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Margareta Morin Kanchenhjunga
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Mort de Margareta Morin sur le Kanchenjunga : tout sauf une « touriste des 8 000 »

  • 13 mai 2025
  • 3 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

À l’annonce hier de son décès au Népal, la Française Margareta Morin, 63 ans, est devenue la 6e alpiniste de la saison à périr en expédition dans l’Himalaya. Dans la masse des amateurs qui chaque année s’y pressent, sa triste disparition le 10 mai aurait pu passer presque inaperçue, n’était la personnalité de cette musicienne professionnelle, alpiniste engagée qui après avoir parcouru les cimes, du Pic Lénine (7 134 m) au Kirghizistan, au mont Ararat (5 137 m) en Turquie, avait décidé de partir non à l’assaut, mais à la découverte du 3e sommet le plus haut du monde, le Kanchenjunga (8 586 m). Une montagne peu fréquentée par les grandes expéditions commerciales, aussi dangereuse qu’envoûtante, car sacrée pour les Népalais. Aussi, par respect, avait-elle décidé de ne pas aller au sommet de ce 8 000 m. La mort l’a fauchée alors qu’elle avait quitté le camp 6, probablement suite à un accident vasculaire cérébral causé par le mal des montagnes. La fin d'un rêve qu’elle préparait depuis deux ans.

 « Mon parcours de musicienne est ressemblant à celui d’un sportif. Entraînement intense au quotidien, concentration et travail mental », écrivait il y a cinq mois Margareta Morin. Pour cette concertiste, professeure de flûte traversière, diplômée de la Haute école de musique de Genève qui enseignait au conservatoire de Sainte Foy Les Lyon, dans le Rhône, cette déclaration avait tout son sens. Sur son profil LinkedIn, c’est d'ailleurs en alpiniste qu’elle s’affichait. Une alpiniste qui aimait aussi jouer de son instrument en altitude, comme l'été dernier, où malgré le manque d'oxygène, on l’avait vue tirer quelques notes de sa flûte à 5.137 mètres, au sommet du mont Ararat, en Turquie.

Un des taux de mortalité les plus élevés de l'Himalaya

Mais cette année, elle visait plus haut encore et avait consacré des mois à chercher des sponsors pour « un gros projet d’ascension dans l’Himalaya », l’ascension du Kanchenjunga (8 586 m). Son premier 8 000, « l’une des plus belles montagnes du monde », écrivait-elle. L’une des plus dangereuses aussi, très isolée, située à la frontière du Népal et de l’Inde. Après l’Annapurna, le K2, le Nanga Parbat et le Dhaulagiri, elle détient le taux de mortalité le plus élevé (15% et jusqu’à 22% certaines années), qui malgré l’amélioration du matériel et des services météo, ne faiblit pas. Au contraire. Avant Margareta Morin, d'autres Français y ont trouvé la mort. Notamment Benoît Chamoux – qui comptait 13 des 14 sommets à son actif – avec son guide, Riku Sherpa, en 1995. Année qui vit aussi disparaître sur cette montagne Pierre Alain Royer et Jean-Jacques Ricouard. Tous victimes de chutes.

Cette année, 75 permis d'ascension seulement y ont été délivrés. Et Margareta Morin avait bien conscience qu’on n’abordait pas à la légère cette expédition de 55 à 60 jours. D'autant qu’elle entendait bien ici par son exemple « permettre à chaque petite fille ou chaque jeune femme de rêver à travers un exploit qui aspire et qui lave l’image de la femme dans le monde du sport ! ».

Le mental d'une concertiste et deux ans de préparation physique

Pour se donner toutes les chances d'y arriver, elle avait réussi à trouver les fonds pour faire appel à l’agence Peak 15, cofondée par Tendi Sherpa, guide certifié Ifmga comptant de nombreuses ascensions à son actif (Everest, Lhotse, Manaslu, Amadabalm, K2…). De son côté, elle s’y préparait depuis deux ans. « Un sommet de plus de 8 500 m exige une préparation mentale et physique », expliquait-elle. Pour le mental, elle pouvait compter sur son expérience des concours en tant que soliste, pensait-elle. Quant au physique, cette passionnée d'alpinisme, de ski, d'escalade et de randonnée, savait comment le travailler. 

« Une telle ascension ne peut s’improviser : elle exige quatre à cinq semaines d'acclimatation. Seuls les alpinistes les plus chevronnés disposant d'une excellente condition physique peuvent prétendre gravir une telle altitude. Mon objectif est de continuer à développer mes capacités d'endurance, de résistance à l’effort et au froid extrême. Le travail en hypoxie est plus qu’important, car à de telles altitudes il ne reste plus que 30 % d'oxygène et le corps doit être préparé à cet effort. Il réagit, protège le cœur et le cerveau, produit en plus de globules rouges pour que le sang se charge plus facilement en oxygène afin de délivrer une quantité suffisante de sens. Une quantité suffisante de sang aux organes. »

Sa préparation n’aura pas suffi, malheureusement. Elle est décédée avant d'arriver au sommet, victime sans doute du mal des montagnes. Paradoxalement, c’est là qu’elle avait annoncé dès le début qu’elle s’arrêterait. Imitant ainsi les premiers conquérants qui, en 1955, avaient tenu à laisser inviolé ce sommet sacré. 

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