chien se protégeant du froid sous une couverture

Mission survie : avoir chaud par temps froid

  • 25 novembre 2019
  • 4 minutes

Le froid c’est (aussi) dans la tête, nous explique David Manise, notre expert en survie. Sans vous mentir, nous n’étions pas vraiment convaincus, à Outside. Mais, après test … sa méthode tient la route. Explications.

Je n'ai jamais eu aussi froid que l'hiver où j'ai essayé de ne jamais avoir froid. C'était horrible. J'avais toujours froid. Je n'étais jamais assez couvert, et jamais assez au chaud. Je ne sais même plus pourquoi je m'étais mis ça en tête... mais plus jamais. Plus jamais. 

La vérité, c'est que notre corps (en tout cas pour les humains, quasiment toute la planète, qui ont le "gène du froid") est conçu pour gérer le froid parfaitement bien, en hiver. Et il est capable de s'y acclimater vraiment bien. Si on ne le laisse pas faire, en se protégeant trop du froid tout le temps, il ne se met pas en mode "hiver" et ne se met jamais à produire de la chaleur. Et dans un climat froid, c'est l'enfer.

Comment ça marche ?

Le déclenchement de la production de chaleur, par notre corps, est un phénomène assez complexe. Il y a des adaptations à court terme (vasoconstriction périphérique, sécrétion d'adrénaline pour accélérer le métabolisme) qui peuvent compenser pour un coup de froid inhabituel ou passager. Mais la vraie acclimatation est une adaptation de longue durée qui permet au corps de simplement produire plus de chaleur dans la durée, par l'intermédiaire de ses tissus adipeux, et notamment par l'action des adipocytes bruns. 

Les adipocytes bruns sont des cellules graisseuses qui, au lieu de servir de lieu de stockage des calories, servent à brûler des graisses pour produire de la chaleur. Elles sont pleines de mitochondries (petites usines énergétiques dans nos cellules).

Concrètement, que faire?

Dans mon expérience (largement confirmée par des études scientifiques et le boulot d'un Hollandais un peu fou (Wim Hof, ndlr), plusieurs facteurs sont décisifs pour activer ces mitochondries ? 

  1. S'exposer à un froid modéré longtemps : tolérer un petit peu d'inconfort, retarder le moment où on met son pull, et laisser le thermostat de la maison à 18°C sont de bons exemples. L'idée n'est pas d'être en permanence en train d'avoir froid, mais bien de s'habituer petit à petit à vivre avec un petit inconfort thermique, disons 80% du temps. Après quelques jours, le corps s'adapte très bien, et on a parfaitement chaud.
  2. S'exposer de temps en temps à du froid important et intense, mais de courte durée : un peu comme on fait du fractionné pour développer son cardio, on peut mettre un coup de fouet à son système de production de chaleur en s'exposant brutalement à un environnement très calorivore. La douche froide est un bon exemple. Le bain glacé cher à Wim Hof également. Sinon, simplement sortir en t-shirt pendant quelques secondes ou minutes dans la neige fera aussi l'affaire. Entre 30 secondes et 3 minutes semblent suffire largement. Inutile d'en faire trop et de risquer une hypothermie. On veut juste faire sentir à notre graisse qu'elle doit se réveiller.
  3. Jeûner plusieurs heures tous les jours : une des principales causes de la paresse de nos tissus adipeux à produire de la chaleur, c'est le fait qu'ils ne sont plus assez souvent sollicités. La graisse est un tissu plus intelligent qu'il n'y paraît, et quand on pratique le jeûne intermittent, par exemple, elle s'entraîne à fournir de l'énergie au corps. Elle se revascularise, développe des mitochondries, et redevient plus "active". Et de fait, tout cela favorise la production de chaleur par l'action des adipocytes. Attention, il ne faut pas être en déficit calorique si on veut produire de la chaleur ! L'idée ici est plutôt de prendre autant de calories qu'on veut, mais sur une plage de quelques heures seulement par jour : typiquement 4 ou 5. Ainsi, pour ma part, je mange uniquement entre 16h et 20h environ. En clair, je prends un goûter avec les enfants, et je me fais une grosse bouffe le soir.
  4. Consommer du gras, et peu, peu, peu de sucres et féculents : "le gras, c'est la vie !" Une alimentation riche en gras favorise clairement l'action des adipocytes bruns. D'ailleurs, les ours polaires ne s'y trompent pas. Quand ils mangent un phoque, ils ne mangent que sa graisse, un tout petit peu de viande, et laissent le reste, en général. 

Pour le reste, une bonne condition physique générale, la consommation d'épices ou d'aliments favorisant la thermogénèse (poivre, cannelle, piment, thé, et toutes les épices dites "chaudes"), ainsi qu'un léger surplus calorique quotidien favorisent toutes la production de chaleur. D'ailleurs, notre appétit ne s'y trompe pas. C'est surtout en hiver qu'on a envie de tartiflette, de raclette et de ragoûts... 

Sinon certaines pratiques un peu "ésotériques" permettent de lancer un peu à volonté la production de chaleur par notre corps. Elles se basent toutes plus ou moins sur l'action du système nerveux, par le biais de la visualisation, et par une suroxygénation des tissus. 

Pour la petite histoire, les gens expérimentés dans les conditions froides se mettent à chauffer si on leur montre des photos de neige, de banquise ou relatives aux environnements où ils ont déjà eu froid. C'est mon cas, et je peux témoigner du fait que le conditionnement ne s'arrête pas là. Certains vêtements, également, ou certaines odeurs particulières liées à l'environnement froid me font produire de la chaleur instantanément. Et j'ai toujours beaucoup plus froid tant qu'il n'y a pas de neige. Dès que le sol devient blanc, mon corps comprend le message et il se met à surchauffer. Trop pratique.

Comme quoi, le froid c'est aussi un peu dans la tête.


Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également  à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.

Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment :  La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et  Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.

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