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Pourquoi c’est si cher une expédition en haute montagne ?

  • 29 janvier 2020
  • 6 minutes

Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche est navigateur professionnel, ultra-trailer et reporter amoureux de la nature et des montagnes. Alpinisme, escalade, ski de randonnée ou paddle, aucun sport outdoor n’est étranger à ce grand voyageur.

Le rêve de fouler les sommets de l’Himalaya a un prix que nous avons tenté de décrypter. Permis, vols, logistique, matériel et guides, vous saurez pourquoi il est si coûteux d’aller fouler les cimes pendant trois semaines au Népal. Dans quel secteur est-il possible de réaliser des économies et où mieux vaut-il ne pas en faire ? Explications.

Si les rêves n’ont pas de frontières, leur réalisation a un prix. Marcher dans les pas de Reinhold Messner, Nims Dai et Kilian Jornet sur les montagnes de l’Himalaya est si tentant, qu’on s’y lancerait bien demain si les coûts cumulés d’une expédition au Népal ne nous imposaient pas de casser notre compte épargne logement… L’Everest, le magnifique, qui domine le reste de la planète du haut de ses 8848 mètres, exige, outre une excellente condition physique, un compte en banque plutôt bien garni ou un très gentil mécène capable de verser les quelques 60 000 euros requis en moyenne. Mais pourquoi diable est-ce si cher ? Où partent tous ces précieux billets à l’heure de payer une agence ? Nous avons mené l’enquête sur un séjour d’un mois et l’ascension d’un 7000 mètres au Népal avec la complicité du guide alpiniste français, Paul Grobel.  

D’emblée, il est important de préciser que lorsque l’on ne connait pas les lieux, mieux vaut s’accompagner d’une référence locale. D’accord, cela n’est pas valable pour toutes les destinations et bien sûr le plaisir de voyager seul et de découvrir des sites en vagabondant au grès des rencontres est l’idéal, mais la haute montagne est « LE » milieu inhospitalier où un manque de connaissances et de moyens peut se payer au prix fort : une mort idiote. Nous avons donc choisi une expédition organisée au printemps dernier au Népal pour 10 personnes sous l’autorité d’un guide de haute montagne français, Paul Grobel. Le voyage d’une durée d’un mois en quête de l’ascension de l’Himlung Himal, 7126 mètres, étant une base pertinente pour en décrypter le prix. 

Seul où il est possible de réaliser des économies, le choix de l’agence ou du guide organisateur (Sander Crombach/Unsplash)
Le nombre de clients idéal pour mener à bien ce genre d’expédition est de sept personnes (Jackman Chiu/Unsplash)

Les salaires, le coût le plus important 

Soutenue par le Français Paul Grobel, alpiniste et guide de haute montagne à La Grave, et organisée par une agence népalaise, « Himalayan Travellers », l’ascension de l’Himlung Himal, situé au Nord-Ouest du Manaslu figure parmi les 7000 mètres de l’Himalaya les plus abordables physiquement. Sans surprise, sur les 6 250 euros demandés par personne par l’agence Himalayan Travellers avec qui le résidant des Hautes-Alpes collabore, plus d’un quart est destiné à payer les salaires des sherpas, cuisiniers, porteurs et guides. « Les rémunérations des différents corps de métier d’une expédition sont toujours la partie la plus élevée, mais c’est aussi celle sur laquelle il ne faut pas lésiner », insiste Paul Grobel, très informé et soucieux du sort de la population locale. 

Parmi les « sherpas », on distingue deux types d’appellation indiquant le grade et les fonctions. Ainsi, « LE » sherpa, au singulier, occupe seul le rôle de leader, de connaisseur prioritaire et de guide népalais. Ce chef de tribu est aidé par des sherpas au pluriel qu’on pourrait qualifier de travailleurs en haute altitude et qui se révèlent être des porteurs dotés d’une condition physique incroyable. Ces derniers ne vont pas au sommet mais montent le matériel d’altitude jusqu’au camp de base ou camp numéro 1 et portent le matériel tout au long du trek d’acclimatation. Le guide occidental possède le même statut et la même fonction au Népal ou dans les Alpes. Le rémunérer convenablement rehausse le prix de revient de votre expédition mais assure une organisation, une gestion et une communication de haute qualité. « Si l’on part sur une base plutôt basse de 300 € brut par journée d’expédition, soit 30 jours, il faut aussi rajouter le temps de préparation que j’estime à 10 journées en cumulé », détaille Paul Grobel. Soit 1200 € de prestation à verser par personne pour trente jours de présence avec un guide européen au Népal. Une bouchée de pain en comparaison aux 1200 € que vous paierez pour une ascension de deux jours sur le toit de l’Europe (Mont-Blanc).    

9 800 euros le permis de l’Everest, 450 euros pour l’Himlung Himal 

Les formalités administratives forment une part non négligeable du gâteau : les honoraires de l’Officier de Liaison, les permis d’ascension, ceux de trek pour pouvoir entrer dans les parcs, le visa Népalais de trente jours, les assurances de l’équipe locale et de l’hélicoptère avoisinent les 900 € par personne. Le Département du Tourisme du Népal délivre un permis nominal pour chacun de ses sommets. L’Everest tire le gros lot avec une facture de 9 800 euros par alpinistes au printemps. Pour les sommets de 7000 mètres, il faut débourser 500 euros par personne avec des réductions de 50 % et de 75 % qui s’appliquent au grès des saisons : tarif plein au printemps, moitié prix à l’automne et -75 % en hiver.  

Trois modèles différents pour choisir son expédition 

Le secteur où il est possible de réaliser des économies se situe dans le choix de l’agence ou du guide organisateur. Trois modèles coexistent et se concurrencent. Celui d’une agence népalaise dirigée par un guide népalais est le modèle le moins cher que Paul Grobel chiffre à 6500 € par personne vol compris. Vient ensuite le modèle d’une expédition vendue en France, guidée par un Français labellisé UIAGM (Association Internationale des Guides de Haute Montagne) mais sans agence. Toujours aidé par des locaux, ce modèle du guide « à son compte » comme l’exerce Paul Grobel coûte 7600 euros par personne. Sur ce genre d’expédition, on économise les frais d’agence et la marge de celle-ci, sans rogner sur la qualité et la sécurité. Il s’agit du modèle plébiscité par des groupes d’amis des différents massifs alpins qui connaissent des guides et montent leurs voyages « à la carte ». Le dernier modèle se compose d’une expédition vendue en France par une agence de voyages française et guidée par un guide UIAGM français. Pas besoin de vous faire un dessin pour comprendre que les coûts sont forcément les plus élevés car les tarifs européens et les marges de ces sociétés sont plus importants. 

Cependant, Paul Grobel attire notre attention sur le fait que certaines sociétés tentent de baisser le prix de vente en diminuant la prestation des intervenants locaux ou du guide pour remporter la guerre de la concurrence. « C’est un mauvais calcul », nous assure le guide expérimenté, argumentant que « le prix ne doit pas être abaissé au détriment de la sécurité ». Pour Paul, tout est affaire de seuil de rentabilité. Lui-même s’est parfois résolu à emmener des clients en expédition sans tirer de bénéfices. « J’adore mon métier et ça m’est arrivé de guider au Népal sans générer de revenus, mais je compensais en préparant le terrain auprès des locaux pour des expéditions suivantes », nous explique-t-il. Pour les agences de voyage, cette possibilité n’est pas envisageable, ces dernières assurent l’expédition dès que le seuil de rentabilité est atteint. « Le nombre de clients idéal pour mener à bien ce genre d’expédition est de sept personnes, au-delà on détériore un peu la qualité, mais le nombre le plus économiquement rentable est dix personnes », dévoile celui qui passe plus de cinq mois par an hors de son chalet des Hautes-Alpes.

Payer ou se faire amender

Les mules, le transport sur place, l’hébergement et la nourriture sont des coûts quasiment incompressibles, à moins de dormir dans un cinq étoiles à Katmandou et d’y manger du caviar à la petite cuillère au petit déjeuner. Le coût de la vie est faible au Népal et même si les tarifs augmentent en symbiose avec l’altimètre, ces prix sont raisonnables et difficilement compressibles. N’essayez pas non plus d’économiser sur le permis en vous la jouant solitaire ni -vu-ni-connu car vous risquerez de vous exposer à une forte amende comme ce Sud-Africain tentant une ascension de l'Everest sans autorisation officielle qui s'est vu ordonner de s’acquitter d'une amende de 22.000 dollars… Mauvais calcul. 


Sur le même thème, lire aussi : Le Népal solde certains permis d’accès à ses sommets en 2020

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