Une hausse de 18 à 45% de l’empreinte carbone numérique en 10 ans. C’est ce que pourrait bien causer le déploiement de la 5G en France, autorisé dans le pays depuis novembre dernier. À travers l'ambiguïté des discours des opérateurs télécoms et ceux du gouvernement, voici les clés pour comprendre les enjeux de la 5G, et comment limiter les émissions de CO₂ de vos appareils.
Le mois dernier, le Haut conseil pour le climat (HCC) a publié un rapport alertant sur les conséquences de la 5G d’un point de vue environnemental. Si ce nouveau réseau devrait considérablement améliorer le débit de nos appareils numériques, il pourrait causer une hausse « accrue de l’empreinte carbone numérique en 2030 ». Mais que signifie le déploiement de la 5G ? Qu’en disent les institutions environnementales ? Et enfin, à défaut de pouvoir y échapper, quel rôle pouvons-nous jouer pour en limiter l'impact ? La réponse en cinq points.
Concrètement, qu’est-ce que la « 5G » ?
D’après l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), il s’agit de la « cinquième génération de réseaux mobiles », qui devrait permettre l’échange d’une « quantité beaucoup plus importante de données » et devrait faire progresser les performances de nos appareils connectés.
Autrement dit, cela signifierait un meilleur débit, ou encore un nombre plus élevé de connexions simultanées. L’activation des réseaux 5G est autorisée en France depuis fin novembre 2020, mais dans les faits, c’est à partir de 2021 que l’on pourra s’y connecter dans plusieurs villes françaises - avant d’atteindre une couverture total dans l’Hexagone d’ici 2030.
En quoi est-ce une problématique environnementale ?
Le développement de la 5G va inexorablement de pair avec l’impact du numérique sur l’environnement. Et même si la pollution émise par les objets connectés en tous genres n’atteint pas les seuils des transports, de l’agriculture ou encore du logement - secteurs les plus polluants - l’augmentation des appareils électroniques et de leurs usages pourrait entraîner la hausse de leur empreinte carbone.
Dans les faits, ce dont on est sûr aujourd’hui, c’est que le déploiement de la 5G induit la production de nouveaux équipements, de plus en plus nombreux. La fabrication des smartphones, tablettes et autres objets connectés - pour la majorité, fabriqués à l’étranger - participerait d'ici 10 ans à une hausse évaluée entre 18 et 45% de l’empreinte carbone numérique, selon un rapport du Haut conseil pour le climat (HCC). Ces chiffres comprennent également l’augmentation de la consommation énergétique de ces appareils, des réseaux et des centres de données ; mais leur proportion est encore imprécise.
L’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) se montre plutôt optimiste à ce sujet, expliquant qu’une « meilleure efficacité énergétique à trafic constant et ses usages peuvent contribuer à réduire les dépenses énergétiques et/ou l’impact environnemental d’autres secteurs (transports, agriculture) ». Le Sénat, lui, au contraire, se montre plutôt sceptique : les conclusions du rapport « rejoignent celles de la mission d’information du Sénat sur l’impact environnemental du numérique. Selon le rapport sénatorial, la part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre, de 2 % en 2020, pourrait passer à 6,7 % en 2040, si aucune politique écologique n’était menée sur le numérique », peut-on lire dans Public Sénat. Reste à attendre la proposition de loi pour réduire l’impact environnemental du numérique, qui sera examinée le 12 janvier.
Mais la pollution numérique, c'est quoi exactement ?
La pollution numérique concerne les émissions de CO₂ causées par les nouvelles technologies, majoritairement à cause de la fabrication des appareils comme les ordinateurs, smartphones, tablettes et objets connectés. Comme le souligne Greenpeace, « c’est la fabrication d’un appareil qui demande le plus d’énergie. Toute la chaîne de fabrication de ces équipements carbure aux énergies fossiles : l'extraction des composants et leur transport, la fabrication des pièces détachées et leur transport, l'assemblage du produit fini puis son transport jusqu'au pays de distribution. Un smartphone requiert des dizaines de métaux, en provenance du monde entier : du tantale congolais, du lithium bolivien, de l'or australien, des terres rares chinoises. »
Notre utilisation du réseau Internet a également des conséquences polluantes matérielles, notamment à cause du stockage et du transport des données, ou encore de la maintenance des infrastructure du réseau. Par exemple, l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) révèle que « les vidéos en ligne représentent 60% du flux mondial de données et sont responsables de près de 1% des émissions mondiales de CO₂ ». Le trafic de données, lui, augmente ainsi de « 25% par an ».
En quelques chiffres, le numérique « représenterait près de 1,4 milliard de tonnes de gaz à effet de serre, soit près de 3,8% des émissions de gaz à effet de serre mondiales selon l’étude GreenIT. C’est plus que l’aviation civile mondiale. (…) L’ensemble des équipements qui constituent le numérique mondial pèse autant, en kilogrammes, que cinq fois le parc automobile mondial », explique Youmatter.
Le tout, produit par 34 milliards d'équipements numériques en 2019, pour 4,1 millards d'utilisateurs - soit huit appareils par utilisateur. À noter tout de même que derrière ces chiffres colossaux se cachent de très fortes disparités selon les régions du monde.
Et en France, où en est-on ?
La France compte 58 millions d’utilisateurs pour 631 millions d’équipements, autrement dit, cela équivaut entre 11 et 15 appareils en moyenne par utilisateur. Les ordinateurs arrivent en tête du classement, avec 116 millions d’appareils ; puis viennent les smartphones et téléphones mobiles (98 millions), avant les télévisions (87 millions), et les tablettes (23 millions). « La masse de ces équipements représente environ 7 millions de tonnes soit 700 Tours Eiffel », précise le rapport GreenIt. Cette infographie résume leur impact environnemental :

Rapporté à des usages quotidiens, cela revient pour chacun des 58 millions d’utilisateurs, chaque jour pendant un an à :

Comment réduire son empreinte numérique ?
On sait aujourd'hui comment limiter les émissions de CO₂ causées par l'utilisation de ses appareils numériques. De nombreux sites les répertorient les recommandations de base, notamment Greenpeace ou encore l'Ademe :
- Optimiser la durée de vie des appareils informatiques : réparer plutôt que racheter, ou bien acheter des appareils reconditionnés (si possible, en valorisant des appareils à faible consommation énergétique)
- Préférer le téléchargement au streaming
- Éviter de regarder des vidéos en 4G et opter pour des films en basse définition pour économiser de la bande passante
- Refuser les téléviseurs 4K et 8K
- Annuler l’option « lecture automatique » des vidéos sur les réseaux sociaux
- Éteindre sa box Internet la nuit et durant les périodes d’absence (vacances, voyages professionnels, etc.)
- Supprimer ses e-mails inutiles, compresser la taille des pièces-jointes, préférer une signature sans image ni logo et utiliser les messageries instantanées d’entreprise pour les messages courts si possible
- Limiter le stockage sur les services de Cloud et désactiver la synchronisation automatique entre les appareils (qui utilisent des data centers et non le Cloud)
- Valoriser les favoris pour les adresse web souvent consultées
- Fermer les pages web inutilisées
- Privilégier les échanges et réunions audio plutôt que vidéo
- Préférer le Wifi à la 4G sur les smartphones
Pour aller plus loin, retrouvez toutes les informations nécessaires pour réduire votre empreinte numérique dans les guides « La face cachée du numérique » et « Éco-responsable au bureau » proposés par l'Ademe - de véritables mines d'or pour tenir ses résolutions écolo en 2021 grâce à des gestes simples.
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