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Dante Liberato LSD run
  • Aventure
  • Trail Running

Quand un ultra-traileur teste l’impact du LSD sur l’endurance, la fatigue et les limites mentales

  • 27 janvier 2026
  • 6 minutes

Frederick Dreier Frederick Dreier

Ancien combattant de MMA reconverti dans l'ultra et le coaching, l’Américain Dante Liberato n’est pas une figure connue du public français. À 26 ans, il s'est pourtant fait remarquer en reliant Colorado Springs à Moab à pied, à l’automne 2025, tout en microdosant du LSD et de la psilocybine. Une traversée hors norme que Outside a suivie au plus près, alors qu’il explorait sur lui-même l’impact des psychédéliques. Une expérience radicale, à la frontière entre défi sportif, introspection et recherche empirique... qu'on ne conseille à personne.

Dante Liberato se trouvait quelque part près d’Olathe, dans le Colorado, aux portes du désert, lorsque les choses ont commencé à déraper. C'était peut-être la substance chimique qui prenait le dessus. A moins que ce soit l’épuisement accumulé après avoir déjà couru près de 390 kilomètres à travers un enfilade de montagnes et de vallées profondes. Quoi qu’il en soit, une force puissante l’avait contraint à s’asseoir sur le bas-côté d’une route déserte.

« A ce moment-là, je me sentais absolument misérable », devait nous confier plus tard Liberato, 26 ans. « Je prenais conscience de tout le chemin qu’il me restait à parcourir, et du temps que ça allait encore me prendre. »

Cette pause forcée marquait en fait le point de bascule d’un défi personnel aussi radical qu’atypique que Liberato — ultra-runner, coach et consommateur assumé de psychédéliques — s’était lancé à l’automne 2025. En l’espace de onze jours, il a parcouru 800 kilomètres entre son domicile de Colorado Springs, dans le Colorado, et Moab, dans l’Utah.Tout au long du parcours, il a microdosé du LSD et de la psilocybine, une substance psychotrope naturelle présente dans certains champignons. L’intégralité de l’aventure a été suivie par une équipe de tournage pour un documentaire à venir, Dante, consacré à son approche résolument non conventionnelle des sports d’endurance. Les premières images ont été partagées sur Instagram.

https://youtu.be/aSZ5ZASVRVQ?si=FTu_tq_e3eNR2RZP

On ne va pas vous le cacher : Liberato est allé au bout de son périple, et a même célébré l’exploit en dégustant un sandwich glacé dans une petite épicerie du centre-ville de Moab. Mais au moment où il se trouvait aux abords d’Olathe, l’aventure lui semblait insurmontable. Contraint de s’arrêter et de s’asseoir, l’athlète a dû affronter des démons intérieurs que même une dose de champignons hallucinogènes ne parvenait pas à faire taire.

Le combat mené ce jour-là, au bord d’une route déserte, dépasse largement le cadre sportif. Il pourrait éclairer l’usage croissant de ces substances que lui — et un nombre grandissant d’Américains — utilisent aujourd’hui à des fins thérapeutiques.

« J'étais arrivé à un point où prendre ce médicament devenait épuisant », nous confie Liberato. « J’étais submergé par la fatigue, et je pensais que les psychédéliques m’aideraient à la dépasser, mais ils me rendaient encore plus fatigué. J’ai réalisé alors qu’il y avait une émotion qui se cachait derrière cette fatigue, et que je devais apprendre à m’en détacher. »

Dante Liberato LSD run
Liberato, à gauche, court avec son pacer Johnny Ramos. (Dante Liberato)

Du MMA à l'ultra

Mais revenons en arrière. Le parcours de Dante Liberato n’a rien de linéaire, à commencer par son entrée tardive dans les sports d’endurance. Bien avant sa traversée d’un sixième des États-Unis à pied, il était combattant professionnel de MMA, avec l’ambition de rejoindre la cage octogonale de l’UFC. Or en 2021, il se rompt le quadriceps en plein combat. Cela met définitivement fin à ses espoirs. « C’était la dernière d’une longue série de blessures graves », nous explique-t-il. « Je m’étais cassé la colonne vertébrale, les bras, les jambes… j’avais tout eu. »

Ce coup d’arrêt survient à une période délicate de sa vie : il vit une relation amoureuse toxique, son identité est entièrement construite autour du combat, et il ne contrôle plus sa consommation d’alcool. Au point qu’un jour l’envie lui prend de courir depuis son fournisseur d’alcool habituel jusqu’à son domicile. Il y prend goût, cela devient vite un rituel pour lui : « courir, c’est fun », découvre-t-il. Il troque rapidement une obsession pour une autre. « Je voulais me prouver que j’étais plus qu’un combattant », dit-il.

Le passage du combat à la course s’accompagne d’une métamorphose plus profonde. Liberato entame une psychothérapie au moment de sa rupture avec le MMA, et son thérapeute lui recommande des séances assistées par la MDMA, aussi connue sous le nom d'ecstasy. L’expérience agit comme un déclencheur. Il explore ensuite d’autres substances psychotropes dans un cadre thérapeutique.

« Quand j’étais combattant, j’étais obsédé par l’idée de faire du mal aux gens, parce que c’est ce que tu fais dans ce sport », explique-t-il. « Si je voulais devenir un meilleur être humain, il fallait que je trouve une autre façon de voir les choses. »

Dante Liberato LSD run
Liberato et Ramos ont couru 230 miles ensemble. (Dante Liberato)

Les psychédéliques, au-delà de l’usage récréatif

Un nombre croissant de recherches suggèrent que certaines drogues psychédéliques peuvent aider des personnes souffrant de troubles psychologiques. Une étude publiée en 2025 dans la revue JAMA. a montré qu’une seule dose de LSD de qualité pharmaceutique pouvait atténuer les symptômes d’anxiété pendant plusieurs mois. Mais la psilocybine comme le LSD restent classés par la Drug Enforcement Administration parmi les substances de catégorie 1 [tout comme en France où ces substances sont interdites], officiellement définies comme présentant un fort potentiel d’abus sans bénéfice médical reconnu. Elles restent aussi largement associées à la culture hippie et à la fête, bien loin d’une armoire à pharmacie. Cette stigmatisation a longtemps freiné la recherche scientifique, reléguant les expérimentations à des cadres marginaux. Des travaux récents sur la neuroplasticité suggèrent par ailleurs que les psychédéliques modifient la capacité du cerveau à se reconfigurer, ce qui pourrait expliquer certains effets thérapeutiques observés.

Dante Liberato LSD run
Liberato était accompagné par une équipe d’assistance et une équipe de tournage lors de sa course jusqu’à Moab. (Dante Liberato)

Fernando Gonzalez, le réalisateur du film Dante, estime que les psychédéliques sont progressivement en train de sortir de cette marginalité. Montrer leur dimension thérapeutique est l’une des raisons qui l’ont poussé à suivre Liberato. « Beaucoup de gens dans mon entourage ont bénéficié de ces substances », nous explique-t-il. « Je pense qu’ils réalisent de plus en plus que tout ce qu’on nous a raconté sur la “guerre contre la drogue” dans les années 1970 et 1980 était en grande partie un mensonge. »

Contrairement à la France, Le Colorado a légalisé l’usage de la psilocybine en 2023, ouvrant la voie à des centres de soins et à des pratiques encadrées, comme c'est le cas également des Pays-Bas.

Liberato est aujourd'hui un utilisateur régulier de LSD et de psilocybine, et commence à enseigner leur usage médicinal dans un centre près de Colorado Springs. Mais son message est clair : « Ma principale conclusion, c’est qu’aucun de ces médicaments ne vous donnera les réponses à vos problèmes », dit-il. « Il faut d’abord entamer un processus intérieur pour construire une relation saine avec son environnement et sa communauté. » Reste qu'il a encore en tête l'expérience vécue en 2024, sur son premier 100 miles.

Dante Liberato LSD run
Liberato prend une dose de médicament pendant sa course. (Dante Liberato)

Une arme à double tranchant

Liberato approchait de la fin de sa première course de 160 kilomètres, la Silverheels Trail Run à Breckenridge, en 2024. Il luttait contre l’épuisement et la douleur, jusqu’à ce qu’un ami lui propose une dose de LSD. La fatigue s’est alors estompée, la concentration est revenue, et il a accélèré. « J'étais dans une forme incroyable : j’ai couru les quatre derniers miles aussi vite que possible », raconte-t-il. « J’ai même envisagé de rentrer à l’hôtel en courant après l’arrivée. Je voulais continuer. » À cette époque, Liberato était coach à plein temps. Il entraînait de jeunes combattants de MMA dans sa salle, The Den, et il avait lancé Couchmilk, une structure proposant un accompagnement sur l’usage des psychédéliques chez les athlètes.

Dante Liberato LSD run
Liberato explique qu’il a lutté contre ses émotions tout au long du parcours. (Dante Liberato)

C’est à la mi-octobre 2025 que Liberato va s’élancer de Colorado Springs. Il court entre 11 et 14 heures par jour, dort sous tente, accumule blessures, tensions musculaires et fatigue chronique. Son état émotionnel fluctue au fil des jours, influencé par la météo, la solitude, ses pacers et la présence constante de l’équipe de tournage. « Je voulais maintenir une énergie positive au campement, et parfois je n’y arrivais pas », reconnaît-il. 

Au fil de la traversée, il comprend que les psychédéliques sont une arme à double tranchant : parfois moteurs, parfois sources d’anxiété et d’épuisement. Sur une aventure de plusieurs jours, leur efficacité s’émousse. Il réduit alors leur usage et se tourne vers d’autres stratégies pour gérer ses montagnes russes émotionnelles. « J’ai dû lâcher énormément d’émotions, pleurer vraiment fort pendant deux ou trois minutes », raconte-t-il. « Après ça, je ressentais une décharge d’énergie et de motivation. »

La manière dont Liberato navigue entre psychédéliques, fatigue extrême et introspection constitue l’ossature du film Dante, actuellement en post-production. Le réalisateur espère une sortie courant 2026 et a lancé une campagne de financement participatif pour le boucler. Il faudra donc attendre un peu pour le visionner, mais en attendant, un dernier détail. « Je n’arrêtais pas de me demander quelle serait la fin parfaite pour ce périple », raconte l'ultra-traileur. « Manger un sandwich glacé s’en rapprochait pas mal. »

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