps à faire une vidéo et à l’envoyer, il faut privilégier un appel rapide au 18 ou au 112 », rappelle le SDIS de Haute-Savoie. « Nous ne préconisons pas de faire une vidéo et de l’envoyer en première intention. Si l’opérateur en a besoin pour mieux évaluer la situation, c’est lui qui vous le demandera. »
Comment appeler les secours ?
Une fois hors danger, les randonneurs doivent alerter les secours. Ne partez pas du principe que quelqu’un d’autre a déjà appelé. Dans un massif isolé, vous pouvez très bien être la première personne à signaler le départ de feu. En France, plusieurs numéros permettent de joindre les secours : le 18 pour les sapeurs-pompiers, le 112, numéro européen d’urgence, et le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes.
Lors de l’appel, la précision de votre localisation est essentielle. Les secours doivent savoir où envoyer leurs moyens, parfois dans des secteurs difficiles d’accès. « Une adresse précise permettra d’être plus rapide sur l’action des secours. Quand c’est un feu d’appartement, on a des numéros de rue, c’est facile à trouver. Mais quand c’est une zone avec de la végétation, ça va être plus compliqué, avec plus de pertes de temps », explique le SDIS de Haute-Savoie.
Indiquez votre nom, votre position, le lieu du feu, ce que vous observez et, si vous pouvez l’estimer, la direction dans laquelle les fumées ou les flammes semblent progresser. Si la fumée monte tout droit, cela signifie qu’il y a peu ou pas de vent, c’est bon signe. En revanche, si vous la voyez s’étirer vers l’horizon dans une direction précise, cela vous renseigne sur la direction que prend le feu. Précisez également si des personnes sont susceptibles d’être en danger.
Votre smartphone peut être un allié précieux. Les applications GPS ou de randonnée permettent de retrouver le nom exact d’un sentier, d’un col, d’un refuge, d’un sommet ou d’un lieu-dit, et de transmettre vos coordonnées précises (les votres, pas celles du feu), directement aux secours. « Si la personne part se mettre en sécurité, on va géolocaliser la personne, mais ça sera peut-être vite à des centaines de mètres du sinistre. C’est là aussi où il faut qu’ils puissent se repérer pour donner des précisions assez exactes sur la localisation du feu », rappelle le SDIS. Un point de repère visible peut aussi faire gagner du temps : indiquez la présence d’une route forestière, une ligne électrique, un parking, un bâtiment isolé ou une crête ou tout autre élément qui peut vous sembler pertinent.
Une fois les secours appelés, comment se mettre à l’abri ?
Si vous êtes déjà dans une zone protégée et que le feu ne représente pas une menace immédiate, il est préférable d’éviter de vous déplacer sans direction précise. Une personne qui reste dans un endroit connu est généralement plus facile à localiser qu’un randonneur qui continue à changer de position. « Le premier réflexe, c’est de se mettre en sécurité. Et si vous avez le temps et la possibilité de le faire sans se mettre en danger, être dans une zone visible et sécurisée pour guider les secours lorsqu’ils arrivent peut être une vraie plus-value », explique le SDIS de Haute-Savoie.
Si les secours doivent vous retrouver, privilégiez donc, lorsque c’est possible, un espace dégagé et facilement identifiable. Un vêtement coloré, une lampe ou un signal visible peuvent faciliter votre repérage. En revanche, si si les conditions évoluent ou que le feu progresse vers vous, quittez immédiatement la zone et cherchez un nouvel endroit plus sûr.
Dans quelle direction fuir face à un feu ?
Un incendie peut progresser beaucoup plus vite qu’un humain, particulièrement lorsque le vent souffle ou lorsque le feu monte une pente. Contrairement à une idée répandue, courir directement vers le haut d’une montagne pour « prendre de l’avance » sur les flammes est une très mauvaise stratégie. En terrain montagneux, les vents soufflent généralement vers le haut de la pente et propulsent l’incendie encore plus rapidement vers le sommet. D’autant que la chaleur assèche la végétation située au-dessus et prépare le terrain avant l’arrivée des flammes.
Le réflexe recommandé est de sortir de la trajectoire du feu, en se déplaçant autant que possible perpendiculairement au front de flammes et aux fumées pour rejoindre une zone moins exposée.
Il faut éviter les vallons encaissés, les ravins et les gorges, car ces reliefs peuvent concentrer la chaleur, les fumées et le monoxyde de carbone, et devenir des pièges lorsque le feu progresse rapidement. Essayez dans la mesure du possible de rejoindre une zone où le feu aura moins de combustible à disposition, une zone ouverte et moins végétalisée par exemple, comme les prairies entretenues, les terres agricoles, les chemins larges, les zones rocheuses sans végétation ou espaces déjà brûlés si l’on est encerclé.
Et si le feu devient impossible à contourner ?
Dans une situation extrême où un feu encercle une personne, les zones déjà brûlées peuvent devenir des espaces de survie. Les pompiers parlent parfois de « rester dans le noir », c’est-à-dire rejoindre une zone où la végétation a déjà disparu et où le feu dispose de moins de matière à consumer.
J’ai une gourde : dois-je jeter mon eau sur le feu ?
Une petite quantité d’eau peut parfois suffire à stopper un départ de feu lorsqu’il ne s’agit encore que d’une braise ou d’une flamme très limitée, à condition de pouvoir intervenir immédiatement et sans se mettre en danger. « Si le feu est naissant, parce que ce sont des braises au sol d’un barbecue ou qu’un mégot a été jeté par terre, et qu’il y a une bouteille d’eau à proximité, vous pouvez essayer de l’éteindre rapidement. On ne va pas se mettre en danger. On dit souvent qu’au début d’un incendie, un verre d’eau peut suffire à l’éteindre. Mais si on rate ce verre d’eau, après c’est le seau d’eau, puis ça devient exponentiel », explique le SDIS de Haute-Savoie.
En revanche, dès qu’un feu commence à se propager dans des herbes sèches, des broussailles ou une forêt, une gourde ne fera pas la différence. Quelques litres d’eau sont dérisoires face à un front de flammes alimenté par le vent et la végétation. À ce stade, chercher à intervenir expose surtout à des risques de brûlure ou d’intoxication par les fumées. La priorité devient alors de s’éloigner, d’alerter les secours et de conserver son eau pour rester hydraté et garder ses capacités physiques, notamment si l’évacuation prend du temps.
Dois-je enlever mon pull ou ma polaire pour éteindre les flammes ?
C’est une réaction instinctive, mais dangereuse. Les vêtements de randonnée ne sont pas conçus pour protéger contre un incendie. Beaucoup de polaires et de vestes techniques contiennent des fibres synthétiques qui peuvent fondre sous une forte chaleur et adhérer à la peau. Retirer un vêtement pour tenter d’approcher les flammes revient surtout à augmenter son exposition aux brûlures et aux fumées toxiques.
Si vos vêtements prennent feu, évitez de courir, car le mouvement risque d’attiser les flammes. Allongez-vous plutôt au sol et roulez sur vous-même jusqu’à ce que le feu s’éteigne, ou couvrez-vous d’une couverture pour étouffer les flammes. Une fois le feu éteint, n’essayez pas de retirer les vêtements brûlés, car ils pourraient être collés à la peau.
Que faire face à la fumée ?
La fumée réduit la visibilité, désoriente et peut contenir des gaz irritants et nocifs pour la santé. Un tissu humide placé devant le visage peut limiter une gêne liée aux particules, mais il ne constitue pas une protection contre les gaz toxiques. Évitez de rester dans les creux du terrain où les fumées peuvent s’accumuler et chercher une zone où l’air est plus dégagé.
Une rivière ou un ruisseau sont-ils des refuges sûrs ?
Pas forcément. Nous avons tous en tête l’image d’une personne se protégeant dans une rivière face aux flammes, à la Indiana Jones, mais dans une vallée encaissée, les ruisseaux, les torrents et les rivières peuvent autant être une zone de refuge que piéger la chaleur et les fumées. Tout dépend du contexte, du relief, de la largeur du cours d’eau, de son débit et de la situation du feu.
Si ces zones peuvent parfois offrir une meilleure protection qu’une forêt dense, notamment parce qu’ils contiennent moins de végétation susceptible de brûler, gardez toutefois à l’esprit que rester dans l’eau comporte aussi d’autres risques, comme l’hypothermie ou la noyade. Si le feu passe au-dessus du cours d’eau, les fumées chaudes et les gaz toxiques peuvent rendre l’air irrespirable en quelques instants. Il n’existe donc pas de consigne unique applicable à toutes les situations. La priorité reste, lorsque c’est possible, de rejoindre une zone dégagée, moins végétalisée et éloignée du front de flammes.
Pour suivre l’évolution des feux de forêts en direct :
La carte interactive de l’Association Prévention et Signalement Feux de Forets
La carte en direct de Feux de forêts et d’espaces naturels
