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Guizhou free solo
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

À Guizhou, en Chine, les « hommes-araignées » grimpent en free solo depuis plus de 400 ans

  • 14 octobre 2025
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Pour les Goro, littéralement les « grimpeurs » ou les « hommes-araignées », la grimpe a longtemps été une question de survie. Membres de l’ethnie Miao, c’est à eux qu’on confiait dès le XVe siècle la délicate mission d'accrocher des cercueils dans les cavités et les falaises karstiques de Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine. D'artisans funéraires, ils sont devenus chasseurs de nids d'hirondelles, puis cueilleurs de plantes médicinales avant de s’intéresser à la collecte de guano de martinets. Mais toujours pieds nus, et sans assurage, sur des parois pouvant atteindre plus de cent mètres, découvrent les Occidentaux dans les années 2000. Aujourd’hui, les Goro ne sont plus qu’une poignée à respecter la tradition, principalement pour attirer les touristes. Mais les falaises de Guizhou attirent des grimpeurs du monde entier. Ce spot exceptionnel, révélé en 2011 par le Petzl RockTrip China, offre un potentiel encore largement sous-exploité.

Réaliser un free solo de 106 mètres ? Une bagatelle pour Wang Xiaoguo, Goro de l’ethnie Miao, en Chine. Comme ses ancêtres il y a plus de 400 ans, Wang grimpe des parois en solo et sans équipement dans une grotte karstique du comté de Ziyun, dans le sud-ouest de l’Empire du Milieu. Les pieds nus, il parcourt régulièrement la roche calcaire des falaises de Guizhou à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de la rivière Getu. Wang Xiaoguo perpétue une tradition transmise oralement, celle des Goro, mot signifiant littéralement « grimpeur » ou « homme-araignée ».

Autrefois, entre la fin de la dynastie Ming (1368-1644) et le début de la dynastie Qing (1644-1912), les ancêtres de Wang Xiaoguo prenaient le risque de mourir pour vivre. L’escalade n’était pas un jeu, encore moins un sport. Les Miaos du comté de Ziyun s’aventuraient sur les parois pour accrocher des cercueils suspendus dans des cavités et sur des parois abruptes, une pratique funéraire ancienne qu’on retrouve aussi chez certaines minorités du sud-ouest de la Chine (Miao, Dong, Bo, Yi). Plus tard, à partir du XVIIIᵉ siècle, leur savoir-faire est utilisé pour collecter les nids d’hirondelles comestibles (revendus pour la cuisine et la médecine traditionnelles) ou le guano servant d’engrais.

Pieds nus ou chaussés de simples sandales de corde, ou, plus récemment, parfois, de baskets militaires de toile à semelle de gomme, les Goro progressent encore aujourd’hui sans corde ni assurage, en “libre intégral”, en utilisant uniquement mains et pieds sur les prises naturelles. Le terrain n’est pas très technique, mais il n’en est pas moins dangereux. Rapides et légers, ils évoluent sur des parois pouvant dépasser les 108 m. Malgré leur expérience, des accidents survenaient de temps à autre à la grande époque des Goro. Et souvent, la chute était fatale.

https://www.youtube.com/watch?v=B2YcqFJ-w2g

Luo Dengping "parle à la montagne" pendant ses ascensions

Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une poignée de grimpeurs traditionnels. Luo Dengping, la quarantaine passée, en fait partie. Comme Wang Xiaoguo, elle se lance au-dessus de la rivière Getu. Pas pour les nids d’hirondelles ou le guano, mais pour une poignée de yuans. Désormais, l’escalade, dans le comté de Ziyun, est une activité touristique. Les curieux immortalisent le moment avec leur portable avant de tourner le dos pour un selfie. Un cliché de plus pour certains, une pratique mystique pour d’autres, à en croire Luo Dengping qui, touristes ou pas, continue de « parler à la montagne » pendant ses ascensions. La femme-araignée, l’une des seules en activité, a tout appris de son père. Et si le contexte change d’une génération à l’autre, le fond demeure : grimper pour une poignée de yuans. Certains sont aussi embauchés comme guides, dans une zone devenue touristique.

Les Goro ne sont plus très nombreux, mais leur héritage, presque cantonné aux récits transmis par les anciens, a paradoxalement trouvé un second souffle avec la découverte des falaises de Guizhou par les Occidentaux, au début des années 2000. En 2007, le guide français Olivier Balma découvre la rivière Getu. Il perçoit immédiatement les possibilités infinies offertes par ses falaises et ses grottes. Ce que, deux ans plus tard, un grimpeur décrira en ces termes sur la base de données Mountain Project :

On dirait qu’on pourrait grimper un toit de 300 mètres d’un seul tenant ici ! C’est fou, mais ce n’est pas une blague.

« Dès l’entrée dans la vallée, les visiteurs sont en effet saisis par le spectacle grandiose des grottes calcaires, vestiges d’un réseau karstique effondré. La plus spectaculaire d’entre elles est une grotte traversée d’une immense ouverture où, le matin, les rayons du soleil filtrent en faisceaux presque irréels. Partout, des falaises acérées se dressent, hautes de plusieurs centaines de mètres — anciens terrains de travail des Goro », raconte China Daily HK.

https://youtu.be/EcU255XBlcI?si=ZgdhwlXUBcBDyCN4

"Le rêve de tout grimpeur en quête de défi", dit Andrada

Un terrain de jeu rêvé, des grandes voies au potentiel unique, qui n’émergera vraiment sur la scène internationale qu’avec l’organisation du Petzl RockTrip China. Le tout premier du genre en Chine : 600 grimpeurs venus du monde entier. Parmi eux, poursuit le quotidien chinois, l'Espagnol Dani Andrada réalise, avec son partenaire, la première ascension d’un toit de 210 mètres dans la grotte de Chuangshang. UKClimbing la décrira plus tard comme « peut-être la plus longue et la plus difficile voie sportive en dévers du monde ». Les ouvreurs la baptiseront Corazon de Ensueno, le Cœur des rêves.

« Grimper une voie pareille, c’est le rêve de tout grimpeur en quête de défi, expliquait Andrada. Une grande voie avec une difficulté continue de 8b à 9a, c’est une expérience totalement différente d’une voie courte. Pour moi, c’est l’avenir de l’escalade. »

Des 300 voies de tous niveaux ouvertes lors de l’événement, 250 sont toujours entretenues. Des grimpeurs européens et américains vont jusqu'à s’y attaquer du 9a+, comme Valhalla. Et les Chinois ne sont pas en reste non plus. Car avec l’essor de Ziyun, les locaux ont multiplié les initiatives. En 2018, une base d’escalade artificielle est construite à Getu et accueille une étape de la Ligue chinoise d’escalade. Et l’année suivante, plusieurs écoles primaires du comté installent des murs d’escalade. Plus récemment, en août 2024, lors des Championnats du monde IFSC jeunes d’escalade organisés à Guiyang, le comté de Ziyun a invité une cinquantaine de jeunes athlètes venus de plus de vingt pays à découvrir l’escalade en extérieur sur les parois de la rivière Getu. Quelques mois seulement avant la tenue du Guizhou Rocktrip Rock Climbing Carnival.

« Le potentiel ici est immense, mais les voies sont trop peu nombreuses et n’ont presque pas évolué en dix ans », regrette toutefois un local interviewé China Daily HK. Sentiment partagé par un autre sur le forum chinois d’alpinisme 8264 : « L’escalade à Getu est mondialement connue, mais depuis plus de dix ans, elle reste “célèbre à l’étranger, inconnue chez nous”. Il manque des ressources en chinois. Il faudrait des topos mieux organisés et une meilleure promotion du site sur les réseaux. »

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