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Marek Holececk, piolet d'or 2020
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Marek Holecek, piolet d’or 2020 : « Je ne suis pas un joueur, j’aime la vie ! »

  • 18 septembre 2020
  • 9 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Samedi 19 septembre, l’alpiniste tchèque va recevoir le Piolet d’or, une des plus hautes distinctions en alpinisme, pour son ascension avec son camarade Zdenk Hák de la face nord-ouest du Chamlang, sommet culminant à 7 321 mètres ; l’une des plus convoitées du Népal. C’est la deuxième récompense que recevra Marek Holecek à Ladek, en Pologne. En 2018, la face sud-ouest du Gasherbrum lui avait déjà valu cet honneur ultime.
Interviewé par Outside à la veille de la cérémonie, l’alpiniste de 46 ans pose un regard très lucide sur sa carrière.

Sur votre Instagram, vous vous présentez comme : "Grimpeur, voyageur, documentariste, écrivain, photographe, conférencier et amateur de la bière tchèque". Comment vos priorités ont-elles changé au fil des ans ?
Et au fait ... quelle est votre bière tchèque préférée ? 

Mes priorités n'ont pas changé au fil des ans, seul le temps s’est écoulé. J'ai commencé à grimper à l'âge de quatre ans. Pour nous, les premiers voyages indépendants nous permettant de faire de l'escalade sportive à l'étranger remontent à la fin des années 1990. C'est en République tchèque que le régime communiste totalitaire s'est effondré et que le monde entier s'est ouvert à mes yeux et à mes rêves. J'avais 14 ans. Puis sont venus les premiers voyages dans les Alpes. La suite logique a été ma première expédition dans le massif du Garhwal, dans l'Himalaya : le Mont Meru. Nous n'étions que deux et nous avons fait la face vierge de ce qu'on appelle le Shark´s Fin (l'aileron de requin, ndlr), en style alpin. Au total, j’ai effectué 11 autres expéditions dans l'Himalaya, dans le Pamir Alay, et en Patagonie, où j'ai acquis de l'expérience, avant de réussir l'ascension de la paroi nord-est du Mont Meru en 2006. Ça a été également mon premier succès significatif remarqué dans le milieu de l'alpinisme. A ce jour, j'ai déjà effectué plus de quarante expéditions et plusieurs premières ascensions, de l'Antarctique, où les sommets s'élèvent directement depuis la surface de l'océan, jusqu’aux géants de huit mille mètres de l'Himalaya. Cependant, toutes mes ascensions ont une chose en commun. J'ai toujours essayé de faire un nouvel itinéraire et toujours en style alpin. J’ai connu des succès, mais aussi des échecs. Ce n'est pas étonnant, car faire de nouvelles voies dans l'inconnu est le fruit des compétences, des idées et des bénédictions du ciel. Toutes ces choses doivent se croiser en même temps. Comme l’alpinisme exigeait un engagement total à mes yeux, j’ai dû trouver un moyen d’assurer ma sécurité financière ainsi celle de ma famille, tout en gagnant de l'argent pour mes expéditions. Parce que gravir un sommet ne signifie pas que l'argent va tomber automatiquement sur votre compte en banque. J'ai dû transformer le fruit de mes expéditions en produits pouvant intéresser le public. J'ai commencé à faire des documentaires, à écrire des livres, à donner des conférences pour le grand public mais aussi pour les entreprises. J'ai commencé à apparaître dans les médias, ce qui a accru l'intérêt de mes partenaires. 
… Et oui, j'aime vraiment la bière tchèque depuis mon plus jeune âge, depuis le moment où j'ai bu la bière pression de mon père pour la première fois. Depuis, je considère que c’est le lait de ma mère ! Et, puisque vous me le demandez, ma préférée est la Pilsner Urquell, une véritable pépite !

Marek Holececk, piolet d'or 2020Marek Holececk, piolet d'or 2020

Qu'est-ce que votre 1er Piolet d'or a changé pour vous ?

Ça n’a rien changé en ce qui concerne mon approche de l'alpinisme. Parce que l'alpinisme n'est pas une affaire de gagnants ou de perdants, mais d'expériences. Et je veux continuer dans cet esprit. Si j'envisage la chose d'un point de vue marketing, le succès mondial est essentiellement une confirmation de la qualité de ce que je fais et de l’intérêt que peuvent comporter les sites où je vais. Par ailleurs, grâce à cette notoriété, certaines portes d'entrée s'ouvrent aujourd'hui d'elles-mêmes ou s'ouvrent plus facilement. Cependant, « stay calm », je ne plane pas au-dessus de la mêlée, j’ai toujours les deux pieds bien ancrés au sol. Je suis et reste quoi qu’il arrive un simple gars de Prague.

Marek Holececk, piolet d'or 2020

Quand avez-vous décidé de tenter la première ascension de la face nord-ouest de Chamlang et pourquoi ? Qu'est-ce qui la rend si spéciale ?

Chamlang est une belle montagne. Tous ceux qui ont un brin de romantisme ne peuvent effacer de leur mémoire l'image d'un lac bleu foncé, entouré d’une prairie, surplombé par la paroi blanche et abrupte de la montagne. Chamlang suscite le respect par sa hauteur qui s'élève à deux kilomètres et demi au-dessus de la vallée de Hunk. Il est majestueux et semble totalement inaccessible. La première fois que je me suis retrouvé en face de Chamlang, c’était il y a vingt ans. Je me suis dit alors que c'était vraiment dommage qu'on ne puisse pas l’escalader, ou tout au moins que moi je n'y arriverais jamais. En 2017, je suis retombé dessus. J'ai pris mon temps et je l'ai examiné plus en détail. J'en suis arrivé à la même conclusion, à savoir que je n'escaladerais probablement jamais cette face. Mais, j'ai décidé quand même de faire une tentative et un an plus tard, je me suis retrouvé au pied du Chamlang avec Hook ( Zdeněk Hák, ndlr )

Marek Holececk, piolet d'or 2020

Comment vous êtes-vous rencontrés avec Hook et qu'est-ce qui fait le succès de ce binôme ?

Hook et moi n'avions jamais fait d'expédition avant le Gasherbrum. Mais nous avions grimpé ensemble en République Tchèque et aussi à l’occasion de divers événements, notamment le shooting d’un catalogue d'escalade. Je connaissais très bien le niveau de Hook en falaise, sur glace et plus largement en montagne. A l’époque, il avait déjà de l’expérience en haute altitude et il était en bonne forme physique. On s’entendait bien et on avait la même approche de l'escalade. Quant au succès, et si de si belles ascensions ont pu voir le jour, ça c’est l’affaire du destin, quand tout se met en place comme il faut et au bon moment. Grâce au Tout-puissant...

Marek Holececk, piolet d'or 2020

Quelle est l'ascension dont vous êtes particulièrement fier et pourquoi ?

Chaque première ascension représente une expérience forte, beaucoup de travail, un grand engagement psychologique et une bonne dose de bonheur. Chaque ascension est née dans la douleur. C'est pourquoi j'aime tous mes "enfants de la montagne", comme je les appelle, et je n'en préfère aucun. Je suis heureux d'avoir pu faire mes premiers pas sur les grandes parois de granit de Patagonie, du Karakoram, du Pamir Alay, mais aussi sur les géants de glace de l'Himalaya ou de l'Hindukush.

Marek Holececk, piolet d'or 2020

Vous avez vécu des moments très difficiles au cours de votre carrière en escalade. En 2013, votre partenaire Zdeněk Hrubý a même chuté et trouvé la mort. Comment retrouver la motivation nécessaire pour continuer à grimper après de telles épreuves ? Avez-vous des limites que vous ne dépasserez pas maintenant ?

Chacun d'entre nous est engagé dans une course pour la vie. Pour un temps limité. Et nous ne savons pas combien de temps cela va durer. Une chose est sûre : personne ne nous enlèvera jamais ce que nous réussissons à atteindre et à vivre. Notre vie est un livre dans lequel nous écrivons une histoire chaque jour. Et un jour arrive où une feuille reste vierge. Celui qui a une peur hystérique de sa mort a aussi peur de vivre sa vie. Il est vrai qu'en montagne, même une petite erreur peut devenir fatale, car nous y sommes beaucoup plus sous pression. Cependant, le moment où Zdeněk est tombé sous mes yeux, chutant 1000 mètres plus bas, au fond du glacier, a eu plusieurs retentissements. Tout d'abord, j’ai réalisé qu’il avait perdu la vie, c’était clair. J'avais vu toute la chute : son corps n’était plus qu’un petit point dans la neige. Immédiatement après, j'ai réalisé que maintenant, un combat pour une autre vie commençait. Et cette fois, c’était la mienne qui était en jeu. Je suis resté accroché à une broche à glace dans une pente à soixante-dix degrés. J'avais des piolets et des crampons, mais la corde et tout le reste avait disparu en contrebas. À côté de moi, sur un deuxième ancrage, pendait encore un mousqueton à moitié ouvert, auquel Zdeněk était encore fixé il y a quelques secondes. Je n’avais pas d'autre choix que de surmonter ma peur, le désespoir et le traumatisme à venir. Au bout d'un moment, je me suis dévaché et lentement, pas à pas, j’ai commencé à descendre la face pendant de longues heures.  Il m'a fallu huit heures pour atteindre le corps de Zdeněk. Là, j'ai repris mon souffle, j'ai dit adieu à l'enchevêtrement de restes humains, qui ne ressemblaient en rien à mon copain, et je suis parti à travers le labyrinthe du glacier jusqu'au camp de base. 

Et quelles sont mes limites ? Il est difficile de répondre à cette question. En fait, je ne cherche pas à les connaître. Une chose est claire : nous sommes fragiles, vulnérables et mortels. Cependant, vivre « on the edge », sur le fil du rasoir, là où seule l'obscurité attend l'erreur, donne aussi de l’intensité à la vie. Je dis haut et fort que je ne suis pas un joueur, j'aime la vie ! Comme le faisait également Zdeněk. Et nous faisons tous des erreurs, chacun d’entre nous nous, tous les jours.

Marek Holececk, piolet d'or 2020Marek Holececk, piolet d'or 2020

Le titre de votre livre est "Dotknout se nebe", ou "toucher le ciel" si ma traduction est correcte. Qu’est-ce que cela signifie pour vous? 

Ce titre est lié à l’idée de toucher quelque chose d'inconnu. Faire ses premiers pas dans l'inconnu suscite toujours de grandes inquiétudes quant à la réussite de son projet et à la valeur de ses compétences. Surtout si vous mettez en jeu la chose la plus précieuse que vous avez, votre vie. C'est mon deuxième livre. Il retrace une année de ma vie, au cours de laquelle j'ai dirigé quatre expéditions. Il s'agissait d'expéditions en Antarctique, au Karakoram, mais aussi dans le centre et l'ouest de l'Himalaya. Où mon quotidien oscillait en permanence entre la vie et un pas vers l'éternité, mais aussi la vie familiale ordinaire, la pression des médias et la grisaille de la vie.

Dans le documentaire couvrant votre ascension, « UFO life », Reinhold Messner dit que cette ascension du Chamlang est "complètement dingue, réservée à la prochaine génération". Maintenant que vous l'avez réussie, quel est l'objectif impossible selon vous, celui qui serait ... pour la prochaine génération ?

Une chose est certaine, chaque record humain est soumis à un examen minutieux. Ensuite, il est soumis à l’épreuve du temps. Autrement dit, a-t-il vraiment été si important que ça ? Je pense qu'il est totalement inutile de montrer avec arrogance à la nouvelle génération où elle doit aller. Les jeunes se fixent eux-mêmes de nouveaux objectifs audacieux. Jeunes, réceptifs, intelligents, habiles et obsédés par le désir, ils n'ont pas besoin que les autres leur montrent le chemin. Ils le trouveront eux-mêmes et ils se mettront en route vers l'objectif suivant, sans le poids du passé de la génération précédente. Panta rhei... (tout passe, ndlr)

Marek Holececk, piolet d'or 2020

Comment la pandémie Covid-19 a-t-elle affecté votre vie et votre programme cette année ?

Tout d'abord, j'ai dû annuler l'expédition du printemps prévue au Népal et au Pakistan. Et en raison du chaos mondial actuel, je ne participerai probablement même pas à l'expédition programmée pour cet automne. Ce qui n'est pas un problème majeur, car il y a beaucoup d'endroits qui ont énormément d'intérêt en République tchèque, il n'est pas nécessaire d'aller à l'étranger. Grâce à ça, j'ai enfin pu profiter de tout le printemps et de tout l'été avec ma famille, grimpant près de chez moi et courant à travers les bois dans la belle nature. 

Reste que, de manière générale, je considère que les décisions relatives aux quarantaines, y compris les réglementations non systémiques, constituent une restriction inexcusable des libertés individuelles. Parce que les virus ont toujours été là et seront encore là bien après nous. Nous pouvons en tuer certains, d'autres vivent avec nous toute notre vie, d'autres encore peuvent nous tuer. Essayer d'enfermer le monde entier dans une éprouvette et de nous défendre ainsi contre certains virus est une connerie. Nous voulons influer sur une chose sur laquelle nous n’avons pas de pouvoir, pas plus nous qu’aucun État de la planète Terre. C'est la même chose que vouloir disperser des nuages au-dessus de nos têtes parce que nous voulons voir le soleil. Les rouages de la nature sont beaucoup plus forts, nous essayons de la maîtriser, mais nous ne sommes pas les créateurs, nous en faisons partie seulement. Ce que nous oublions souvent.

Marek Holececk, piolet d'or 2020

Certains suggèrent de mieux contrôler le nombre de grimpeurs dans l'Himalaya et leurs compétences réelles. Quelle est votre position à ce sujet ?

N'essayons pas de tout encadrer avec des règles et des règlements. Un terrain de jeu de la taille de l'Himalaya ou des Alpes est toujours assez grand pour tous ceux qui veulent en profiter. Donc, si quelqu'un veut y faire du ski alpin ou du freeride, c'est purement et simplement son choix. Si un autre veut monter dans la foule sur l'Everest avec de l'oxygène sur le dos et qu'il y trouve son bonheur, je n’ai aucun problème avec ça. Le bonheur est rare. N'essayons pas de définir ce à quoi il devrait ressembler. Quant à l'approche personnelle de notre vie et par conséquent de notre responsabilité envers l'environnement, c'est un autre problème. À ce jour, l'humanité ne dispose pas d'un outil permettant de contrôler les individus. Alors, n'essayons pas de le faire en montagne ... Et, oui, le bazar que nous apportons et laissons en tant que visiteurs me dérange. Cependant, la gestion des déchets au Népal est quasi inexistante, bien que je verse toujours des milliers de dollars aux administrations en charge de l'environnement etc. Alors, suis-je responsable de leur inefficacité ? Suis-je responsable de la perte des valeurs, lorsque nous détruisons la culture et le prix du travail ? D’autant que cela ne changera probablement pas. C'est un des impacts négatifs de tous les pays économiquement forts sur les plus faibles. Un exemple est parlant  : l'argent que nous avons apporté au Népal au cours des soixante-dix dernières années a bénéficié au final à seulement 3 % de la population népalaise. Honnêtement, puis-je faire quelque chose pour y remédier ? Pas vraiment. J'habite à des milliers de kilomètres de là et j'ai de nombreux défis à relever dans ma propre vie.

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