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Effets cannabis sur les performances sportives
  • Santé
  • Running

Trail running : le cannabis peut-il vraiment améliorer votre endurance ?

  • 29 février 2024
  • 5 minutes

Alex Hutchinson Alex Hutchinson Physicien et coureur de fond de l’équipe nationale du Canada, récompensé pour son travail de journaliste, Alex écrit pour la rubrique science d'Outside.

Toujours non autorisée en France en usage récréatif, la marijuana fait également partie des substances interdites aux athlètes. En France, bien sûr, mais aussi dans des pays à la réglementation différente, comme les Etats-Unis par exemple. Or, il semble qu’elle ne fasse pas courir ou pédaler plus vite mais ait des effets pour le moins inattendus, révèle une nouvelle étude bousculant toutes les idées reçues en matière de dopage.

A l’heure où l’Allemagne s’apprête à légaliser l’usage du cannabis récréatif, le 1er avril prochain, la question reste encore largement débattue en France. Certes une phase d’expérimentation du cannabis thérapeutique y est déjà cours, et le cannabis "light" (CBD) y est autorisé, mais l’état du débat français semble encore exclure toute levée de l’interdit. 

En janvier 2023, le Conseil économique, social et environnemental prônait toutefois une commercialisation encadrée du cannabis. Bien conscient sans doute que si notre pays possède l’une des législations les plus strictes en matière de stupéfiant (datant de 1970), la consommation de cannabis y est néanmoins l’une des plus élevées en Europe. En toute logique, et ne serait-ce que par pur pragmatisme, il semble évident qu’à terme la France sautera elle aussi le pas. Ce qui pourrait donner à réfléchir dans le monde du sport où le cannabis est soupçonné de booster les performances des athlètes et, de ce fait, entre dans les substances recherchées lors des contrôles de dopage.

A ce jour, peu d’études sérieuses démontraient le contraire. Aussi les récents travaux du Canadien Christian Cheung, dont les conclusions viennent d’être publiées dans le Journal of Applied Physiology sont-ils très intéressants. Le scientifique s’appuie en effet sur une méthodologie rigoureuse. A savoir un test d'urine pour prouver que les athlètes recrutés pour les besoins de son expérience consommaient effectivement de la drogue au moins une fois par semaine. Et tous ont obtenu l’autorisation de se rendre en laboratoire pour y tester leur endurance alors qu’ils étaient sous l'effet de la drogue.

La sprinteuse Sha'Carri Richardson, suspendue pour consommation de cannabis

L'assouplissement des lois sur la marijuana dans de nombreux pays a suscité de nombreux débats sur la question de savoir si elle pouvait améliorer les performances des athlètes. Notamment après des controverses très médiatisées telles que le contrôle positif et la suspension de la sprinteuse Sha'Carri Richardson lors des essais olympiques de 2021. 

Dans les sports d'endurance comme l'ultrarunning, le dopage a une longue histoire. "La personne qui va gagner un ultra est celle qui peut gérer sa douleur, ne pas vomir et rester calme", expliquait en 2015 la championne d'ultrafond Jenn Shelton au Wall Street Journal. "Or un pétard coche ces trois cases". Sur la base de leurs expériences personnelles antérieures, de nombreux sujets participant aux tests de Christian Cheung s'attendaient donc à voir leurs performances augmenter. Mais ce n'est pas ce que l'expérience a mis en évidence.

En tant qu'étudiant diplômé du Human Performance & Health Research Lab de l'université de Guelph au Canada, Christian Cheung et son superviseur, Jamie Burr, ont mené une série d'études sur les liens entre le cannabis, la santé et les performances athlétiques. Une publication antérieure, par exemple, a montré que les jeunes fumeurs d’herbe ayant une consommation régulière avaient une fonction cardiaque altérée et des artères plus rigides que les non-fumeurs. Bien qu'ils soient apparemment en bonne santé. Les deux chercheurs ont également publié en 2021 une étude résumant les connaissances sur les liens entre le cannabis et les résultats sportifs tels que la performance, la douleur, le sommeil et la récupération. Leurs conclusions ? En fait, on ne sait pas grand-chose !

Comment s’est déroulée l’étude ?

La nouvelle étude de Christian Cheung a comparé les effets du THC, l'ingrédient psychoactif du cannabis (c'est-à-dire celui qui vous fait planer), et du CBD, l'autre molécule principale du cannabis devenue populaire pour récupérer, mais qui n'est généralement pas considérée comme psychoactive. 

Les sujets ont effectué un échauffement de 10 minutes à un rythme constant, suivi d'une course contre la montre de 20 minutes, dans quatre conditions différentes. Contrôle, fumer du cannabis à prédominance de THC (S-THC), vaper du cannabis à prédominance de THC (V-THC) ou vaper du cannabis à prédominance de CBD (V-CBD). Les 14 sujets, issus en partie de clubs locaux de cyclisme et d'aviron, étaient principalement des athlètes de loisir. Le principal résultat, c’est que le THC les a ralentis, tandis que le CBD n'a eu aucun effet. 

Les différences sont assez importantes. Une baisse de 5,1 % pour le THC fumé et de 7,5 % pour le THC vapé. L'effet plus important du vapotage est cohérent avec les recherches suggérant que le vapotage produit des effets pharmacologiques plus importants et plus rapides que le fait de fumer. Mais les chercheurs n'ont pas mesuré les niveaux de cannabinoïdes dans le sang, il est donc difficile d'avoir une évaluation précise. Précisons toutefois que le protocole d'inhalation a été normalisé. A savoir : inhalations répétées de cinq secondes, puis maintien de 10 secondes, avec 45 secondes de récupération. Des écarts par rapport à ce protocole ont été autorisés en cas de "toux ou de rire". 

Pourquoi le THC fait-il ralentir ?

Le plus difficile est de comprendre pourquoi les sujets ont ralenti sous l'effet du THC. Pour y voir plus clair, Christian Cheung et ses collègues ont mesuré une série de paramètres physiologiques et perceptifs, mais les résultats sont déconcertants. Pendant l'échauffement sous-maximal, le THC (mais pas le CBD) a augmenté la fréquence cardiaque de 14 à 18 battements par minute, ce qui est une grande différence. Mais pendant la course contre la montre, les fréquences cardiaques étaient identiques. D'autres paramètres physiologiques tels que la consommation d'oxygène étaient également identiques, bien que la respiration ait été un peu plus superficielle lors des essais au THC. Les sujets se sont montrés plus lents sous THC alors qu'ils semblaient faire travailler leur corps tout aussi durement.

L'explication évidente est que le THC a perturbé leur esprit plutôt que leur corps. Peut-être n'avaient-ils pas envie de se donner au maximum lorsqu'ils étaient défoncés, ou qu'ils l’étaient trop pour réaliser un bon contre-la-montre. Mais leurs évaluations subjectives de l'effort perçu étaient les mêmes dans toutes les conditions. Leurs schémas d'allure étaient également similaires, de sorte que ce n'est pas parce qu'ils étaient défoncés que leur capacité à évaluer leur effort et à engager leur énergie comme cela s'imposait a été altérée.

Un sentiment de "flow" exacerbé

Dans cette étude, le CBD a semblé n'avoir aucun effet sur le corps ou l'esprit, ce qui n'est pas surprenant puisqu'il est présenté comme le composant non psychoactif du cannabis. Il est toutefois intéressant de comparer ces résultats à ceux d'une autre étude récente, menée par des chercheurs de l'université du Colorado à Boulder, qui a demandé à des consommateurs habituels de cannabis d'aller courir après avoir fumé un produit à dominante THC ou à dominante CBD. Cette étude ne comportait pas de test de performance, mais se concentrait sur l'expérience subjective de l'exercice sous l'effet de la drogue.

Le résultat principal qui a attiré l'attention des scientifiques, c’est que les coureurs ont signalé ressentir un effet de « défonce » plus fort. Ce fameux, « high » ou « flow », sentiment d'euphorie, de facilité et de relaxation que connaissent certains chanceux lors d’une bonne sortie. L'inconvénient, c’est qu'ils ont également fait état d'une plus grande sensation d'effort subjectif, de sorte que le cannabis semble accentuer à la fois les aspects positifs et négatifs. 

Mais ce qui est étrange, c'est que les courses sous CBD ont semblé produire une plus grande accentuation de l'euphorie du coureur et du plaisir général que les courses au THC . Bizarre quand on sait que le CBD n'est pas psychoactif. (Les produits utilisés dans l'étude du Colorado étaient composés de 24 % de THC et de 1 % de CBD, ou de 1 % de THC et de 20 % de CBD).

Pourquoi suspendre une athlète quand l'effet dopant est nul ?

Qu'en est-il alors ? "Ce type de recherches n'en est qu'à ses débuts", nous a expliqué Jamie Burr. Car la classification du cannabis en tant que substance réglementée freine les travaux des scientifiques : il n'est pas possible de répartir les sujets de manière aléatoire dans différents groupes, par exemple, lorsqu'il s'agit d'une substance réglementée de l'annexe 1.

Cela dit, à ce stade de nos connaissances, il semble de plus en plus probable qu'en termes d'effets strictement physiologiques, le cannabis n'améliore pas les performances en matière d’endurance. Pire, il semble les réduire. Comment et pourquoi ? Cela reste une énigme pour les scientifiques. 

Quant à l'aspect psychologique - le cannabis pourrait aider la performance de manière moins directe - c'est une question encore plus délicate. Reste qu’il devient de plus en plus difficile de justifier la suspension d'athlètes comme la sprinteuse Sha'Carri Richardson pour avoir fait quelque chose… sans bénéfice apparent pour la performance.

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