Comment éviter de se perdre en pleine nature ? C’est la question que nous avons posée à David Manise, notre expert en survie. Du genre concret, il nous a donné les trucs de base et suggéré quelques exercices très simples. A vous de jouer !
Bien des gens ont ce qui semble être un sens inné de l'orientation. Des recherches scientifiques tendent d’ailleurs à démontrer que certains d’entre nous ont des neurones "boussole" dans le cerveau qui contiendraient de la magnétite, ils pourraient donc littéralement « sentir « leur orientation spatiale. Un don bien utile, mais comme disait Brassens, sans travail, le talent n'est rien qu'une sale manie. Et même sans ce « superpouvoir », il est totalement possible d'augmenter ses chances d'arriver à bon port en un seul morceau en suivant quelques principes.
Voici donc quelques exercices simples pour progresser en lecture de carte et naviguer plus efficacement. Le condensé de 16 ans d'enseignement, en version "allons droit à l'essentiel". C’est d'ailleurs ce qu'il faut faire pour bien s'orienter : éliminer toutes les informations inutiles et ne conserver que les points vraiment importants.
Exercice fondamental : faire la relation carte / terrain
Vous voulez progresser en orientation ? Vraiment beaucoup ? Je vous donne un petit devoir ludique. C'est un exercice assez simple pour certains (qui progresseront quand-même en le faisant), mais assez difficile pour d'autres. Pas de panique, à vous de commencer "simple" et d'augmenter la difficulté progressivement pour muscler votre cerveau dans ses compétences visiospatiales (eh oui, ça s'éduque et ça s'entretient !). Il vous faudra un paysage que vous connaissez bien, une carte correspondante, et une boussole (même une boussole de merde fera bien l'affaire tant qu'elle vous indique le nord à peu près correctement).
Après avoir pris le temps de vous familiariser avec les codes de la carte (les couleurs, l'échelle, etc.), installez-vous. Commencez par orienter votre carte (autrement dit placer le nord de la carte en direction du nord du monde réel, vous pouvez utiliser une boussole pour vous aider), dans un coin que vous connaissez bien. Et amusez-vous à choisir des éléments que vous voyez dans le paysage, un peu partout autour de vous. Et retrouvez-les sur la carte.
-- "Ok, cette bosse, là, c'est ici sur la carte, cette grosse grande c'est le petit rectangle noir ici, cette colline-là c'est celle-là", etc. Tranquillement.
Une fois que vous avez bien fait le tour d'un paysage connu et de sa représentation cartographique, recommencez ailleurs, dans des coins que vous connaissez, jusqu'à ce que ça devienne vraiment facile. Et là, pas de secret : il faut pratiquer, pratiquer et pratiquer.
Ensuite, pour progresser encore, faites le chemin inverse : trouvez un endroit que vous pouvez situer sur la carte mais dont vous ne connaissez pas le paysage. Rendez-vous y, et trouvez sur la carte des éléments que vous devrez retrouver sur le terrain devant vous. Magie! Vous arrivez désormais à identifier des éléments de paysage inconnus à partir de votre carte, parce que vous avez appris à le faire dans l'autre sens... votre cerveau fait désormais la relation carte-terrain.
Une fois que vous arrivez à faire ça facilement, vous avez 80% du boulot de fait, vraiment.
Si vous avez encore du mal, un truc génial : prenez un bout de carte et faites-en une maquette (en terre, pâte à modeler, sable, peu importe). Avec les reliefs et tout. Dessinez les routes, les cours d'eau. C'est un super entraînement.
Pour s'orienter : simplifier le plus possible... mais pas plus.
(Je pique cette formule à Albert Einstein qui résume bien le sujet de la simplification :))
Il est souvent inutile de savoir exactement où on se trouve, dans le détail, pour aller du point A au point B. Ce qui compte, c'est de savoir comment faire pour arriver où on le souhaite, et donc aussi de savoir comment faire pour éviter les choses qui nous empêcheraient d'y arriver. Autrement dit : il suffit d'avoir des critères utilisables pour prendre des décisions en se déplaçant.
Pour ce faire, on peut commencer par définir les grosses zones facilement lisibles sur la carte. Par exemple, une vallée. Cette vallée peut contenir des zones boisées, des zones dégagées, une zone habitée ou deux, et plein d'autres éléments inutiles pour nos choix : tant que votre pied gauche est plus bas que votre pied droit, vous êtes sur la bonne pente. En gros.
Maintenant, certaines petites informations ne sont pas des détails : les obstacles, les zones à risque, les points de non-retour, etc. Aussi, une stratégie simple de navigation consiste à ignorer tout sauf quelques éléments :
- Une limite gauche (par exemple "la crête" ou "le ruisseau").
- Une limite droite (par exemple, "la piste" ou "la ligne à haute tension").
- Un fond de tiroir (un point à ne pas dépasser, en fait).
- Les zones à éviter : zones trop pentues, trop exposées, les terrains. interdits d'accès et autres propriétés privées ou zones de chasse, etc.
Et donc, en regardant votre carte depuis le haut d'une vallée, alors que vous voulez aller en bas, vous pouvez simplement décider comme ceci d'une stratégie de navigation simple, mais pas simpliste :
- Je reste sur la pente gauche de la vallée : limite gauche, la crête, limite droite, le ruisseau en bas.
- En fond de tiroir, une zone où la pente change et devient trop raide. De là, j'oblique à droite et je descends en suivant le chemin le plus facile jusqu'à tomber sur la piste (qui devient le nouveau fond de tiroir) et je prends à gauche pour rejoindre le village.
L'intérêt de ce genre de méthode est qu'elle n'encombre pas l'esprit de trop de détails qui nous poussent à faire des erreurs par saturation de la mémoire de travail. En effet, notre cerveau n’est pas conçu pour "jouer" spatialement avec trop d'éléments abstraits à la fois, et encore moins en 3D. Aussi, de procéder par la négative nous permet plus de fluidité et d'adaptabilité sur le terrain : au lieu d'être prisonnier d'une ligne, on sait dans quelle zone on peut circuler sans se perdre, et ça ouvre des possibilités géniales de contournement d'obstacles et d'improvisation qui libèrent la tête et rendent la spontanéité possible sans trop de risques.
Même chose si le terrain est complexe. Les limites gauches, les limites droites et les fond de tiroirs sont juste plus nombreux et plus petits. Et il faut parfois prendre le temps de poser une stratégie un peu plus complexe pour arriver à ses fins. Mais le principe reste le même.
Et sans point de repères ?
Si vous êtes dans une grande étendue sans points de repères utilisables (comme dans de grandes forêts sans reliefs, dans le désert tout plat, dans le brouillard ultra-dense, de nuit ou sur la mer), il faut changer complètement de méthode, et se rabattre sur des techniques de navigation : azimut, distance parcourue (ou temps x vitesse moyenne), etc. C'est là que la boussole intervient, en gros. Mais en réalité c'est rare qu'on en ait vraiment besoin.
Faites en sorte de toujours pouvoir revenir sur vos pas
Pour ce faire, vous pouvez simplement marquer votre chemin (à l'aide de petits marqueurs de votre choix : au Québec on utilise souvent des petits bouts de ruban fluorescent biodégradable qu'on accroche aux branches, par exemple), ou même, simplement, vous retourner de temps en temps pour voir l'itinéraire retour et le mémoriser... et évidemment, si vous franchissez un obstacle, assurez-vous de pouvoir le passer en sens inverse. L'exemple classique est la barre rocheuse qu'on peut escalader facilement à la montée, mais pas à la descente. Ou le petit ruisseau de montagne tout mignon qui devient un torrent qui charrie des cailloux de la taille de brouettes après un orage d'été...
Utilisez le GPS seulement en roue de secours
Les GPS sont extrêmement précieux, mais comme tous les trop bons outils, ils nous ramollissent très très vite. Amusez-vous à utiliser le GPS pour confirmer votre position APRES avoir réussi à vous orienter sans lui, par exemple. Vous stimulerez vos neurones (et ils seront contents), et vous pourrez de nouveau vous déplacer sans l'oeil rivé en permanence à un appareil électronique par définition fragile, dépendant d'un signal (voire de plusieurs dans le cas des smartphones), ou d'une batterie... et donc au final assez peu fiable. Ceci dit, voir confirmée votre position par votre GPS est souvent sacrément bienvenu !
Cette rubrique est réalisée en collaboration avec David Manise, instructeur de survie et de self-protection depuis 2003. Fondateur du forum vie sauvage et survie, il est également à l’origine du CEETS, Centre d’Etude et d’Enseignement des Techniques de Survie.
Formateur, il est aussi conférencier, traducteur et auteur de plusieurs ouvrages, notamment : La vie est injuste, et à la fin tu crèves. « Un petit essai énervé sur la différence entre la théorie et la pratique » et Manuel de [sur]vie en milieu naturel, chez Amphora, en juin 2016.
Envie d’en savoir plus? Lire aussi: Mission survie, les 3 manuels qu’il est encore temps de dévorer.
Thèmes : BivouacRandonnée péd
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