Chaque année, des Français meurent en se baladant dans la nature ou en pratiquant leur sport de plein air préféré. David Manise, référence française en matière de survie, nous livre cette semaine les secrets de sa trousse de première urgence, celle qui pourrait bien vous sauver la vie avant que les secours n'arrivent jusqu'à vous.
Formez-vous !
La meilleur trousse d'urgence du monde n'est que le prolongement de vos compétences (ou de votre incompétence). Correctement employée, elle pourra vous aider à gérer les quelques problèmes les plus courants qu'on peut régler avec des compétences de secouriste. Les bons gestes, posés au bon moment, qui permettront à une victime d'arriver jusqu'entre les mains d'un urgentiste.
Les formations de base en secourisme (comme le PSC1) existent partout. Elles durent une journée, elles ne sont pas très chères, le système est rodé, et même un enfant de 12 ans peut tout comprendre et apprendre à réagir correctement (d'ailleurs le PSC1 est couramment enseigné dans les collèges). Faut de mieux, demandez à un ami secouriste de vous enseigner au moins les bases, ça sera déjà ça de gagné. Et entraînez-vous de temps en temps !

La trousse de premiers secours N'EST PAS prévue pour soigner les petits bobos
Eh non. Quand on se trouve face à une hémorragie importante, ça n'est pas le bon moment pour commencer à chercher son pansement compressif et ses gants en nitrile au milieu des comprimés de paracétamol, des petits sparadraps de la reine des neiges et des huiles essentielles. Le petit kit de "bobologie" doit absolument être séparé (dans un autre contenant, donc) du kit de première urgence qui, lui, servira a gérer les urgences vitales et les gros pépins.
La trousse de première urgence doit être rapidement accessible
Elle doit être dans une poche extérieur de votre sac à dos, voire sur vous en permanence. L'idéal est de dire aux membres de votre groupe où elle se trouve, au cas où vous soyez celui ayant besoin d'assistance. La caler quelque part au fond du sac à dos sous tout un tas de trucs sous prétexte qu'elle ne sert pas souvent est la meilleure manière de perdre les quelques précieuses secondes qui peuvent faire la différence.
Comment est-ce qu'on la compose ?
Simple. On choisit les éléments de notre trousse de première urgence en fonction des critères suivants :
- analyse des risques et connaissance des problèmes les plus probables qui pourraient survenir (en fonction de l'activité, mais aussi des problèmes de santé des membres du groupe, de la saison, de l'isolement, etc.) ;
- des compétences que vous avez ;
- de l’encombrement que vous êtes prêt(e) à tolérer.
Ma trousse de premiers secours pour la moyenne montagne et le bivouac

Comme pour le kit de survie, voici ci-dessous mon matériel, dans l'unique but qu'il puisse alimenter votre réflexion. Le copier bêtement serait inutile. Autant que d'acheter une trousse toute faite, de ne même pas savoir ce qui se trouve dedans et de l'utiliser comme un porte-bonheur.
Cette trousse part du principe que je vais marcher dans des terrains parfois assez difficiles, utiliser des outils coupants (pour le feu, la cuisine, etc.), faire du feu et/ou utiliser un réchaud, etc. Les risques majeurs sont donc assez faciles à identifier et à gérer (marcher prudemment, utiliser mon couteau en respectant les règles de sécurité, faire du feu intelligemment, etc.). Et pour le cas où ça ne suffise pas, j'ai donc toujours avec moi, en montagne :
Des gants en nitrile, qui se trouvent tout au-dessus de la trousse:

Quand je l'ouvre, je tombe sur eux, et ça me permet de penser à les mettre, même dans le feu de l'action. Ils ne sont pas en latex, parce que de plus en plus de gens y sont allergiques. Ils ne sont pas en vinyle, parce que le vinyle est trop fragile, surtout à basse température, et qu'il vieillit mal.
Un pansement compressif israélien :

Muni d'un crochet en plastique très pratique pour obtenir rapidement une pression sur une plaie. Comme son nom l'indique, il est fait pour comprimer. Pas pour absorber.
Une bande de gaze stérile :

Ça peut servir à plein de choses, y compris à être bourré dans une plaie béante avant d'emballer le tout avec un pansement compressif, ce qui permet d'avoir une bonne pression sur l'intérieur de la plaie et de stopper plus facilement l'hémorragie. Certaines sont imprégnées d'un produit hémostatique très efficace (et très coûteux). Celle-ci est une simple gaze stérile.
Un second pansement compressif, plus large :

Pour pouvoir ajouter de la pression au premier, au besoin, ou couvrir une seconde plaie. Il peut aussi servir de bande élastique pour une cheville, etc.
Un "CAT" :

Qui est ni plus ni moins qu'un garrot tout fait. Avec un feutre indélébile pour noter l'heure de pose, qui sera déterminante. Arrivé à l’hôpital, après 5 heures, on commencera à réfléchir à une amputation, donc le garrot est vraiment un outil à utiliser avec discernement.
Un sachet de "burnshield" :

Qui est une petite gaze enduite d'eau gélifiée avec de l'huile essentielle d'arbre à thé. Ces petites choses font des merveilles sur les brûlures, en les faisant refroidir, ce qui réduit considérablement les lésions dans les couches de la peau en cas de brûlure sérieuse. L'idéal serait d'en transporter plus que ça, mais ici j'ai déjà de quoi intervenir sur une brûlure au niveau d'une main, ce qui est ce qui arrive le plus souvent - typiquement un liquide bouillant qui se renverse.
Une atèle "SAM" avec un rouleau de bande auto-adhésive:

L'atèle SAM est désormais bien connue des secouristes en milieu éloigné et des militaires sur le continent nord-américain, mais assez peu ici en Europe. Elle permet de fabriquer une gouttière sur mesure pour immobiliser un membre. Elles existent en plusieurs tailles et plusieurs couleurs, et ont l'avantage d'être radio-transparentes, ce qui évite des manipulations douloureuses à l’hôpital.
Et c'est tout.
Enfin c'est tout ce que je vais vous montrer. Le reste concerne essentiellement les secouristes spécialement formés, et ceux qui sont formés savent quel matériel choisir… Mais j'ai aussi, en plus : de quoi "percer" un pneumothorax compressif, une valve adhésive pour les pneumothorax ouverts, une seringue d'épinéphrine auto-injectable, des corticoïdes, et une pince à clamper.
Dans ma voiture, j'ai évidemment un gros kit de première urgence de ce genre là, mais bien plus volumineux (dans un sac à dos haute visibilité). Et dans mon petit sac de tous les jours, j'ai aussi une petite trousse (plus légère) avec le minimum. Parce que la survie ne commence pas quand on met le pied en montagne, et parce que la nature ne s'arrête pas au panneau qui indique le nom d'une ville !
Revenez vivants :)
Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du Forum vie sauvage et survie, il est également à l’origine du CEETS, Centre d’Étude et d’Enseignement des Techniques de Survie.
Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment : La vie est injuste, et à la fin tu crèves (un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique) et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.
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