Elles ne baissent pas les bras, elles ne se voilent pas la face devant la réalité du bouleversement climatique : certaines stations de ski et villes de montagnes prennent la question à bras le corps. Parmi elles, en Haute-Tarentaise, Bourg Saint-Maurice et, toute proche, la station des Arcs. Son maire, Guillaume Desrues, explique comment en moins de quatre ans, avec son équipe, il est parvenu à des premiers résultats très encourageants.
On parle beaucoup de Métabief, petite station culminant à 1,463 m, dans le Haut-Doubs. En 2020, elle était la première à afficher son renoncement à terme au ski alpin, et se projetait vers d’autres projets économiques et sociaux. En bref, l’exemple de la station de moyenne montagne abordant, la tête froide, sa reconversion.
Ailleurs, dans les Alpes, certaines stations sont mieux loties. Situées plus en altitude, les prévisions les plus optimistes leur concèdent encore quelques décennies de neige. Deux options dès lors. Continuer comme si de rien, et enchaîner les programmes immobiliers dans une logique boursière : capitaliser sur ce qui est encore exploitable, quitte à laisser un territoire exsangue, une fois l’or blanc totalement disparu. Ou, à l’inverse, se dire, comme Guillaume Desrues, 43 ans, maire de Bourg-Saint-Maurice, que « c’est quand il fait beau, qu’il faut réparer le toit ». En politique ça s’appelle anticiper. Ou gouverner sagement.
A son élection en juin 2020, c’était le projet de ce candidat arrivé à la tête d’une liste citoyenne, déterminé à aborder la transition du territoire pour répondre au défi climatique. Près de quatre ans plus tard, quelles sont les principales réalisations concrètes et les pistes de développement prometteuses ?

Aux Arcs, un moratoire sur les constructions nouvelles
Parler de Bourg-Saint-Maurice, ville de 7300 habitants, c’est aussi bien sûr parler des Arcs, domaine tout proche. En décembre 2020, cette station est la première en Savoie à être labellisée Flocon vert par l’association Mountain Riders. Non sans raison. Cette année-là, la municipalité impose un moratoire sur les constructions touristiques nouvelles. Ce qui signifie l’arrêt de délivrance des permis de construire sur tous les projets de nouveaux hébergements touristiques. L’idée ? Préserver un patrimoine architectural exceptionnel, mais aussi ne plus artificialiser les sols et les espaces naturels. Faire avec l’existant et préférer la rénovation. « On ne pouvait plus continuer comme ça, avec une fuite en avant de la construction, pour compenser les ‘lits froids’ », explique le maire de Bourg-Saint-Maurice. « On a été leader sur ce point, et cela a été payant. Nous avons optimisé notre parc immobilier, et le taux de remplissage a été meilleur. Ca s’est fait naturellement grâce, notamment, aux plateformes de location. Airbnb a été très positif sur Les Arcs ».
En marge, la municipalité planche sur la question du logement des saisonniers, qui partout en France se heurtent à l’inflation sur les loyers. Une résidence qui leur dédiée est en cours de construction à La Croisette, Arc 1800 : 60 logements, une centaine de lits qui devrait être livrée en 2025.
Dans la ville, loger les habitants, et pas seulement les touristes
« On aimerait bien rester, mais on ne sait pas où se loger. Les loyers sont trop chers. » Résultat, à Bourg-Saint-Maurice, comme sur beaucoup de sites en montagne, les enfants du pays en apprécient la qualité de vie, mais tôt ou tard, beaucoup quittent la région. La mort dans l’âme, faute d’emploi ou de logement, préoccupation numéro un des habitants selon la dernière enquête de la municipalité.
Pour enrayer l’hémorragie, plusieurs mesures, facilitées par le fait que la ville, comme Paris par exemple, est en zone tendue au niveau logement. Est donc annulé un projet touristique prévu sur une ancienne caserne. La mairie lui préfère la construction de logements destinés aux habitants. Sur ces 6 hectares situés en plein centre ville, 370 appartements vont voir le jour. Dont 50% destinés à la location, le reste à l’acquisition.
Par ailleurs la taxe d'habitation sur les résidences secondaires est augmentée de 40% à partir de 2024. De quoi générer 1 400 000 euros, selon le maire. « Cette contribution va permettre de dégager de nouvelles recettes pour, entre autres, mener à bien des opérations comme la SEM logements ou la future résidence pour travailleurs saisonniers. Ces actions garantiront la pérennité de l’activité économique du territoire », explique la mairie.

Le funiculaire, un vrai transport public, en toutes saisons
Gros chantier que celui du funiculaire reliant Bourg-Saint-Maurice à la station des Arcs. Depuis 2020, la ville y a consacré 15 M€. De quoi étendre les horaires d’ouverture et diviser les prix par trois afin d’en faire un vrai transport public, faciliter la mobilité et limiter l’usage de la voiture. Résultat, le trafic y a augmenté de 40% par rapport à 2019. D’autant que depuis 2023, le funiculaire est ouvert aux VTT.
En parallèle, la mairie augmente le nombre de navettes inter-stations et obtient le passage d’un train Ouigo quotidien entre Paris et Bourg Saint-Maurice. Un premier pas, mais reste à assurer des liaisons aussi fréquentes toute l’année… Et là, ça ne semble pas encore gagné.
Fini, la prospection touristique hors Europe, un non-sens
« Nous avons arrêté de faire la prospection commerciale de notre territoire hors Europe, c’était un non-sens écologique », explique Guillaume Desrues. Arriver en train faisant plus sens désormais. Ce qui n’empêche pas la ville de viser 3 mois d’activité estivale en 2024, forte de saisons déjà prometteuses. « Nous misons aussi sur le VTT et le vélo de route », précise en effet le maire. Dans son périmètre élargi, la ville comptant trois cols majeurs. « Un vrai atout qui l’été dernier a attiré des centaines de cyclistes danois ou néerlandais ». Un apport non négligeable pour une ville qui sait déjà que 25% de ses visiteurs ne font pas de ski.

Faire ses études à la montagne sans être isolé
Quand on imagine, qu’à terme, le ski fournira moins d’emplois, mieux vaut anticiper et travailler l’offre de formation. C’est la vocation du Campus Alpin qui a ouvert ses portes en septembre 2022. Dispositif gratuit, ouvert à tous, ce campus connecté lié à l’Université de Savoie est un lieu équipé. On peut y suivre une formation à distance tout en étant accompagné au quotidien par un tuteur.
Etudes post-bac, reconversion professionnelle, formation complémentaire... Quelle que soit la durée ou le type de formation supérieure, tout est possible. Entre autres cibles, mais pas que, les sportifs qui peuvent y concilier études supérieures et entrainement en bénéficiant d’aménagements spécifiques. Trente étudiants y suivent actuellement un cursus. Des locaux, des sportifs, mais aussi des personnes en reconversion ou désireuses d’augmenter leurs compétences.
Qu'en conclure ?
Bourg Saint-Maurice et Les Arcs font sans doute partie des dix dernières stations françaises à l’horizon 2030-40. Guillaume Desrues en est bien conscient mais, explique-t-il « on sait qu’on aura toujours du monde, nous avons de nombreux atouts, hiver comme été. On est sur un temps plus long que d’autres stations. Le ski représente encore 80% de notre économie, et le tourisme va rester une part importante de notre économie. Mais il faut être réactif. Ce que je retiens de ces quatre ans ? Il ne faut pas y aller à moitié. Quand on a un projet, il faut y mettre les moyens. Et il faut s’occuper des habitants. Car les comportements changent. Au final, ça répond assez bien ».
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