Après avoir remporté à deux reprises la Hardrock 100 (2018 et 2021) et la Diagonale des Fous (2019), l’ultra-traileuse américaine Sabrina Stanley a de nouveau défrayé la chronique début 2025. Non pas pour une victoire ou un record, mais pour l’annonce d’un contrat de sponsoring inattendu avec... OnlyFans. Si la plateforme reste largement associée à du contenu pour adultes, elle accueille désormais une multitude de créateurs – sportifs compris – qui y trouvent un moyen direct de financer leurs projets et de garder la main sur leur image. L’initiative a fait débat : certains ont tiqué sur la réputation sulfureuse du site, d’autres ont salué un coup de maître, à l’image de l’ultra-runner Dylan Bowman qui y voit « une étape enthousiasmante ». Car derrière ce choix se dessine une tendance de fond : de plus en plus d’athlètes délaissent les marques d’outdoor et de trail running pour se tourner vers des partenariats plus libres, mieux alignés sur leurs valeurs, offrant plus d’autonomie et un contrôle accru sur leurs revenus.
OnlyFans et les athlètes : un nouveau terrain de jeu
OnlyFans fonctionne sur abonnement : les fans paient un forfait mensuel pour accéder directement aux contenus d’un créateur, qui peut aussi proposer du contenu à l’acte, des pourboires ou des formats personnalisés. L’avantage : un contrôle total sur ce qu’on publie et comment on le monétise.
Depuis deux ans, la plateforme mise de plus en plus sur le sport. Elle sponsorise directement des athlètes, finance leurs frais d’entraînement et de vie, et leur offre un espace pour développer une relation directe avec leurs supporters.
La liste est variée : VTT, surf, sports mécaniques… et désormais course à pied. OnlyFans met en avant leurs histoires via ses propres médias : séries vidéo en immersion, portraits, interviews. « Nos partenariats sont conçus pour répondre aux besoins spécifiques de chaque athlète », affirme la plateforme. « L’objectif est toujours de les soutenir dans le respect de leurs objectifs personnels et professionnels. »
Pour Stanley, c’est aussi l’occasion de se libérer des contraintes des contrats traditionnels : clauses d’exclusivité, obligations de résultats, primes conditionnées aux performances, participation imposée à certaines courses… et souvent rupture immédiate en cas de blessure ou de méforme.
Surtout, ces contrats ne sont pas toujours lucratifs. Dans le trail, un athlète semi-pro sans gros résultats internationaux peut toucher autour de 10 000 € par an. Les meilleurs jusqu’à 250 000 €, mais c’est rare. « À moins d’être parmi les plus forts, vivre du trail est un vrai défi », résume son agent, Tyler Clements.
Réinventer le sponsoring
Stanley y pensait depuis un moment, mais a attendu la fin de son contrat chaussures fin 2024 pour sauter le pas. Cette fois, ce serait un vrai partenariat de sponsoring, pas juste un contrat de créateur de contenu.
Elle a longuement réfléchi. « J’en ai parlé avec mes proches et mon compagnon de l’époque… Et j’ai poussé la réflexion jusqu’à m’imaginer, le jour d’une course, alignée sur la ligne de départ avec un maillot OnlyFans. »
Le contrat reprend les codes d’un sponsoring classique… mais sans clause d’exclusivité. « Je peux n’y publier aucun contenu payant et l’utiliser comme un simple compte Instagram, ou bien proposer du contenu payant, comme n’importe quel autre créateur. »
Sur la plateforme, elle publie ses entraînements, ses courses, des réflexions personnelles… et parfois des photos nues. Un choix qu’elle assume pleinement. « Il existe cette culture de la pureté, qui voudrait qu’on soit moins respectable parce qu’on montre son corps. Je refuse. Je sais qui je suis : je suis intelligente, je reste une bonne personne, et je mérite le meilleur. Et j’ai aussi envie d’être topless. »
Plus de liberté et d’autonomie
Ce partenariat lui offre aussi un luxe rare dans le milieu : la liberté totale de choisir son équipement. « En ce moment, j’alterne entre trois, quatre, parfois cinq marques de chaussures, selon ce que mon corps réclame. J’adore cette liberté. »
Affranchis de la rigidité des sponsors traditionnels, les athlètes peuvent explorer d’autres sources de revenus : organisation d’événements, vente de produits dérivés, abonnements à du contenu exclusif. « Les abonnés payants sont des superfans », explique Clements. « Ils sont plus susceptibles de soutenir l’athlète et d’essayer les produits qu’il utilise vraiment. »
Patreon, autre plateforme d’abonnement, est utilisée par certains entraîneurs et créateurs de contenu dans le running, qui y proposent podcasts, conseils, coulisses et échanges directs avec leurs abonnés. Le principe est le même : créer une communauté engagée, sans intermédiaire, et générer un revenu régulier.
Dans l’athlétisme, certaines sportives vont jusqu’à créer leurs propres structures, comme l’équipe féminine Meridia, détenue et gérée par ses athlètes, pour choisir librement leurs entraîneurs et leurs sponsors. Un moyen de s’affranchir du modèle classique, souvent contrôlé par un seul équipementier, et de garder la main sur leur carrière.
Un soutien inconditionnel
2025 a aussi été une année difficile pour Stanley : diagnostic de cancer, lourdes opérations (ablation de l’utérus, du col, des ovaires et des ganglions) et chimiothérapie préventive débutée le 1er août.
L’UTMB est tombé à l’eau, mais elle espère recourir à l’automne, si sa récupération le permet. « Rien que l’idée de remettre les baskets, même doucement, me donne de l’espoir », dit-elle.
En attendant, OnlyFans est resté à ses côtés. « Ils ont été incroyables », confie-t-elle. « Je culpabilise un peu de ne pas assez donner en retour parce que je ne cours pas, mais c’est juste moi qui me mets la pression. Mon agent les tient informés, et ils me soutiennent depuis le début. »
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