Du 29 avril à au 1er mai 2025 Benjamin Védrines a réalisé une traversée du Massif du Mont-Blanc par les pentes raides les plus engagées. L’occasion de renforcer encore ses liens avec Nicolas Jean, compagnon de cordée avec qui il doit retenter à l'automne prochain l’ascension du Jannu Est, sommet encore vierge de l’Himalaya.
Le recordman de vitesse sur le K2 se disait un peu atteint, lors de notre entretien, par son dernier périple sur les trois grandes faces Nord des Alpes. Un méchant virus avait un peu vidé ses batteries, d'une capacité pourtant hors normes. Il faut croire qu’il a vite récupéré, puisqu’il vient de boucler une nouvelle promenade de santé de quatre jours qui en aurait laissé plus d'un HS. Rien moins qu’une traversée intégrale du massif du Mont-Blanc du sud au nord, en skiant et en grimpant une sélection de faces, couloirs, arêtes et sommets emblématiques du massif.




Partis avec un équipement minimaliste (sac de 10 kg, skis larges 80 mm, mais légers, matériel d’alpinisme), le duo Védrines-Jean a vécu quatre jours intenses entre engagement physique, lignes mythiques et adaptation constante aux conditions. Notamment le 2e jour où sur l’Aiguille de Bionnassay (4 052 m), ils ont des passages glacés ont rendu la descente de la face nord plus extrême qu'attendue : « un vrai calvaire », dit-il.
Fidèle à sa philosophie, Benjamin inscrit ce périple dans une tradition alpine moderne, alliant esthétisme, aventure, autonomie, technicité et contemplation.
Ce n’est pas juste descendre des pentes raides, c’est vivre l’aventure, se confronter au réel, aux éléments, s'immerger dans la beauté brute du massif. C'est cette idée de l'esthétisme, de profiter de ce que peut nous offrir la nature, de l’associer à un imaginaire, à une ligne, à un trait qu'on a tracé sur une carte, et aussi à un effort physique, mental et technique




La traversée en résumé : 29 avril - 2 mai 2025
- Lundi 29 avril – Entrée en matière aux Conscrits
Le duo démarre du Cugnon aux Contamines-Montjoie. Leur objectif : rejoindre le refuge des Conscrits (2 605 m) en début d’après-mid. - Mardi 30 avril – Trois sommets, trois descentes et des frissons
1. La Lée Blanche (3 697 m). Partis à 4 h du matin, Benjamin Védrines et Nicolas Jean atteignent le 1er sommet au lever du jour. Ils descendent par la face nord, vierge de traces.
2. Dôme de Miage (3 673 m). La face nord est en conditions délicates : neige sans accroche, parfois glacée. Les deux skieurs passent sans déchausser, mais sous haute tension.
3. Aiguille de Bionnassay (4 052 m). L’ascension par l’arête sud est assez technique avec des pas d’escalade, mais c’est surtout la descente de la face nord qui s'est avérée plus extrême.
La journée s’achève au refuge du Goûter (3 817 m), non gardé lui aussi. - Mercredi 1er mai – Au cœur du mythe
1. Mont Blanc (4 810 m). Départ du refuge à 4 h, le duo avale le dénivelé jusqu'au sommet du mont Blanc , puis plonge dans les pentes raides et mythiques de la Brenva.
2. Col de la Brenva > Mont Blanc du Tacul (4 248 m). La face sud du Tacul étant impraticable (ressaut dangereux, piolet perdu), les deux skieurs optent pour un plan B. Ascension par la voie normale.
3. Couloir Gervasutti. Une ligne historique, en conditions parfaites et sans traces.
4. Pointe Helbronner > Pointe Yeld (~3 830 m). Glissade sur la vallée blanche puis ascension de la pointe Yeld suvie d'une descente par une rampe glaciaire esthétique en versant Est, avant de remonter au col du Tacul.
5. Col du Tacul > Glacier des Capucins > Glacier de Leschaux > Refuge du Couvercle (2 687 m). Descente par le couloir Nord et le Glacier des Capucins sur une neige très réchauffée puis glissade sur Leschaux et dernière portion de cette journée marathon avec une remontée par les échelles pour rejoindre le refuge. - Jeudi 2 mai – Finale majuscule : Aiguille Verte, Argentière, Chardonnet
1. Aiguille Verte (4 122 m) – Couloir Couturier. Départ du refuge du Couvercle à 6 h 30 pour atteindre le couloir lorsque la neige se réchauffe (cycles printaniers de gel - dégel).
2. Aiguille d’Argentière (3 901 m). Après une observation des lignes depuis le bassin, montée par le glacier du Milieu, descente de la face nord, superbe.
3. Aiguille du Chardonnet (3 824 m). Après une montée complexe par la fenêtre supérieure du Tour, le duo prend pied sur l’arête Forbes. Celle-ci a demandé plus d’énergie et de temps que prévu à Benjamin Védrines et Nicolas Jean qui ont dû puiser dans leur réserve mentale et physique. Descente finale par l’éperon Migot et la face nord, dans des conditions exceptionnelles.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€
