Pas trop votre truc, les stations thermales ? Loèche-les-Bains, pourrait bien vous faire changer d’avis. Le site valaisan, aussi connu sous le nom de Leukerbad, possède certes les plus importantes infrastructures thermales alpines d’Europe, mais quelques minutes suffisent pour quitter les bassins fumants avec vue sur les cimes et rejoindre un univers de falaises, de cols historiques, de via ferrata aériennes et de sentiers VTT suspendus au-dessus de la vallée du Rhône. Pas étonnant que les athlètes européens soient chaque année plus nombreux à venir y travailler leur cardio ou améliorer leur récup, loin des tumultes de Zermatt ou de Verbier, mais au cœur de l’action.
À peine descendus du bus, le spectacle est saisissant. Enfermée dans un amphithéâtre de falaises culminant à plus de 3 000 mètres, Loèche-les-Bains semble surgir de la roche. Depuis des siècles, 65 sources thermales jaillissent à près de 51 °C, faisant de la station l’un des hauts lieux européens du thermalisme.



Pourtant, si la perspective d’évoluer parmi les curistes en peignoir vous hérisse, vous avez tout faux. Car à peine posé votre sac à l’hôtel, vous pouvez vous retrouver à plus de 2 300 mètres d’altitude, au bord d’un plateau minéral dominé par les sommets du Valais et de l’Oberland bernois. Il suffit pour cela d’emprunter le Gemmibahn, la télécabine historique qui relie le village au col de la Gemmi.




La montée est en soi une expérience. En quelques minutes, la cabine, ouverte presque toute l’année, franchit près de mille mètres de dénivelé et dévoile progressivement la vallée du Rhône, les sommets valaisans et les gigantesques murailles calcaires qui entourent Leukerbad. Au sommet apparaît un paysage radicalement différent, un vaste plateau d’altitude où les chemins se perdent entre les falaises et les lacs.




Pendant des siècles, le col de la Gemmi fut l’un des passages les plus importants entre le Valais et le canton de Berne. Marchands, soldats, pèlerins et voyageurs l’empruntaient bien avant l’apparition des routes modernes. Aujourd’hui encore, il conserve quelque chose de cette atmosphère de frontière alpine. Un territoire sauvage que n’a pas délaissé le gyapète barbu. Fidèles au poste, les amateurs de photo animalières le guettent, postés sur un promontoire, à droite du téléphérique. Cette espèce de vautour est rare en Europe, mais ici, ils ont toutes les chances de pouvoir en capter une image.



Au-delà du panorama s’étendant à nos pieds, c’est la falaise qui semble retenir l’attention sur la terrasse du Gemmi Lodge. Dans ce restaurant d’altitude à l’architecture épurée, on vient pour déguster les incontournables (et très copieux) röstis, mais aussi pour tenter de voir évoluer les grimpeurs accrochés à la paroi. Entre deux bières, une tête surgit parfois sur l’échappée aménagée sur la terrasse à mi-parcours de la Gemmiwand, sans doute l’une des via ferrata les plus impressionnantes de Suisse. Entièrement gratuite, en accès libre, elle est souvent présentée comme une initiation, mais le terme est trompeur. Les passages aériens, l’exposition permanente et les vues plongeantes sur la vallée procurent de véritables sensations de vide sur un parcours pimenté d’obstacles – passerelle suspendue de 65 mètres de long, grande échelle tournante de 20 mètres de haut… – qu’on verrait plutôt sur un accrobranche nettement moins exposé. À mesure que l’on progresse sur les parois dominant Leukerbad, le village paraît rétrécir, plusieurs centaines de mètres plus bas. Rien d’impossible, mais la Gemmiwand offre déjà une expérience un peu engagée.


Les pratiquants plus expérimentés préfèreront, eux, la Daubenhorn, classée ED (extrêmement difficile). Avec plus de mille mètres de dénivelé et une durée pouvant dépasser huit heures selon les conditions et le rythme de progression, cette via ferrata est la plus longue du pays. Son itinéraire remonte l’immense falaise qui domine la station avant de rejoindre les hauteurs du massif. En chemin, on passe par une grande fissure de grotte avec cascade, 2 000 mètres de câbles d’acier et 216 mètres d’échelles, parfois en surplomb. Le but est le sommet du Daubenhorn, à 2 941 mètres d’altitude. On y est récompensé par un panorama grandiose avant d’attaquer la descente par le petit glacier du Daubenhorn jusqu’au Lämmerenboden, puis par un sentier menant aux Gemmibahnen. Soit, au final, une journée de montagne, exigeante physiquement et mentalement, accessible à quelques minutes du centre du village.



Si les amateurs de grimpe sont comblés à Loèche-les-Bains, les randonneurs n’y sont pas en reste non plus, grâce aux 200 km de sentiers disponibles. Et ce, quel que soit leur niveau. Car la Gemmi n’est pas seulement un point de vue incontournable, c’est un spot de départ pour de nombreux parcours. Les amateurs de marche bucolique partiront sur le sentier qui mène au Daubensee depuis le téléphérique à grandes cabines, l’une des plus belles marches accessibles de la région. À plus de 2 200 mètres d’altitude, le lac semble posé au milieu d’un décor presque lunaire. Autour, les falaises du Gemmi ferment l’horizon tandis que les sommets enneigés prolongent le regard jusqu’aux Alpes bernoises.



Redescendus dans la vallée, à l’heure où la chaleur peut se faire sentir, le sentier des sources thermales et les impressionnantes gorges de la Dala s’imposent. Une courte randonnée courant le long de passerelles suspendues nous y attend. Penchés au-dessus du vide, baignés d’embruns glacés, on peut observer le jaillissement des eaux brûlantes. La randonnée s’achève sous les arbres, via un sentier tout doux qui nous conduit à la station de Rinderhütte, via la télécabine Torrentbahn.



Là, s’étend un immense terrain de jeu pour le VTT et l’e-bike. Les itinéraires serpentent entre pâturages, crêtes et alpages suspendus au-dessus de la vallée du Rhône. Ici, pas de bike-park surdimensionné ni de longues files d’attente. Les parcours privilégient les grands espaces et les panoramas. Depuis la Rinderhütte, plusieurs itinéraires répartis sur 225 km de sentiers aménagés permettent d’explorer les hauteurs de la station. De là, les plus sportifs peuvent accumuler les kilomètres et le dénivelé. Enfin, pour ceux qui souhaitent une approche plus ludique, on peut tenter les imposantes Monster Trottinetts. Tout terrain, elles permettent de rejoindre la vallée par des pistes larges et panoramiques.




Après plusieurs heures sur les sentiers du Gemmi, une sortie VTT sur les hauteurs de Torrent et une via ferrata suspendue au-dessus des falaises, on se surprend à regarder du côté des thermes extérieurs. Avouons que ce n’était pas forcément notre truc, mais qu’au final, se plonger dans des eaux thermales naturelles prend une tout autre dimension…
En pratique
Y aller
En train, il faut rejoindre Loèche, ou Leuk, puis emprunter le bus direct jusqu’à Loèche-les-Bains. Le trajet dure environ trente minutes. Une fois sur place, la voiture devient rapidement inutile : le village se parcourt facilement à pied et les remontées mécaniques permettent de rejoindre en quelques minutes les principaux départs de randonnée, de via ferrata et de VTT.
Quand partir
La saison de randonnée s’étend généralement de juin à novembre. Pour parcourir les via ferrata dans de bonnes conditions, mieux vaut privilégier les mois de juillet à septembre. Les thermes restent quant à eux accessibles toute l’année et offrent une tout autre expérience lorsque la neige recouvre les sommets environnants.
À ne pas manquer
La montée au col de la Gemmi et la randonnée autour du Daubensee constituent une excellente première approche de la région. Les amateurs de verticalité peuvent ensuite tenter la via ferrata de la Gemmiwand ou, pour les plus expérimentés, l’itinéraire beaucoup plus engagé du Daubenhorn. Les sentiers VTT de Torrent permettent de changer de terrain avant de terminer la journée dans les eaux thermales naturellement chauffées.
Le bon plan
Loèche-les-Bains permet d’enchaîner facilement plusieurs activités au cours d’une même journée. Le Gemmibahn et le Torrentbahn font rapidement gagner de l’altitude, tandis que les principaux sites restent accessibles depuis le centre du village. Après une randonnée, une sortie à vélo ou une via ferrata, les bassins thermaux offrent aussi un excellent moyen de récupérer sans avoir à reprendre la voiture.
À noter dans l’agenda
Organisée chaque année en juin, la Gemmi-Lauf emprunte l’ancien chemin muletier reliant Loèche-les-Bains à la station supérieure du téléphérique de la Gemmi. Une montée particulièrement raide de 4,2 kilomètres pour 929 mètres de dénivelé positif.
Excursions, forfaits, logements, réservations et transports… pour en savoir plus sur Loèche-les-Bains, visitez www.valais.ch/tips-de-saison et www.leukerbad.ch.
Photo d'en-tête : Thibault Ginies- Thèmes :
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