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Les coureurs chinois règneront-ils bientôt sur l’UTMB ?

  • 29 août 2019
  • 6 minutes

Camille Belsoeur Camille Belsoeur

L’édition 2018 de l’UTMB avait vu les athlètes chinois faire une entrée fracassante sur les courses “courtes”, avec des victoires sur l’OCC et la CCC. Une première vague qui en appelle d’autres tellement le trail connaît un boom incroyable en Chine.
D'où vient cet engouement? Comment s'entraînent les athlètes chinois? Enquête et rencontre avec le couple star, Min Qi et Mia Yao, deux des favoris de l'épreuve reine vendredi.

L’après-midi de cette chaude journée du début du mois d’août tire à sa fin au relais de l’Arpette, un refuge situé à 1630m d’altitude en surplomb du lac suisse de Champex sur les rives duquel passe le tracé de l’UTMB. Il y a de l’agitation autour du chalet en bois. Des dizaines de randonneurs déboulent avec leurs sacs à dos pour passer la nuit. Certains d’entre-eux remarquent la présence de Kilian Jornet, en préparation dans le coin avant la course de montagne Sierre-Zinal. L’athlète catalan tient sa petite fille de 4 mois dans les bras. Au curieux qui demandent s’il est possible de prendre en photo, la légende de l’ultra-trail en personne, il est répondu que le papa préfère être tranquille avec son bébé. “Alors vous pensez que je peux demander au coureur chinois à côté de lui de poser avec moi pour un selfie ? Il a l’air affûté aussi”, demande un touriste. 

Une remarque qui illustre le relatif anonymat qui entoure encore les meilleurs Chinois de la discipline, arrivés comme une vague sur les différentes courses de l’UTMB en 2018. Min Qi, qui se tient debout près de Kilian Jornet, a terminé 2e de la CCC l’an dernier, après avoir longtemps mené la course. Sa compagne, Mia Yao, 22 ans, a remporté cette épreuve de 100km et 6 000m de dénivelé dans la catégorie féminine. Sur le format plus court de l’OCC (56km), leur compatriote Erenjia Jia s’était également imposé. De quoi impressionner dans les Alpes où le public était plus habitué à voir des Européens ou Américains dominer les podiums. 

Min Qi et sa compagne, Mia Yao. Une équipe soudée ( Salomon)

Une fièvre du trail sans équivalent

Cette première vague chinoise sur l’UTMB en appelle pourtant d’autres. Le pays le plus peuplé au monde connaît depuis 2015 une fièvre du trail, qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde. En 2010, la Chine n'organisait que 10 trails par an, contre plus de 500 en 2019. Le nombre de pratiquants connaît la même croissance exponentielle. “En 2010, il y a d’abord eu une mode du marathon. Les gens voulaient finir un marathon pour prouver leur bonne santé physique. Puis à partir de 2015, le trail s’est développé et les Chinois ont vu cela comme un défi encore plus difficile à relever. Il y a beaucoup de gens qui n’ont jamais fait une course de leur vie et qui commencent tout de suite par un 100 km car c’est ce qui impressionne”, s’amuse Xiaoxue Ma. Cette Chinoise installée dans la vallée de Chamonix travaille pour l’agence de voyage Altitude Mont Blanc et organise des séjours de randonnée autour du plus haut sommet des Alpes pour des groupes de touristes chinois. “C’est le même phénomène en randonnée qu’en trail. Certains de nos clients n’ont jamais marché dans les montagnes en Chine et ils viennent ici pour faire le Tour du Mont-Blanc. Ils veulent un défi”, ajoute-t-elle. 

Le manager de l’équipe de trail Salomon, Grégory Vollet, a vite senti le frémissement autour de la course en nature en Chine. “J’y suis allé pour la première fois en 2010; le trail-running y était inexistant, dit-il. Mais on a décidé de créer une académie Salomon pour les jeunes dans chacun des 11 cantons. On effectuait des tests de sélections et le meilleur garçon et la meilleure fille de chaque province venait réaliser un stage en fin de saison. On filmait leurs aventures et leurs entraînements. Il y a deux ans, l’un de nos directs a fait des dizaines de millions de vues sur le web. Du jamais-vu pour nous”. Une démesure qui montre le potentiel du trail dans un pays avide de nouveauté. 

Chaque grosse ville chinoise cherche à organiser sa propre course nature pour faire de la publicité sur les atouts du paysage et des sites touristiques avoisinants. “Le ministère du tourisme chinois rétribue les organisateurs de trails qui parviennent à attirer des étrangers sur leur épreuve, dans le but de développer le tourisme. Il y a donc des organisateurs qui font tout pour attirer des coureurs étrangers et rétribuent même des élites internationaux pour venir sur leur course. Dans le même temps, les montants des primes pour les vainqueurs sont en hausse grâce aux subventions du ministère du tourisme”, détaille Grégory Vollet. 

Cette multiplication des trails à travers tout l’Empire du milieu a servi de terreau à une nouvelle catégorie d’athlètes : les chasseurs de primes. Dans un système sportif très hiérarchique, les meilleurs coureurs de chaque canton sont sélectionnés chaque année selon leurs performances en vue des sélections olympiques. Les Chinois ne gardant que la crème de la crème, de très bons marathoniens qui bouclent le 42 kilomètres en “seulement” 2h15 sont mis de côté, car ils n’ont aucune chance de médaille aux Jeux olympiques. “De cette façon, il y a une masse énorme de coureurs très forts sur la route qui basculent vers le trail pour chasser les primes chaque week-end sur les courses”, note Grégory Vollet. Un système à l’origine de la soudaine vague chinoise arrivée sur le circuit international de trail.

Un couple de stars chez Salomon

Min Qi et Mia Yao sont deux des meilleurs athlètes chinois du moment. Dans le privé, ils forment aussi un couple au fort potentiel de séduction. L’équipementier Salomon l’a bien compris en leur faisant signer à tous les deux un beau contrat pour porter les couleurs de la marque. Une étape de plus dans l’ascension de ce duo. Min Qi a connu un parcours classique à la chinoise. Vite repéré pour ses talents de coureur dans la province du Yunnan, il devient membre de l’équipe provinciale d’athlétisme pendant son adolescence. Il expérimente alors une vie de moine, faite seulement d’entraînement du matin au soir et de voyages aux quatre coins du pays pour participer à des courses. Un manque de liberté qui le ronge, comme une blessure au genou qui met fin à sa carrière sur route à 26 ans. Il se tourne alors avec succès vers le trail. 

Min Qi, 2e de la CCC en 2018, après avoir longtemps mené la course (Salomon)

Sur la terrasse du relais d’Arpette, après une sortie d’entraînement entre Courmayeur et Champex (environ 42km et 2500 mètres de dénivelé positif), Min Qi se confie sur sa progression. “C’est vrai qu’avoir signé avec Salomon, c’est très bien. J’ai un meilleur équipement pour les courses, avec les chaussures, le sac… Il y a aussi un entraînement plus carré, peut-être plus adapté au trail. En Chine, il y a peu de chemins en montagne, donc on court beaucoup sur route. Ce n’est pas un problème dans notre pays où les courses sont très rapides, souvent sur des pistes ou du goudron. Mais ici en Europe ce n’est pas pareil. Les fins de parcours sont souvent très difficiles”. 

Sur la CCC 2018, Min Qi avait longtemps caracolé en tête. Avant de coincer dans les vingt derniers kilomètres où il avait été repris par le Gallois Thomas Evans. Sa compagne, Mia Yao, avait, de son côté, écrasé la course féminine, terminant même 11e de la CCC au scratch. Une ascension météorique pour cette jeune femme de 23 ans. “J’ai commencé le trail en 2016 et c’est vrai que j’ai très vite gagné des courses. Je ne pensais pas faire des formats long au début de ma carrière, mais maintenant je rêve de l’UTMB. C’est un vrai défi. J’ai envie de le réaliser et après ça, je ne ferai que des trails courts”, rigole t-elle. 


Mia Yao a remporté la CCC en 2018 et rêve désormais de l'UTMB, dont elle est une des favorites cette année ( Salomon)

La barrière de la langue, un handicap

Si Salomon a déroulé le tapis rouge aux traileurs chinois, ce n’est pas tout à fait vrai pour l’ensemble du petit monde du trail-running. Devant sa limonade, Min Qi ressasse le zèle d’un juge qui lui aurait fait perdre de précieuses minutes lors de la CCC. “J’étais arrivé à un ravitaillement avec 12 minutes d’avance sur Thomas Evans. Et puis un juge a contrôlé ma puce GPS. Cela lui a mis près de 8 minutes avant de me la rendre, alors qu’Evans n’a lui même pas été contrôlé”, raconte Min Qi, qui ne parle pas un mot de français, ni d’anglais. Un handicap pour communiquer avec les organisateurs. Il n’avait d’ailleurs pas déposé de réclamation. Sur le 90 kilomètres du Mont-Blanc en juin 2019, il avait également été victime d’un coup du sort alors qu’il menait la course devant Xavier Thévenard. Equipé d’un nouveau sac, il avait mis une demi-heure à trouver le sifflet intégré à une bretelle lors d’un contrôle de matériel obligatoire. “C’est vrai que c’est difficile de communiquer avec eux. On utilise Google translate pour discuter. Quand on est à table, ils m’envoient des emojis pour me dire ce qu’ils veulent manger”, confie le manager du team Salomon, Grégory Vollet. 

En Europe, sur un continent qu’ils connaissent encore mal, Mia Yao et Min Qi ont l’avantage de pouvoir se serrer les coudes en cas de coup dur. En février 2019, ils avaient tous les deux abandonné, perclus de fatigue, sur la Transgrancanaria, un prestigieux ultra-trail montagneux de 120 kilomètres sur l’archipel des Canaries. “Quand il y en a un qui rate une course, on sait comment réconforter l’autre. C’est l’avantage d’un couple d’athlètes. On sait aussi comment se dire stop entre nous pour ne pas abîmer le corps quand la douleur est trop forte. Parfois, il vaut mieux abandonner que de poursuivre et de se blesser”, dit Mia Yao. Une sage philosophie chinoise qui pourrait être un atout sur la longue boucle autour du Mont-Blanc fin août. Après leur arrivée tonitruante sur l’OCC et la CCC en 2018, on attend désormais de voir de quoi les Chinois sont capables vendredi sur l’UTMB.

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