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Olivier Erard
  • Société

Olivier Erard, l’homme derrière la « sortie du tout ski » de Métabief

  • 26 février 2024
  • 15 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

« Métabief », son modèle d’adaptation au changement climatique est sur toutes les lèvres à l’heure où les stations de moyenne montagne se meurent. Pas de recette miracle ni de solutions toutes faites à y trouver pourtant, affirme son principal instigateur, le glaciologue Olivier ERARD. Directeur du Syndicat Mixte Métabief Mont d’Or (SMMO), l’ingénieur, consultant dans le domaine de l'eau, raconte en détails dans un long entretien comment la démarche prospective entamée depuis plus de cinq ans par la station du Haut-Doubs, permet aujourd’hui à ce territoire d’aborder l’avenir avec plus de sérénité. Malgré les obstacles. Car à toucher à l'or blanc, on ne se fait pas que des amis.

La petite station de Métabief, culminant à 1463 mètres dans le Haut-Doubs, a été la première fin 2020 à conclure que le ski alpin, c’était bien fini pour elle. A l’horizon 2030 sans doute, selon les données disponibles à l’époque. Un deuil difficile, on l’imagine. 1500 emplois sont liés à cette industrie en haute saison. Mais un deuil gérable grâce à une démarche originale entamée en 2019 à l’instigation d' Olivier Erard. Cet ingénieur glaciologue, spécialiste de la gestion de l’eau et de l'adaptation au changement climatique est Directeur du Syndicat Mixte Métabief Mont d’Or (SMMO), structure chargée de la gestion et du développement du domaine skiable de Métabief. Une entité financée par le Conseil Départemental du Haut-Doubs et la Communauté de Communes Lacs et Montagnes du Haut-Doubs.

Détaché du Département pour en assurer la direction, Olivier Erard s’est dédié pendant cinq ans à une mission d’ingénierie visant à étudier et engager la transition climatique de la station. C’est lui l’homme clef du fameux « modèle Métabief ». Il retourne aujourd’hui vers son métier et sa passion première, la gestion de l’eau, mais reste consultant pour d’autres stations de ski, avides de comprendre comment s’y prendre, elles aussi. A l’issue de cette longue mission, quel est le bilan ? Interview.

En France, la station de ski de Métabief est présentée comme l’éternel modèle en matière d’évolution vers un autre modèle d’économie en montagne. Ce titre de bon élève est-il justifié à vos yeux ?

Je me suis posé la question. Quand on a commencé à communiquer en 2021, je me suis dit ‘non, on n’est pas un exemple’, parce qu’on venait de passer 4-5 ans la tête dans le guidon. A passer des renoncements aux investissements, à l’acceptation qu’il n’y avait pas de modèle de remplacement. Il fallait inventer et faire la mise en place de notre ingénierie. Depuis, du fait d’intervenir dans pas mal d’endroits et de rencontrer des experts de la systémique ou de la sociologie des organisations, on a pu valider des principes méthodologiques qui nous ont fait dire que, peut-être, ce qui nous rend innovant, c’est la méthode. 

C’est à partir de là que nous avons bâti un dossier de candidature en matière de montagne et ingénierie. Et on a été retenus pour cette méthode. C’est une approche qu’on ne voit pas dans les autres stations européennes, ni nord-américaines, j’en suis quasi sûr car je fais partie d’un groupe européen, Beyond Snow, où on est un peu des extra-terrestres. Par ailleurs, je suis en train de monter deux projets au Québec avec des bureaux d’études experts en adaptation mais qui ne sont pas du tout dans l’approche que nous avons déployée à Métabief. Il y a peut-être à Métabief une source d’inspiration méthodologique.

Souvent on vient nous voir et on nous demande : 'Vous avez fait quoi ? On veut voir des choses ! '. Souvent on pense que l’adaptation du modèle, c’est remplacer, c’est faire du 1 pour 1. 'OK pour renoncer au ski, mais vous remplacez par quoi ?' Mais en fait, nous n’en savons rien. Et c’est ça qui surprend. Il n’y a rien à voir à Métabief. Il n’y a rien de magique. Mais il y a énormément de travail de coopération. Enormément de choses faites par tous les opérateurs. La transition se fait, et ça ne se voit pas. Il n’y a pas de « Grand soir » de la transition, de grand plan de l’adaptation. Ca se fait de manière progressive.

Ca doit déconcerter ceux qui viennent vous voir pour trouver des solutions toutes faites…

En fait, il faut comprendre que ce que nous faisons, ce n’est pas de la concertation, mais de la coopération. C’est vraiment important de différencier les deux. Dans la concertation, on arrive avec des idées préconçues. Et là, pas du tout. La dynamique qu’on pose, c’est la dynamique des systèmes qui fait que pour changer un système complexe – tous nos systèmes d’organisation aujourd’hui le sont – il faut alterner entre du contrôle et de la planification, et de l’émergence, du mouvement. Or bien souvent quand on est dans des phases de transformation, tous nos systèmes veulent contrôler, planifier. Les dirigeants, les leaders, les chefs d’entreprise, leur premier réflexe, c’est de contrôler. Parce qu’il faut rassurer le système. Donc quand vous dites aux stations de ski  « vous allez mourir », c’est logique qu’elles vous disent le contraire et même ajoutent, ‘regardez, on s’adapte, on fait de la diversification etc’. Mais on ne touche pas au cœur du système. On ne touche pas au grisbi. On ne touche pas au ski. C’est verboten, ça ! 

C’est logique. Sociologiquement, les leaders sont là pour protéger leurs organisations. Ils ne sont pas là pour les transformer. Donc, quand on a compris ça, on passe beaucoup moins de temps et d’énergie à essayer de convaincre les dirigeants, élus ou chefs d’entreprise. On met plus de temps et d’énergie dans ceux qui veulent y aller, qui prennent conscience que ça doit bouger. Et ça, ce n’est pas au niveau des dirigeants. Car eux, leur fonction première, c’est d’autoriser à ce que ça se passe. C’est de lâcher prise. Moi, mon Président, à un moment donné, il s’est dit : « ouh là, en fait... on ne sait pas ! ». A partir de ce moment-là, ça a ouvert plein de possibilités. C’est assez magique comme formule. Mais quand un dirigeant dit ça, il fait presque œuvre d’incompétence au regard des autres.

Concrètement, comment intervenez-vous ?

On crée des groupes de travail, ou plutôt, ils se créent eux-mêmes avec ceux qui ont envie d’y aller. Des moniteurs, des restaurateurs, des hôteliers, des vendeurs de séjour… qui se projettent avec le risque entreprenarial, et qui disent : ‘Ca ne m’arrange pas, ce que vous venez de me raconter, mais, admettons ! Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? ‘ Ce sont des groupes qu’on arrive à constituer par des méthodes d’intelligence collective sur des sujets qu’ils jugent déterminants. Un groupe sur les métiers, un sur le nordique, l’outdoor, le patrimoine naturel, l’hébergement, ou la mobilité. Nous gérons à deux, avec ma collègue, Claire Leboisselier, cette ingénierie de coopération. On ne fait que ça. Il faut donc accepter de dédier du temps et de l’argent à une ingénierie qui n’est pas une ingénierie de projet ou de planification. Qui n’est pas qu’une ingénierie d’intelligence collective. Elle est hybride. Notre travail, c’est notamment d’animer ces groupes. 

Qu’est-ce qui s’y passe ? On balance les mauvaises nouvelles. Le facteur déterminant, c’est de construire un diagnostic partagé. On s’en fout si on n’a pas toutes les données. Parce qu’on est dans un système complexe. Il faut donc accepter de ne pas tout comprendre. Mais il faut poser ensemble quelque chose dont on pense collectivement que c’est la réalité. Après, on a un phénomène d’acceptation, qu’on peut qualifier de deuil.  Ca prend du temps. 

Sur les entreprises, par exemple, on a mis six mois avant qu’elles disent ‘c’est à nous de nous organiser. Ce n’est pas aux autres de faire. Ce n’est pas les jeunes qui ne veulent plus bosser. Ce n’est pas aux pouvoirs publics d’imaginer les métiers de demain’. Il y a des phases de « purges ». Les y’a qu’à, faut qu’on, ça n’apporte rien.

En fait on peut commencer à construire à partir du moment où on dit : « On est collectivement et consciemment incompétents ». Et on repart de ce qui nous anime. Pourquoi on fait ce métier-là, qu’est-ce qui compte pour nous ? Après, on passe très vite à l’action en fait ! Derrière, ça motive les gens. Ils passent de « il faut renoncer » à « on se met en marche ». C’est comme ça qu’on arrive à faire des actions rapides, et en même temps à se projeter.

Station de Metabief
Photo de la station de Metabief prise en avril 2021. (Matthieu Lemarchal)

Tout ce processus s’est déroulé sur combien de temps ?

Sur le ski alpin, on a démarré en 2016, et l’acceptation politique, c’était fin 2020. Cinq ans… On a mis cinq ans parce qu’on a été les premiers à envisager la fin du ski. Au bout de trois ans, on était prêts à lancer la dynamique, mais on l’a testée pendant deux ans pour voir ce que ça provoquait quand on lançait la mauvaise nouvelle dans le système. Et c’est là qu’on s’est dit qu’il fallait y mettre de l’ingénierie. On n’en n’avait pas l’expérience, on a improvisé.

A l’issue de cette expérience sur le ski alpin, on voit bien, quand on a commencé à la mettre en œuvre sur le reste du territoire, fin 2021, qu’en deux-trois ans, il s’est passé plein de choses. Maintenant, c’est exponentiel. On peut même déployer cette méthode sur d’autres sujets que le tourisme. Sur l’eau, la forêt, la mobilité. D’une problématique de remontée mécanique, on arrive à embarquer sur les sujets de transformation du territoire. 

Vous êtes glaciologue, vous avez une formation complémentaire pour aborder les choses ainsi ?

Oui, en fait je me suis formé. J’ai senti que j’en avais besoin. Que la technique et la science n’étaient pas suffisantes, loin de là. Je me suis certifié formateur pour adulte en 2015, bien avant de parler de transition. Je suis aussi certifié MBTI, c’est un indicateur de personnalité qui permet de comprendre comment fonctionne un groupe, avec des personnalités différentes. Je me suis aussi formé à des outils d’intelligence collective, à la systémique.

Moins qu’une méthode aujourd’hui, c’est plutôt une posture d’ingénierie que nous adoptons. Les processus sont connus depuis les années 70. Ce sont les théories de Michel Crozier sur la sociologie des organisations. Et toutes les théories de la dynamique des systèmes de Donella Meadows, l’épouse de Dennis Meadows, co-autrice du rapport « Meadows » de 1972. 

Le rôle que je joue avec ma collègue, c’est celui de « marginal sécant». C’est théorisé, conceptualisé. Mais je ne le savais pas au départ. Aujourd’hui, je sais. C’est que j’appelle maintenant le rôle de « passeur », d’un « marginal qui danse avec le système ». En fait on doit jouer avec le système. J’ai écrit un bouquin sur le sujet, à venir cet automne.

Intégré au sein du Syndicat Mixte Métabief Mont d’Or (SMMO) pour intervenir sur le sujet de la neige de culture, comment en êtes-vous arrivé à vous dédier quasiment à 100%  à ce nouveau projet ?

Fin 2018, nous sommes parvenus à la conclusion qu’il fallait renoncer aux investissements ski. D’ici 2030, le modèle économique ne tiendrait plus. On m’a dit au sein du bureau du syndicat mixte : 'Toi qui es ingénieur. C’est quoi la solution ?' J’ai répondu : 'Là, je crois que je ne suis plus la bonne personne, je m’en vais, parce que je ne sais pas répondre à votre question'. A ce stade, j’étais déjà épuisé, car en face de vous, vous avez des résistances ou des experts avec des solutions toutes faites. Et vous, vous êtes au milieu… Il faut alors accepter de passer pour un nul. Je dis souvent que je suis un expert en ignorance ! Et en même temps, on se rend compte que les solutions, elles émergent. L’objectif, ce n’est pas que je vienne dire ce qu’il faut faire. C’est que j’aide les gens à faire. 

Fin 2018, j’étais donc totalement désemparé. Et puis il s’est trouvé qu’à cette époque l’Assemblée nationale avait mandaté des députés pour réfléchir à l’usage de la taxe sur les remontées mécaniques. Une taxe mise en place par la loi montagne dans les années 80 : quand vous achetez un forfait de ski, 2% doit aller au département et 3% aux communes sur lesquelles sont installées les remontées mécaniques. Chez nous, c’est 5% du chiffre d’affaires, soit 150 000 à 200 000 euros.

Cette taxe avait été créée par la Loi Montagne. Elle devait servir à tout, sauf au ski. Et dans l’usage, il se trouve qu’elle est utilisée pour le déneigement des parkings des stations, le financement des navettes des skieurs : elle vient servir le modèle ski. Et tout le monde le sait ! Ca a semé un peu la panique à bord. J’ai alors proposé à mon Président d’utiliser ce climat pour dire qu’on pouvait être les bons élèves et demander aux communes et aux départements de nous reverser une partie de cette taxe pour que je puisse me dédier complètement à cette transformation et qu’on crée un poste d’adjoint qui deviendrait directeur de la station. C’est comme ça qu’on a bâti une convention avec les communes et les départements qui nous reversent 60% de ce produit, 100 000 à 120 00 euros par an. Cela a permis de financer ou de cofinancer mon poste, des études, des actions de communication. De petites choses qui permettaient de faciliter les premières actions de transition, comme dans le trail par exemple. Cette convention a duré trois ans et a été renouvelée. Elle s’achève fin 2024.

Cette organisation va-t-elle perdurer ?

Non, ce n’est pas notre rôle. Nous, au départ, on est opérateur de remontées mécaniques. C’est d’ailleurs ce qu’a pointé la Chambre régionale des comptes : qu’on était sortis de notre cadre juridique. Notre direction à deux têtes les a étonnés. Et aussi que le directeur de la structure devienne l’animateur de la transformation. C’est exactement ce qu’il fallait faire en fait, mais ils ont dit que ce n’était pas la compétence du syndicat.

Notre objectif était justement un transfert au niveau du territoire. Notre concept : rien ne remplacera le ski si on reste sur notre périmètre de station. C’est d’ailleurs ce que dit aujourd’hui le rapport de la Cour des comptes. Ce territoire, pour nous, c’est le Haut-Doubs, 5 communes, 65 000 habitants. Mais à l’époque personne ne voulait entendre parler de la fin du ski. Donc a fait le forcing, on a dit, c’est nous qui allons porter le projet. Et les premières années, je n’ai agi qu’avec des gens avec lesquels j’avais des relations de confiance. On y est allés en mode commando. Les élus me l’ont reproché, mais ça a été efficace. C’était indispensable, car dans des processus où il y a de gros renoncements à faire, le facteur temps est important. Il faut laisser du temps pour faire le deuil. Mais pas trop. Sinon, vous avez des résistances qui s’organisent. C’est un rythme très subtil à adopter. Il faut mettre de la tension en permanence. Mais il ne faut pas que ce soit trop rapide non plus. 

L’objectif, c’était un transfert vers le syndicat mixte de pays du Haut-Doux qui porte le SCoT (Schéma de cohérence territoriale, ndlr), et qui est censé gérer la collectivité de projets, mais qui ne souhaitait pas le porter alors. Maintenant ça l’intéresse de le cofinancer mais en élargissant la méthode aux problématiques de l’eau et de la forêt.

D’ici deux ans, en 2025, l’ingéniérie que nous avons initiée devrait s’exercer au bon échelon, celui du pays du Haut-Doubs. Pour ma part, ma mission s’achève. Elle devait durer trois ans, elle en aura duré cinq.

Quelles sont vos conclusions au bout de ces cinq ans ?

Elles sont nombreuses. La principale, c’est de faire confiance aux gens de terrain pour partager la réalité avec lucidité, même si elle est imparfaite et qu’on ne convainc pas tout le monde, on peut faire des choses. Il ne faut pas vouloir convaincre. Il y a un jeu subtil de politique et de pouvoir. On n’est pas que des Bisounours, comme dit mon Président. C’est aussi de ne pas croire que ce genre de transformations se fait en mettant les gens autour de la table. C’est plus subtil. C’est de la vraie coopération, avec les gens qui veulent, et il faut neutraliser ceux qui, ostensiblement, veulent bloquer. Et s’il faut agir, il faut le faire très vite, en pensant très loin. Il faut aussi mettre de l’ingénierie, mais bien voir de quelle ingénierie on parle. Voir quelle mission on lui affecte. Car il faut se méfier. Le système est malin. Rien n’est fait pour que ça change, en fait !

Il faut aussi que les décideurs fassent confiance, lâchent la bride. Mais il ne faut pas être dupe. Il y a des systèmes aujourd’hui qui sont très bien verrouillés. Ce n’est pas mon propos d’aller donner des leçons aux autres, mais je sais que ça va être plus dur pour eux.

Parmi les scénari envisagés, celui de la fin du ski alpin en 2030 à Métabief. Cette date butoir est-elle toujours d’actualité ?

On n’avait pas planifié de dates. On avait fait avec les données du moment. Mais nos modèles de 2020 n’avaient pas pris en compte le COVID et les effets indirects sur la masse salariale – toutes les revendications salariales ont été acceptées – ni la crise énergétique qui est venue bouleverser complètement nos modèles. Fin 2022, quand on a renégocié notre marché de l’électricité qu’on est passé de 280 000 euros à 1, 3 millions, j’ai dit à mon président que les données de 2020 avaient très fortement changé et que cela pourrait accélérer la transformation de la station. Donc on s’adapte et on est prêt à le faire. Et ça, c’est la grosse différence avec les autres stations. D’autant que ça vient du terrain !

Qu’est-ce qui est envisagé, de toujours miser sur la culture nordique ? Est-ce encore viable ?

On ne sait pas. Mais le « groupe nordique », avant Noël, a conclu qu’il fallait anticiper la fin du ski de fond. Et il se projette sur la fin car on sait déjà que, sur certains sites, il n’y aura plus rien après le ski de fond. Ca permet de donner de l’énergie pour voir ce qu’on peut faire à côté, et peut être pas que dans le tourisme. Dans le groupe métier, on a mis des mécaniques nouvelles pour le recrutement, la formation des filières nouvelles, mais aussi l’ouverture à d’autres domaines d’activités.

Prenons un exemple : la restauration des tourbières. Il y a énormément d’opportunités sur ce genre de chantiers. Il y a des millions qui tombent de l’Europe et de l’Agence de l’eau, mais on manque de main d’œuvre. Or les chauffeurs de dameuse sont des artistes qui arrivent à faire des trucs extraordinaires avec peu de neige. On peut très bien imaginer que certains puissent aussi être des artistes pour restaurer les tourbières. Ce pourrait être une piste à explorer parmi tant d'autres. Il faut prendre chaque personne dans son parcours professionnel et trouver avec elle les solutions porteuses d'avenir les plus adaptées à son profil.

Concrètement ça concerne combien d’emplois ?

En direct station : 55 personnes, soit 35 temps plein, et 140 l’hiver avec les saisonniers. Et en emplois induits, environ 1500, sur tous les opérateurs qui dépendent de la filière touristique, à l’échelle du pays, soit tout le territoire dans son ensemble. Si on enlevait le ski alpin aujourd’hui, on sait qu’on pourrait déstabiliser au moins 40% de l’économie touristique de notre territoire.

En 2021 on parlait de 7 millions d’euros de subventions exceptionnelles, à quoi ont-elles été dédiées ?

A la transformation de notre luge d’été en luge sur rail. C’est le seul investissement hors neige. Tout le reste est consacré à la maintenance des équipements de ski jusqu’en 2030. C’était un engagement du département. 

Parmi les autres projets de diversification, on cite souvent le réaménagement des espaces trail et VTT ou encore la structuration de la filière handisport….

Oui, l’un des premiers opérateurs a réagir, l’a été sur le trail. Dès les premières annonces quasi confidentielles, en 2019, sur l’anticipation de la fin. Il est arrivé avec cette idée de l’Ultra Trail des Montagnes du Jura. Un vrai projet d’entreprise en fait, avec le développement de séjours sportifs, de stages, de projets sports nature pour les écoles. Grâce aux contacts qu’il a pu établir sur le massif, il s’est vu confié une mission de structuration de la filière trail. Le handisport a développé de nouvelles activités nouvelles et de l’hébergement adapté. On conduit ainsi une trentaine de projets, on crée des passerelles entre des opérateurs qui ne se connaissaient pas. Ca crée de l’émulation, des idées, de la mutualisation.

Outre Métabief qui serait avancé en France ?

On peut citer Saint-Pierre de Chartreuse, où est engagée une démarche participative pour regarder les choses en face. Je pense que c’est intéressant. Bourg-Saint-Maurice aussi, il s’y passe des choses. Ainsi qu’à Tignes, ils posent les bonnes questions. Dans les Pyrénées, en revanche, il y a un fort déni. En 2021 j’avais été invité à Foix en préparation des Etats Généraux. Je m’étais fait malmener par les exploitants des domaines skiables qui me disaient : 'qu’est-ce que tu fous là ? Tu vas dissuader les élus d’investir !...'

Quid du projet européen « Beyond snow » dont vous faites partie ?

Il compte 13 partenaires européens. Dont deux Français, mais aussi des Italiens, Slovène, Autrichien, Allemand. Il y a dix sites pilotes. On est site pilote, mais en fait on est un petit peu référence. On est bien en avance sur tout le monde. Je suis un peu frustré, car je n’arrive pas encore à faire passer certains messages, sur la méthodologie notamment. Je constate que les autres pays de l’arc alpin sont peut-être moins avancés qu’en France en termes de prise de conscience. Nos voisins sont très fortement équipés en neige de culture, plus qu’en France. En Italie du nord ils en sont à 70 %. La région y finance le m3 de neige produite ! Donc plus vous produisait de la neige, plus vous avez de sous ! J’ai été étonné par le faible niveau de maturité sur la prise de conscience. On peut dire qu’en France, mine de rien, on est avancé, malgré tout, sur la réflexion et sur les dispositifs mis en place par l’Etat. On a tout pour faire… sauf peut-être la méthode.

Y a-t-il en France un espace où les stations peuvent échanger, partager leur expérience et gagner du temps sur ces thématiques de la transition ? 

Pas vraiment. C’est plutôt au grès des réseaux. Le réseau ne fonctionne pas trop mal, j’interviens par exemple à Bourg-Saint-Maurice en mars. Mais celui qui devrait le faire, c’est Domaines skiables de France. En 2021, on leur a fait une offre de services pour ouvrir un groupe de travail sur les stations de moyenne montagne, les premières à subir le changement climatique. On était prêts à donner du temps, à animer la réflexion… on n’a jamais eu de réponse !

J'interviens ponctuellement, quand on me sollicite. Auprès de stations, entre autres, mais pas françaises ; au Québec notamment. Car en France le système est un peu verrouillé. Il est très bien protégé ce système ! En fait dans ces sujets-là, j’ai l’impression qu’il vaut mieux avancer en réseau. Car le système est puissant et peut même être méchant. Il faut faire attention !

Article mis à jour lundi 26 février 2024 à 15h.

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