En deux jours, les 12 et 13 juillet, près de 1 900 hectares de la forêt de Fontainebleau sont partis en fumée. Jamais un incendie d’une telle ampleur n’y avait été recensé depuis le début des relevés, en 1863. Si le feu est désormais fixé, l’ensemble du massif reste interdit d’accès au moins jusqu’au 20 juillet. Il faudra encore attendre avant de savoir quels secteurs d’escalade ont été directement touchés et si certains blocs ont été fragilisés par les flammes. Ailleurs dans le monde, des incendies comparables ont parfois retardé le retour des grimpeurs pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.
Mercredi matin, près de 800 pompiers étaient encore déployés dans la forêt de Fontainebleau afin d'empêcher toute reprise de feu. « Les opérations qui sont prévues à partir de maintenant sont principalement du “noyage” », expliquait à l'AFP Paul-Édouard Laurain, porte-parole du Service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne. À savoir le traitement de toutes les parties incandescentes qui restent dans la terre, les souches, ou les branches d’arbre qui sont tombées au sol, afin qu'il n'y ait pas de reprise particulière. Déclenché dimanche dans un contexte de sécheresse exceptionnelle et de fortes chaleurs, l'incendie a détruit près de 1 900 hectares de forêt. Selon les archives de l'Office national des forêts (ONF), il s'agit du plus important feu recensé dans le massif depuis le début des relevés en 1863, dépassant ceux de 1921 (762 hectares) et de 1945 (825 hectares). L'origine du sinistre serait volontaire selon les autorités. Deux personnes ont été interpellées dans le cadre de l'enquête : l'une d'elles, un pompier volontaire, est soupçonnée d'avoir provoqué plusieurs départs de feu à l'aide d'un briquet et de brindilles ; une seconde personne est mise en cause après avoir jeté un mégot de cigarette. L'ampleur du sinistre a nécessité le déploiement de moyens rarement engagés en région parisienne, notamment des hélicoptères bombardiers d'eau, des avions Dash et des Canadair, qui ont puisé leur eau directement dans la Seine.
« Au regard des différents incendies en cours et des conditions de sécheresse du massif, l’ONF a décidé de fermer totalement le massif de Fontainebleau au public, au moins jusqu’au lundi 20 juillet à 6h00. », indique le site de grimpe bleau.info. Concrètement pour les grimpeurs, dix secteurs majeurs sont fermés : Trois Pignons, Corne Biche, Mont Aigu, Larchant, Apremont, Cuvier, Franchard, Orsay, Beauvais et Haute Pierre. À ce stade, il est toutefois impossible de savoir précisément quelles zones rocheuses ont été directement touchées par les flammes.
Une forêt particulièrement vulnérable
Quelques jours avant que les flammes ne ravagent Fontainebleau, les signes d'une forêt extrêmement sèche étaient déjà visibles. Présente dans le massif lors de la première vague de chaleur de la saison, une grimpeuse décrivait au magazine Climbing une forêt « complètement desséchée ». « Même lorsqu'il pleuvait un peu, l'eau était absorbée ou s'évaporait si vite que tout redevenait sec en moins d'une heure. Le sol craquait sous les pieds. Avec des vagues de chaleur qui arrivent de plus en plus tôt, je n'ai malheureusement pas été surprise que des incendies éclatent si tôt dans la saison. »
En cause, plusieurs facteurs propres au massif de Fontainebleau. À commencer par sa végétation - pins sylvestres, fougères et landes de bruyères - qui constituent des matières inflammables qui ont rapidement alimenté l'incendie, mais aussi un sous-sol sableux, très filtrant, et des vastes platières de grès qui retiennent peu l'eau, qui ont la aussi accentué le dessèchement du massif. À cela s'ajoutent plusieurs années de sécheresses répétées, des épisodes de chaleur de plus en plus précoces et une accumulation de bois mort liée au dépérissement de certains arbres.
Quels impacts pour les blocs de Fontainebleau ?
Si certains sites touchés par des incendies ont pu redevenir praticables rapidement après le nettoyage des zones instables, d'autres ont subi de longues fermetures après la destruction de leur environnement naturel, voire devenus définitivement impraticables, parfois plusieurs décennies après le passage des flammes.
À Fontainebleau, même si les incendies sont désormais fixés, les grimpeurs sont appelés à ne pas retourner en forêt cet été. Les secteurs touchés devront être inspectés avant d'envisager leur réouverture. Deux conséquences sont à craindre : les risques liés aux accès et l'altération éventuelle de la roche elle-même.
Concernant les accès, s'il est encore trop tôt pour mesurer précisément les conséquences de l'incendie à Fontainebleau, les flammes ont déjà réduit en cendres une partie de la végétation qui contribuait à stabiliser les sols. À terme, cela pourrait favoriser l'érosion, provoquer des chutes de pierres ou fragiliser certains sentiers d'approche, rendant l'accès aux blocs plus complexe et potentiellement dangereux. Alors qu'une grande partie de l'expérience grimpe du site repose justement sur la marche entre les blocs, ces conséquences pourraient peser lourd dans la réouverture de certains secteurs. L'accès aux sites pourrait nécessiter des opérations de sécurisation importantes.
L'autre grande interrogation concerne l'impact des flammes sur la roche elle-même. Si aucune expertise n'a encore été rendue publique concernant l'état des blocs touches, les incendies de forêt peuvent, dans certaines conditions, altérer directement la roche par un phénomène appelé écaillage thermique. Le scénario avait déjà été observé à Oliana, en Espagne, lorsque le site avait été ravagé par les flammes en 2022. Le feu n'a pas fait que frôler la falaise abritant La Dura Dura, (5.15c), l'une des voies les plus difficiles et emblématiques de la discipline, mais des dégaines avaient fondu, de nombreuses prises s'étaient détachées et la couche superficielle du calcaire s'était effritée au simple toucher. Des voies mythiques comme Crimptonite (8b+), Mishi (8b) ou T1 Full Equip (8b+) avaient été si fortement endommagées que les équipeurs avaient longtemps ignoré si elles pourraient un jour retrouver leur état d'origine. Après un important travail de nettoyage et de rééquipement, la version originale de Crimptonite n'est aujourd'hui plus réalisable au niveau de difficulté historique de la voie (8b+).
Une étude publiée en 2023 par Pablo Yeste-Lizán avait montré que la dégradation du site d'Oliana était due à un éclatement thermique particulièrement intense. Le calcaire avait tellement chauffé que les parties fragiles de la roches s'étaient détachées par plaques. Les chercheurs montraient que l'ampleur des dégâts à Oliana s'expliquait notamment par la configuration du site : située au sommet d'une pente raide, la falaise avait créé un véritable « effet cheminée », projetant un flux d'air brûlant jusqu'à 30 ou 40 mètres de hauteur. Les altérations de la roche ne se limitaient donc pas au pied de la paroi, mais remontaient jusque dans les longueurs des voies.
Bien que le calcaire d'Oliana réagit différemment au feu du grès de Fontainebleau, et que les blocs de Bleau dépassent généralement peu les six mètres de hauteur, leur exposition directe aux flammes pourrait néanmoins avoir des conséquences similaires sur des blocs entiers dans les zones les plus touchées. Et si les effets des incendies sur le grès restent encore moins documentés que ceux sur le calcaire, une étude de 2026 montre néanmoins que la chaleur peut provoquer là aussi un écaillage thermique, l'eau contenue dans les pores de la roche se transformant en vapeur sous l'effet de la chaleur, créant des pressions internes capables de détacher les couches superficielles et de fragmenter la roche altérée. Pour les 4 000 blocs que recense la forêt de Fontainebleau, l'ampleur des éventuels dégâts dépendra donc de l'intensité des flammes, la durée d'exposition à la chaleur, la présence de végétation au contact des blocs ou encore la profondeur atteinte par le feu. L'enjeu des prochains mois sera donc double. Reconstruire une forêt meurtrie et déterminer dans quel état les grimpeurs retrouveront les blocs qui font la légende de Bleau.
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