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Mike Horn à bord du Lance piégé par les glaces
  • Aventure
  • Exploration

Premières confidences de Mike Horn et Borge Ousland, toujours prisonniers des glaces à bord du « Lance »

  • 21 décembre 2019
  • 6 minutes

Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche est navigateur professionnel, ultra-trailer et reporter amoureux de la nature et des montagnes. Alpinisme, escalade, ski de randonnée ou paddle, aucun sport outdoor n’est étranger à ce grand voyageur.

Presque deux semaines après la traversée des deux aventuriers, Outside s’est entretenu avec Lars Ebbesen, le chef d’équipe du Norvégien Borge Ousland. Enfin en lieu sûr, les deux explorateurs partagent peu à peu les détails de leur expédition.

« Mike et Borge passeront probablement Noël et le nouvel an prisonniers des glaces », nous affirme Lars Ebbesen.
Comme si les 87 jours passés à lutter contre le froid polaire et la nuit noire du pôle Nord ne suffisaient pas, Mike Horn et Borge Ousland sont contraints de subir les aléas climatiques de la région au moins encore une semaine. Le navire de recherche, « Lance », qui les a récupérés ce dimanche 8 décembre, se trouve désormais coincé dans la banquise comme une planche de bois dans un étau. A plus de 50 kilomètres de la mer « libre », son capitaine, Stig Roaldsand, tente nuit et jour de desserrer l’étau glaciaire qui les maintient immobiles. « Seules les tempêtes peuvent nous aider à bouger », a-t-il expliqué à la presse norvégienne. Pour le moment, la météo autour de leur position est bien trop calme pour leur laisser le moindre espoir de s’extirper des glaces. 

Un membre de l'équipage du Lance travaillant à la libération du navire des eaux gelées
Un membre de l'équipage du Lance travaillant à la libération du navire des eaux gelées (Facebook)

Enfin un peu reposés, Mike Horn et Borge Ousland révèlent peu à peu quantité de détails sur leur exploit. On apprend ainsi par Borge que la dernière semaine a été la plus dure de toutes, notamment à cause de la fatigue accumulée et de la composition de la glace, bien plus instable et « molle » qu’en 2006 lorsqu’ils avaient déjà rallié le pôle Nord de nuit. Les vivres venant à manquer, Mike et Borge ont alors décidé d’allonger leurs journées de 24 à 30 heures, ce qui a engendré une économie de ration d’une journée au bout de six jours.     

14 Big Mac par jour 

Autre chiffre, autre perspective de l’exploit : les deux aventuriers tiraient au début de leur expédition un traîneau de 160 kilos chacun réduit à 60 kilos les derniers jours. Horn et Borge ont trainé l’ensemble de leurs déchets qu’ils vont déclarer à la police norvégienne une fois arrivés sur la terre ferme. Avec un besoin journalier d’environ 9 litres d’eau (consommation pour cuisiner incluse) et 7000 kilocalories chacun, soit l’équivalent de 14 Big-Mac par jour, les explorateurs ont dû prévoir des aliments très caloriques et peu volumineux. Au menu, un petit déjeuner composé d’un mélange de flocons d’avoine très gras et d’huile, les déjeuners, eux, se composaient de noix avec des fruits secs, entre autres, pendant que le dîner, varié selon leurs stocks restants, présentait à minima cent grammes de beurre, cent grammes de viande séchée et cent grammes de pommes de terre ou de légumes et bien sûr du chocolat.

Plongés dans la nuit intégrale depuis presque trois mois, Mike et Borge possédaient un stock de 120 piles classiques plus six supplémentaires au lithium S02 servant au fonctionnement du téléphone satellitaire et à l’appareil photo, nous informent des collègues journalistes présents sur le « Lance ».

Exténués, amaigris et affamés, Mike et Borge sont restés déterminés à boucler leur épopée comme ils l’avaient prévu : sans assistance. Bengt Rotmo et Aleksander Gamme, deux guides polaires dépêchés et partis du « Lance » à leur rencontre en cas de problème, possédaient certes des rations supplémentaires, mais Mike et Borge ont terminé en autonomie. A leur arrivée, il ne restait à Borge qu’un plat préparé par ses soins, composé de morue avec des pommes de terre, des tomates séchées au soleil et de l'huile d’olives, soit 370 grammes…  « A hauteur du pôle il nous restait 49 jours de nourriture, bien plus que ce que nous pensions consommer, mais la météo ne nous a pas été favorable, les vents nous ont constamment repoussé vers le Nord, c'était très frustrant à vivre », a déclaré Borge à l’équipage du « Lance ». 

Jamais les deux explorateurs n’ont imaginé déclenché un secours par hélicoptère même si ce plan a été évoqué par leurs équipes respectives. « Pour nous, il était important de finir comme on avait commencé en Alaska. On est descendus d’un bateau avec nos skis, on a rallié le pôle Nord et on est remontés sur un autre bateau de l’autre côté. C’est unique dans l’histoire de l’exploration moderne et merveilleux pour nous », s’est réjoui Borge Ousland, ancien soldat d’élite et plongeur professionnel. 

Le pire c’était le matin !

Pour résister aux températures polaires atteignant les - 30°C, Borge et Mike ont dû respecter un rituel vital à chaque moment clé de la journée : le lever, les repas et le coucher. A chaque fois, la tente devait être montée sans ôter ses moufles de peur de perdre ses doigts par gelures. Se mettre à l’abri était obligatoire. Comme se brosser pendant une heure avant de pénétrer dans l’antre de toile afin d’éliminer la glace figée sur les vêtements, due à l’humidité que rejette le corps à l’effort. Le matin, même rituel, il fallait enlever la couche de glace accrochée à la toile de la tente à cause de la condensation. En plus de leur duvet respectif, Borge et Mike s’enveloppaient dans un grand sac plastique censé les isoler davantage. « Le matin, était le pire moment ! On se réveillait humide et collant, vu que la chaleur de notre corps n’était pas évacuée », se remémore le Norvégien, précisant que cette humidité devenait aussitôt de la glace à l’extérieur du sac de couchage.

Contacté par Outside, Lars Ebbesen, responsable d’équipe de Borge Ousland, avoue que la mission arctique était risquée et exigeante, tout en confirmant que Mike et Borge étaient parfaitement taillés pour réaliser cet exploit. « L’Arctique est le seul endroit au monde où vous êtes sur un sol vivant, la glace se déplace et change continuellement de direction sans savoir où, quand et comment », renchérit le Norvégien, grand ami de Borge. « Leurs journées, c’était du non-stop ! Ils devaient constamment résoudre des problèmes, analyser la meilleure route aux jumelles nocturnes et ne jamais s’endormir », rajoute Lars.   

Courir pour ne pas mourir 

Ces mille quatre cents kilomètres parcourus en pleine nuit ont laissé des stigmates sur les visages amaigris des aventuriers, même après presque deux semaines de repos. A respectivement 53 et 57 ans, Mike Horn et Borge Ousland, explorateurs plutôt « durs au mal », ont tous deux avoué avoir vécu la plus difficile expédition de leurs vies… Au point de raccrocher ?
Si le Sud-africain n’a pas encore communiqué sur ses futurs projets, le Norvégien, lui, a confessé avoir fait son « dernier grand voyage ». Ses pouces, encore boursouflés par le froid, ressemblent toujours à des « morceaux de viande disgracieux » d’après les témoignages recueillis sur le « Lance ». « J’ai cru que cela allait vraiment mal tourner », a avoué Borge. Pourtant c’est bien Mike Horn qui a essuyé la plus grosse frayeur de la traversée dans les derniers jours quand la glace s’est fendue sous son poids, le plongeant dans l’eau glacée, skis aux pieds. « On voyait les lumières du « Lance » au loin, les premières depuis trois mois », se remémore Borge, ajoutant qu’ils « restaient très concentrés mais que la neige, tombée récemment, rendait la différence entre l’eau et la glace très dure à distinguer ». Mike Horn, tombé dans l’eau, n’a pas paniqué pour autant. « J'ai essayé d'aller au bord, mais mes skis étaient accrochés à mes chaussures », raconte le Sud-africain. » Ça m’a pris un petit moment pour les enlever et remonter sur la glace, mais j'étais calme. » « Si vous ne paniquez pas dans ces situations, vous économisez du temps. Mais si vous vous débattez dans l’eau, votre niveau d’énergie chute très rapidement", a expliqué son partenaire. "Les vêtements de Mike sont devenus de la glace, or rester immobile lorsqu’on est mouillé à -25°C et que le vent souffle peut signer votre arrêt de mort. Il a donc dû courir et se rouler dans la neige pour que celle-ci absorbe l’humidité. J'ai aussitôt monté la tente et amorcé un feu ». Si Mike avait été seul, l’histoire aurait pu finir plus tristement. « J'ai essayé de retirer mes vêtements tout de suite, mais la fermeture éclair avait gelé », précise Mike Horn. «Borge a dû utiliser la flamme du réchaud pour la faire fondre ». L’explorateur s’est ensuite déshabillé dans la tente par -25°C degrés avant de se laver avec de l’eau chaude pour extraire le sel qui garde l’humidité sur la peau. « Le pantalon de Mike, trempé, s’est transformé en armure de glace quand je l’ai mis dehors », a détaillé Borge qui a ainsi pu enlever plus facilement la pellicule de glace.

« Probablement la pire journée » 

 « Dans des conditions normales, nous nous serions arrêtés pour la journée, mais nous ne pouvions pas, car nous n'aurions pas eu assez de nourriture », a souligné Mike. « J’ai eu extrêmement froid tout le reste de la journée et après avoir rencontré Bengt et Aleksander, nous avons encore skié cinq heures pour atteindre le ‘Lance’. Cette journée a probablement été la pire de toute l’expédition, j'étais tellement épuisé », a admis le Sud-africain. Face aux dangers de la banquise, Borge et Mike ont fait corps, tout en appréhendant la situation de manières différentes. « Borge est si professionnel qu’il n’aime pas prendre le moindre risque », a dévoilé Mike qui admet en prendre davantage. « C’est une question de personnalité, c’est inné », a rajouté malicieusement l’aventurier, comme pour signifier que sa détermination à aller au bout de ses expéditions n’était pas prête de faiblir.

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