David Manise, notre expert en survie, se penche cette semaine sur LA raison principale qui nous conduit à appeler les secours lors d’une sortie en pleine nature : l’entorse de la cheville. Ses conseils pourraient faire toute la différence lors de votre prochaine rando.
En 15 ans, bientôt 16, à donner des stages de survie un peu partout, j'ai eu l'occasion de voir de quelle manière les gens se font mal dans la nature - en moyenne montagne et en forêt plus particulièrement. Je vous le donne en mille, on a, par ordre de fréquence :
- Des petites coupures aux doigts, qu'on prévient maintenant très bien avec 2 règles de sécurité basiques dans notre module "utiliser son couteau" et des gants anti-coupure pendant ce module, le temps que les stagiaires intègres ces principes là sans se couper.
- Des brûlures mineures. En général au second degré sur les doigts, sur une poignée de mug en métal laissée trop près du feu, le classique, ou en renversant un liquide chaud sur sa cuisse en étant assis par terre.
- Des entorses. Je dis "des" parce qu'en 15 ans on en a eu deux, dont une avec fracture associée.
Les données d'accidentologie, pour la forêt et la montagne, recoupent assez bien ce qu'on observe chez nous. Et outre les petits bobos (où les gens n'appellent pas les secours) et les gros accidents (accidents de chasse impliquant des armes à feu, les malaises liés à un problème de santé grave, ou encore les chutes, en escalade ou en parapente), LA raison la plus fréquente qui fait que les gens déclenchent les secours reste l'entorse de la cheville, ou toutes autres blessures impliquant plus ou moins le même mécanisme, fracture de la cheville, entorse du genou, etc...
Petit topo utilisable
En temps normal, si notre cheville part de travers et que notre système proprioceptif détecte une amplitude de flexion trop grande d'un côté ou de l'autre, notre corps réagit très vite pour éviter la blessure en :
- S'appuyant vite et fort sur l'autre pied pour éviter d'augmenter la pression encore davantage sur les ligaments déjà trop sollicités.
- Changeant notre posture pour soulager la cheville de travers.
- Contractant vite et fort les muscles qui soutiennent et gainent l'articulation de la cheville.
Nous avons tous vécu ce moment de "même pas mal" où on se tord la cheville mais où notre corps la protège instantanément.
Maintenant, notre corps a aussi un système de protection pour éviter les chutes. Quand on va tomber d'un côté, le corps se protège de la chute en prenant appui vite et fort sur un pied. Par exemple, si je suis en train de tomber vers la droite, mon pied droit va s'écarter et venir prendre appui suffisamment loin et fort sur la droite pour rétablir l'équilibre. Ça se fait de manière autonome, et c'est très rapide aussi.
Mauvaise nouvelle pour nos chevilles, c'est la gestion de l'équilibre de tout le corps qui est prioritaire. Autrement dit, si je suis en train de tomber ET que ma cheville se pose de travers, mon corps va quand-même appuyer vite et fort sur le sol pour m'éviter de tomber, quitte à sacrifier la cheville. Et c'est en général dans ces moments qui combinent un déséquilibre ET une éversion anormale de la cheville qu'on va entendre ce fameux "crac" douloureux. On sent bien que notre corps n'a pas protégé notre cheville comme à son habitude. Et pour cause.
Donc, en clair, sauf si on a vraiment une cheville "aveugle" ou trop peu musclée (ce qui est assez rare au final), on se fait des entorses surtout quand on a un sens de l'équilibre trop approximatif.
Comment prévenir?
Deux "étages" de solution pour la prévention des entorses.
A noter que si vous avez déjà eu une entorse, faites tout ça après la rééducation prescrite par votre médecin et suivez ses conseils, comme ceux de votre kiné !
- Développer la proprioception au niveau des chevilles, et muscler tout ce qui peut l'être autour de cette articulation : ça se fait aisément avec quantité d'appareils de rééducation et autres jeux d'équilibre sollicitant la cheville.
- Développer son sens de l'équilibre général, en bossant notamment sur le lien entre l'oreille interne et les centres posturaux : jeux d'équilibre les yeux fermés, slackline, et tout ce qui sollicite notre capacité à ne pas tomber, en gros.
Si on se tord la cheville, sur le terrain, la conduite à tenir est simple : immobiliser et - sauf absolue nécessité - éviter de prendre appui, afin d'éviter toute aggravation ou complication.
"Si on a un doute, c'est qu'il n'y a pas de doute." Si, aux urgences, l'urgentiste qui s'y connaît et qui a déjà vu quantité de cas, prend le temps de faire faire une radiographie, ça n'est pas pour rien. On ne peut pas exclure la fracture avec des critères comme la couleur, l'œdème, la douleur, etc. Donc, dans le doute, on immobilise la cheville, on évite de prendre appui dessus, et on appelle les secours, qui pourront aussi vous conseiller sur la conduite à tenir.
Comment immobiliser?
Pour immobiliser, l'idéal est une atèle souple, type "SAM splint", très légère et radio transparente. Faute de mieux, un matelas autogonflant et une quantité libérale de scotch peuvent faire l'affaire : on emballe le pied dans le matelas dégonflé, on fait un strapping solide avec du scotch, puis on gonfle le matelas pour bétonner l'ensemble. Sans aucun matériel, le simple fait de ne pas prendre appui sur la cheville lésée sera déjà, évidemment, un moyen de prévention déterminant...


Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.
Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment : La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.

Conférence de David Manise : L'effondrement zen
Le 14 février prochain à 14h, dans le 11e à Paris, David Manise animera une "conférence-formation-discussion au sujet de l'effondrement et de la collapsologie".
A la rédaction, nous ne sommes pas très portés sur les collapsologues en tous genre, mais David ne manque ni d'humour ni de sens pratique !
Pour en savoir plus et réserver votre place, c'est ici.
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