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Mission survie: construire son fond de sac

  • 24 juin 2019
  • 7 minutes

David Manise David Manise

« Pourquoi dans la nature les gens meurent presque toujours selon le même mode » s’interrogeait David Manise, la référence française en matière de survie, dans le premier épisode de notre nouveau rendez-vous « mission survie ».
Cela étant posé, restait à savoir ce qui pourrait nous éviter le pire. « Et si on commençait par la base, un bon fond de sac » ? a proposé notre collaborateur. A la rédaction on lui dit a oui tout de suite car on avait beau avoir déjà bouclé des dizaines de sacs de rando, à l’écouter, on s’est vite rendu compte qu’on avait encore des choses à apprendre !

En général, François se moquait de moi. 
François, c'est un ami avec qui je faisais souvent des randonnées à la journée, à une époque. Il a 25 ans de plus que moi, je dirais, mais c'est un excellent marcheur, et globalement on s'entendait bien sur tout : le rythme, l'attitude dans la nature, la contemplation, le respect. Le débit verbal limité. Tout. Tout sauf la gestion des risques.

Ayant grandi au Québec, ou peut-être par déformation professionnelle, j'ai toujours un minimum de matériel avec moi quand je randonne, même dans des coins que je connais par cœur. Certains diront que je cultive une certaine paranoïa, ou alors que j'ai des troubles obsessifs compulsifs. C'était un peu l'opinion de François qui, malgré son expérience, partait en général avec un pull et un sandwich dans son sac. De temps en temps une gourde et un Opinel, si on partait loin. Rarement la carte. « Ça brisait trop la spontanéité », disait-il. Alors forcément, il trouvait un peu étrange que je me leste de trois ou quatre kg de matériel "au cas où". Mais à force de sortir balader par tous les temps et à toutes les saisons, les statistiques ont fini par me donner raison, et le petit matériel que je trimballais "au cas où" s'est avéré assez souvent utile — pour des questions de confort comme pour gérer les ennuis — pour qu'il commence à adhérer à mon système.

Le sac de David : un Osprey léger mais costaud, de 22 litres.

A quoi ça sert ?

Le matériel qu'on trouve dans ce que j'appelle mon "fond de sac" est là pour prévenir et gérer les risques. Là où c'est intéressant, c'est que ce même matériel est souvent, aussi, très utile pour augmenter simplement le confort en cas de changement de météo imprévu, ou de source à sec. L'exemple classique, c'est le petit poncho en silnylon qui, avec deux tendeurs et deux sardines, transforme un pique-nique rapidement avalé sous la pluie en une partie de rigolade : en deux minutes on en fait un petit abri, et ça change tout. Et avec un demi matelas de sol et un feu, ça permet de survivre à un bivouac forcé, même par gros temps.

Comment est-ce qu'on construit son "kit" ?

Dans la mesure où ce matériel est là pour gérer les risques, forcément il faut d'abord connaître ces derniers. Pour ça, pas de recette miracle. Il faut un peu d'expérience. Il faut se renseigner. Il faut regarder la météo. Il faut anticiper les imprévus, les difficultés, etc. Bien souvent, pour prévenir les risques il suffit d'adapter un peu la balade ou de changer de stratégie. En revanche, pour les risques qu'on ne peut pas éviter (comme la météo, par exemple), un minimum de matériel permet de mitiger leurs effets sur nous. Et ça offre une marge de liberté phénoménale en plus.

Sur cette base-là, on reprend chaque point de la règle des trois (nos besoins) et du fameux "CCVMD" (nos ressources), dont nous avons parlé dans ma dernière rubrique, et on prend du matériel pour combler ces besoins, et prolonger/protéger ces ressources : 

  • 3 secondes sans vigilance
  • 3 minutes sans 02 dans les centres vitaux 
  • 3 heures sans régulation thermique
  • 3 jours sans eau potable
  • 3 semaines sans manger… 

Et puis CCVMD : 

  • Conscience 
  • Communication
  • Vision 
  • Mobilité 
  • Dextérité (système D)

Quel genre de matériel choisir ? 

Au CEETS on recommande de prendre seulement ce qui peut être une P.E.R.L.E.: 

Polyvalent: préférer des objets qui peuvent servir à plusieurs choses.
Efficient: parce qu'en cas d'urgence, on a autre chose à faire que de commencer à chipoter. Ca doit marcher vite et bien.
Rustique: autrement dit simple, low tech et de bonne qualité. On peut plus facilement réparer, bricoler, remplacer, ou détourner ce genre de matériel simple. Plus ça ressemble à une massue, plus ça fonctionne sous stress ou en mode dégradé. Plus ça ressemble à une calculette, plus ça sera fragile et inutilisable sous stress, ou sous la pluie froide et ignoble.
Léger: parce que si c'est trop lourd, ça va rester à la maison ou dans la voiture.
Économique: parce que si ça coûte un bras, vous n'oserez pas vraiment l'utiliser, vous n'oserez pas l'abîmer ni le salir, et ça ne servira à rien !

Points importants à prendre en compte

Un bon "kit" de survie est un ensemble dynamique et évolutif. On le compose soi-même, on ne se laisse pas avoir par un kit tout fait, façon grigri, qu'on jette dans son sac sans rien avoir testé dedans ! On le teste, on l'utilise en permanence. C'est le même matériel qui servira pour la vie sur le terrain qui pourra être utilisé aussi pour gérer les urgences, en somme. Même si certaines pièces de matériel (le pansement compressif d'urgence, par exemple) serviront très peu souvent.

Un bon "kit" est un kit qui vous ressemble.Vous le choisirez en fonction de vos activités à vous, de vos préférences à vous, de votre style et de votre budget. 

Un bon "kit" fera corps avec vous.Il deviendra un peu, avec l'habitude et la pratique, une sorte de prolongement de vous-même. Il sera suffisamment léger et réjouissant pour être avec vous à chaque sortie, sous une forme ou sous une autre.

Votre fond de sac, aussi, viendra compléter votre "fond de poche", dont nous aurons l'occasion de reparler dans une prochaine rubrique, cet été.

Mon fond de sac à moi que j'aime

Je vous présente ici mon fond de sac actuel, qui est le fruit de nombreuses années de recherche, d'expérimentation et de galères en tous genre en moyenne montagne, en forêt, et un peu partout dans le monde. Il est bien adapté à ma pratique à moi. Il est présenté ici non pas pour que vous puissiez le recopier, mais bien pour servir de support à votre réflexion à vous. Pour certains il sera beaucoup trop gros et trop encombrant. Pour d'autres il sera inadapté ou trop léger. A chacun de choisir. En attendant, avec l'eau et un peu de nourriture pour une journée de rando, mon sac et son contenu : 

  • pèsent 7 kilos (pas de quoi me ralentir vraiment).
  • me permettent d'affronter les pires conditions climatiques que je peux réalistiquement imaginer en été dans ma région, même à 2500 m.
  • me permettent de stabiliser un blessé, même un blessé grave, le temps que les secours débarquent.
  • me permettent de faire un bivouac d'urgence ou d'en improviser un si ça me chante.
  • me permettent de dépanner plein de gens, qui ne se privent pas pour se tourner vers moi, comme par hasard, quand un pépin montre le bout de son nez !

Bref, j'ai plus de solutions que de problèmes, et donc encore plus de liberté pour profiter de la nature, et rentrer en bonne santé.


Sept kilos pour parer à (presque) tout (David Manise)

Si vous voulez le détail, le voici. De gauche à droite et de haut en bas : 

  • Un bonnet, parce qu'on perd 20% de notre chaleur par la tête, au bas mot.
  • Un shemagh : comme un keffieh mais en coton de couleur neutre. Un mètre sur un mètre. Ca sert à tout : tour de cou, couvre-chef, écharpe pour un bras abîmé, serviette d'appoint, arme improvisée, lien de fortune, camouflage, etc.
  • Un haut de sous-vêtement technique : ici c'est de la résille de polyprolilène. Il faut assumer le look que ça donne, mais c'est incroyablement léger, chaud, et respirant. Bluffant. 
  • Une frontale (avec des piles neuves, on peut prendre des piles de rechange).
  • Un "multitool" : ici un Swisstool Spirit de Victorinox sur lequel j'ai collé un clip pour la poche, au besoin.
  • Un téléphone. Un vieux truc, en plus de celui que j'ai dans la poche. Avec une batterie de secours. Deux semaines d'autonomie, quoi. Sensibilité réseau imbattable. Increvable. Bref, un téléphone.
  • Des lunettes de soleil, pour protéger mes yeux des UV, et protéger le monde de mon regard méchant.
  • Quelques mètres de duct tape : l'autre truc qui sert à tout. D'ailleurs c'est comme la Force dans la guerre des étoiles. Ca a un côté clair, un côté sombre, et ça tient l'univers. Le 8e jour, Dieu a créé le duct tape pour réparer les bêtises faites par les hommes. Bref, je ferai aussi un article sur le duct tape dans Outside. Promis.
  • Un kit "feu" avec un briquet, un firesteel, un "oeuf de Manise" et de l'allume-feu.
  • Un chapeau moche et pratique pour protéger mon crâne du soleil.
  • Un couteau léger, et de taille raisonnable. Ici un "Mora", l'Opinel Suédois. 11 euros de bonheur. Il est dans un étui en kydex fait sur mesure très pratique. C'est une lame fixe pour que ça soit plus solide. Avec lui je peux couper et refendre un petit arbre et me faire du feu. 
  • Une paire de gants en cuir. Irremplaçables pour protéger ses mains des cordes, mais aussi des épines, des tasses brûlantes, des glissades sur névé ou des échardes. 
  • Une carte (ici une carte faite sur mesure pour nos stages de survie) et une boussole. Parce que oui, les GPS c'est bien. Mais ça n'est pas assez low tech pour s'y fier aveuglément.
  • Une veste de pluie. Ici j'ai choisi une veste Paramo, avec son système "Analogy" qui est le seul système que j'ai trouvé qui soit réellement respirant et réellement imperméable dans la durée. Très agréable à porter, juste assez chaude en veste d'appoint quand il ne pleut pas, et parfaite sous les orages abondants du sud-est.
  • Le sac lui-même : ici un Osprey léger mais costaud. 22 litres. Je prends parfois un sac un peu plus grand mais j'aime bien celui-là.
  • Un bout de matelas mousse plié en deux, qui tapisse le dos de mon sac à dos. Tel quel, je peux m'asseoir dessus et avoir les fesses au sec. Déplié il me permet de m'isoler, couché en chien de fusil, de la hanche à l'épaule très précisément. Ca change tout si on doit dormir près d'un feu.
  • Une pelote de cordelette en nylon. Ici environ 10 m de suspente de parachute, avec 7 brins indépendants à l'intérieur de la gaine, histoire de prolonger les plaisirs au besoin.
  • Un filtre à eau (0,2 microns) avec une cartouche de sortie permettant d'ajouter une filtration au charbon actif (qui retient une bonne partie des contaminants chimiques présents). 
  • Une fiole de Micropur Forte liquide (format pratique).
  • Une gourde en inox. Pratique, solide, elle peut passer au feu pour faire de la soupe de plantes sauvages, si jamais.
  • Le module "grosse pluie et abris" : dans un petit sac étanche, des cuissardes imperméables (40g de jouissance absolue sous la pluie), un poncho en silnylon, deux tendeurs et deux sardines pour transformer le poncho en abri de fortune.
  • Sur le carré de mousse, à gauche, il y a mon kit de première urgence. Je le distingue volontairement du kit "bobologie"où je mets les petits pansements "reine des neiges" de la petite dernière, le désinfectant et le paracétamol. Ici, j'ai uniquement les outils qui me serviront à gérer les urgences vitales. Ce kit première urgence sera l'objet d'un autre article, lui aussi. Promis.

Voilà. C'est à la fois peu et beaucoup. Ca varie un peu, entre l'été et l'hiver. En voyage ça change aussi. Mais globalement vous avez un bon support de réflexion pour construire votre "kit" à vous.

Revenez vivants !

Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également  à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.

Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment :  La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.

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