A La Grave, à 3600 mètres d’altitude sur la Girose, l’un des derniers grands glaciers de Alpes, un projet de construction d’un nouveau téléphérique démarre à l’été 2021. Pour préserver ce site, le collectif La Grave Autrement propose un autre projet « plus adapté à l’économie locale ». Un combat dont se fait l’écho Mountain Wilderness dans le premier épisode d’une web-série dédiée aux initiatives locales dans les Alpes assorties de projets de transition.

Derrière le projet d’un troisième tronçon du téléphérique sur le glacier de la Girose, qui serait accompagné de la création d'une gare d'arrivée au dôme de la Lauze, à 3 600 mètres d'altitude, mais aussi de l'extension de celle qui existe aujourd'hui à 3 200 m, c’est le chantier d'une liaison des stations de ski de l'Alpe d'Huez, des Deux Alpes et de La Grave / La Meije qui est en jeu, trois domaines skiables gérés par la SATA.
Très ambitieux, ce projet touristique a déjà reçu l’avis défavorable du Conseil scientifique du Parc national des Écrins, mais la mobilisation ne s’arrête pas là. Comme l’explique de manière très synthétique Mountain Wilderness dans le premier épisode de sa web-série, un projet alternatif est possible selon le collectif « La Grave Autrement ». A l’heure où nous bouclons cet article, 224 personnes ont déjà contribué au crowdfunding qu’il a lancé pour financer l'étude d’un autre modèle de développement de nos montagnes. Et plus de la moitié de la somme des 25 000 euros a déjà été levée.
Qu'est-ce que ce projet ? Est-il vraiment nécessaire ? La réponse de "La Grave autrement"
Créé début 2020, le Collectif La Grave Autrement compte plus de 800 adhérents et 5000 personnes le suivent sur les réseaux sociaux. Il entend « préserver le glacier, en proposant un autre projet plus adapté à l’économie locale, sans construire ce troisième tronçon « , détaillé ainsi sur le site de son crowdfunding.
Qu'est-ce que le projet de construction d'un 3ème tronçon de téléphérique ?
"La commune de la Grave compte une population de 482 habitants. La commune de la Grave a délégué à la Société d’aménagement touristique de la Grave (SATG) l’exploitation de l’ensemble des remontées mécaniques du domaine skiable (hors pistes) des vallons des glaciers de la Meije, comportant le téléphérique actuel (composé de 2 tronçons entre le village et le col des Ruillans) et le téléski existant de la Girose qui permet de monter les skieurs à l’est du domaine de la Lauze par le glacier de la Girose, jusqu’à 3 550 m d’altitude.
La SATG envisage la construction d’un 3ème tronçon de téléphérique en remplacement du téléski, comportant les aménagements suivants :
- Le démantèlement du téléski de la Girose
- La construction de la gare amont d’arrivée du téléphérique de la Girose implantée à 3 535 m d’altitude en bordure nord du Dôme de la Lauze,
- L’installation de la ligne du téléphérique de la Girose avec la construction d’un pylône relais
- La construction d’un bâtiment unique dénommé « Gare 3200 », au col de Ruillans, intégrant la gare aval du nouveau téléphérique, le restaurant d’altitude et un espace d’exposition
- L’aménagement de pistes de ski, notamment la création d’une piste de raccordement entre la gare amont du téléphérique et la piste existante qui descend sur le glacier depuis le sommet du téléski de la Girose et le col de Ruillans.

Est-ce vraiment nécessaire ?
Le Collectif La Grave Autrement questionne fortement la pertinence de ce projet, pour trois raisons principales :
1. Economique : L’investissement de 12 millions d'euros (dont 4 millions d'euros d'argent public, pour un village de 500 habitants ) lui semble disproportionné au regard des retombées attendues pour le développement local. Avec un réaménagement intelligent de l’espace sommital actuel à 3200 m les effets levier pourraient être identiques pour un investissement sans commune mesure. Le prix du forfait va gonfler, d'autant plus avec la liaison sur les Deux Alpes qui se profile clairement à l'horizon. Le public habituel de fréquentation de La Grave, été et hiver, ne pourra plus venir. Les infrastructures du village ne sont pas adaptées pour accueillir des populations plus aisées. Faut-il aussi reconstruire le village? Ou est-ce que les clients resteront aux Deux Alpes? Dans ce cas où sont les retombées économiques? Nous pensons qu'il serait plus judicieux de miser sur d'autres économies que le tout tourisme: salle d'escalade, salle de musculation, pastoralisme, artisans et artisanat...
2. Ecologique : A l’heure des problématiques de dérèglement climatique, de crise économique dans le secteur touristique due au Covid19 et du classement de l’alpinisme au patrimoine immatériel de l’UNESCO, ce projet nous paraît clairement désuet. L’aménagement et l'entretien d’une nouvelle piste de ski n'est pas en phase avec la protection des glaciers. Tandis que la développement de l'activité alpinisme sur LE glacier le plus accessible en France est d'actualité. Le 3ème tronçon empêchera l'activité alpinisme.
3. Démocratique : La concertation avec la population sur ce projet impactant a été pratiquement inexistante ! L'étude d'un projet alternatif pourra permettre d'organiser un vrai débat citoyen, enfin! » conclut le collectif qui rappelle qu'il reste 23 jours pour contribuer à lever les 13 010 € nécessaires.
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