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École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) à Chamonix
  • Société

L’École nationale des sports de montagne face à un modèle économique à bout de souffle

  • 10 décembre 2025
  • 6 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

La révélation a fait grand bruit : dans un rapport de la Cour des comptes publié le 8 décembre 2025, on apprenait que l’École nationale des sports de montagne (ENSM) terminait l’exercice comptable 2024 avec un déficit d’environ 680 000 euros. Un bilan temporaire qu'il faut contextualiser, précise Manuel Brissaud, directeur de cet établissement public déterminant dans la formation des guides, moniteurs ou encore cadres techniques, garants de la sécurité en montagne.

À l’aube de ses 80 ans, l’École nationale des sports de montagne (ENSM) demeure une institution unique en France. Il s’agit du seul établissement public chargé de former et certifier les professionnels qui encadrent la pratique de la montagne à haute altitude. L’ENSM connait pourtant une période agitée. L’institution, qui regroupe l’École nationale de ski et d’alpinisme (ENSA) à Chamonix et le Centre national de ski nordique et de moyenne montagne (CNSNMM) à Prémanon, a clos l’exercice 2024 avec un déficit d’environ 680 000 euros selon un rapport publié par la Cour des comptes le 8 décembre 2025. Un chiffre brut mais qui révèle plus qu’un simple déséquilibre comptable. Car derrière cette perte se dessine une crise plus profonde : celle du modèle économique d’une institution centrale pour la montagne française, chargée de former guides, moniteurs ou encore cadres techniques et de garantir sécurité et expertise dans un environnement dangereux.

Le chiffre de 680 000 € correspond précisément à un résultat négatif de -679 699 € pour l’exercice 2024 et ne serait pas un accident isolé. Selon les observations définitives publiées par la Cour des comptes le 8 décembre, l’ENSM connaît une fragilisation progressive de son équilibre financier depuis plusieurs années et notamment depuis la période post-Covid. Un phénomène récent que tient à nuancer le directeur de l'école, Manuel Brissaud : « Sur les bilans 2023 et 2024, nous sommes déficitaires, certes, mais celui de 2022 était à l'équilibre, même légèrement excédentaire ».

Centre national de ski nordique et de moyenne montagne (CNSNMM) à Prémanon.
Centre national de ski nordique et de moyenne montagne (CNSNMM) à Prémanon. (ENSM)

Un déficit logique et attendu

Fondée en 1946, l’ENSA - aujourd’hui intégrée à l’ENSM - n’est pas une simple structure de formation. Elle constitue un pilier de l’écosystème montagnard français : formation initiale et continue des moniteurs de ski et guides de haute montagne, recherche appliquée, expertise technique, observation de la sécurité via le Système national d’observation de la sécurité en montagne (SNOSM), appui aux politiques publiques, contribution à la haute performance sportive… Cette accumulation de missions répond à une logique d’intérêt général évidente. Mais la Cour des comptes est formelle : certaines de ces missions sont structurellement déficitaires, en particulier les formations pratiques longues, coûteuses en encadrement, logistique et hébergement.

Mais à quoi est dû ce déficit concrètement ? « L'école a déployé début 2023 environ 100 000 heures de formation en plus, passant de 360 000 à 460 000 heures, et ce sans augmentation de ressources initiales ou de subventions ». Cette hausse du volume horaire est due à l'allongement de la durée des cursus. Le déficit de l'exercice 2024 était donc logique... et attendu. En parallèle, de gros travaux d'isolation des bâtiments ont eu lieu, ce qui a salé encore un peu plus la note. Cette démarche s'inscrit dans la volonté de l'État de moderniser les bâtiments publics afin d'être plus responsable en termes de dépense énergétique. Les sites de Chamonix et de Prémanon seront complètement rénovés et isolés d'ici fin 2026.

Sur la séquence 2019-2024, les produits d’exploitation de l’école ont augmenté d’environ 24 %, reflet d’une activité en croissance. Mais dans le même temps, les charges ont progressé plus vite encore (+25%) sous l’effet cumulé de l’inflation, de la hausse des coûts de personnel et des dépenses de fonctionnement. Résultat : la marge se réduit, jusqu’à basculer dans le rouge, et la capacité d’autofinancement devient négative en 2024. Ce point est central : l’école n’est plus en mesure de financer durablement son fonctionnement courant avec ses recettes propres. Elle ne vit pas « au-dessus de ses moyens » mais ses moyens ne sont plus adaptés à l’ampleur de ses obligations.

Formation alpinisme ENSM
(ENSM)

Une école structurellement déficitaire

Manuel Brissaud le reconnait volontiers : « Nous sommes, à ce stade, structurellement déficitaires ». Mais le directeur rappelle aussi qu'une école publique n'a pas vocation à générer du profit. L'objectif, selon lui, est de viser l'équilibre tout en fournissant un service de qualité à moindre coût et surtout sans jamais transiger sur la sécurité, « le juge de paix principal sur lequel de l'argent sera toujours investi ».

Jusqu’à récemment, l’ENSM a maintenu une politique tarifaire relativement modérée pour garantir l’accessibilité des formations aux futurs professionnels de la montagne. Cette orientation répond à une logique sociale et territoriale forte : préserver l’attractivité de métiers déjà exigeants, physiquement et économiquement. Mais ce choix a aussi contribué à l’impasse actuelle. Selon la Cour des comptes, les tarifs facturés ne reflétaient plus le coût réel des prestations, notamment dans certaines formations et services annexes (hébergement, logistique, expertise). Des hausses ont été votées en conseil d'administration en 2024 et 2025, comme l’a confirmé Le Dauphiné libéré.

Augmenter les tarifs, oui, mais jusqu’où ? Une hausse trop brutale risquerait d’exclure une partie des candidats ou de fragiliser encore davantage des parcours professionnels déjà précaires. Le directeur de l'école donne l'exemple suivant : « Pour le diplôme d'état moniteur de ski alpin, l'augmentation est d'environ 200 euros sur l'année ». Le tarif en vigueur actuellement est de 8 481,75 euros pour un cursus de 455 heures, il atteindrait donc environ 8 700 euros à compter de janvier 2026. « Nous ne voulons pas faire que de l'augmentation de tarifs », argue par ailleurs Manuel Brissaud. De plus, les recettes engendrées par ces augmentations ne seront visibles « qu'en cours d'année 2026 », année dont le bilan comptable ne sera pas publié avant fin 2027. L'équilibre est difficile à trouver : augmenter les heures de formation génèrent à la fois des dépenses et des recettes. L'idée est donc de réduire l'écart, aujourd'hui trop grand, entre dépenses et recettes.

Formation ski ENSM
(ENSM)

Les investissement privés ? « Il ne faut pas se leurrer »

Autre faiblesse pointée avec insistance par la Cour des comptes : la faible part de financements privés dans le budget de l’ENSM. Mécénat, partenariats industriels, conventions avec les acteurs touristiques ou recours à la taxe d’apprentissage restent sous-exploités au regard du positionnement stratégique de l’école. Là encore, le directeur de l'ENSM tient à nuancer : « Il ne faut pas se leurrer, le secteur privé ne génère pas non plus de marges permettant d'investir à fonds perdu car, en tant qu'institution publique, nous ne pouvons pas faire de publicité ou utiliser l'école comme une vitrine pour des marques par exemples ».

Le constat est paradoxal. L’ENSM travaille au quotidien avec des secteurs économiquement puissants – stations de ski, industrie de l’outdoor, équipementiers, tourisme international – mais son financement demeure très largement public. Sur les 20 millions d'euros de budget de l'école, 9 millions proviennent de subventions publiques. Manuel Brissaud n'appelle pas à une augmentation de la participation de l'État mais s'interroge plutôt sur les collectivités locales : « La région Bourgogne-Franche-Comté amène un certain nombre de ressources financières et de subventions pour le site de Prémanon, dans le Jura, or nous n'avons pas l'équivalent pour le site de Chamonix auprès de la région Auvergne-Rhône-Alpes ». Les deux sites, par ailleurs, suivent la même trajectoire déficitaire.

Au-delà des recettes, le rapport met aussi en lumière un enjeu de gouvernance interne. La Cour estime que la comptabilité de l’ENSM doit être renforcée afin d’identifier précisément le coût et la rentabilité de chaque activité : formation initiale, formation continue, expertise, hébergement, recherche. Sans ces outils de pilotage, les arbitrages se font à l’aveugle. Or, à l’heure où chaque euro compte, il devient nécessaire de savoir quelles missions doivent être soutenues coûte que coûte et lesquelles peuvent être réorganisées ou partiellement rééquilibrées.

Formation ski de fond ENSM
(ENSM)

Un déficit révélateur : il faut repenser le modèle

« Pour rééquilibrer le bilan dans les prochaines années, nous travaillons sur trois axes : baisser les dépenses, en tout cas mieux les maîtriser, améliorer et alléger nos process en interne et augmenter les ressources, notamment avec la hausse des tarifs », explique Manuel Brissaud.

La fragilisation financière de l’ENSM n’est pas un dossier technique réservé aux gestionnaires publics. Elle pose une question beaucoup plus large : quel avenir pour les métiers de la montagne en France ? Moins de moyens pour l’école, ce sont potentiellement des formations plus chères pour les futurs guides et moniteurs, une baisse de l’attractivité de métiers déjà exigeants et exposés, un affaiblissement de la recherche et de l’expertise en sécurité, dans un contexte de changement climatique et de multiplication des risques. À terme, ce sont aussi des conséquences sur la qualité de l’encadrement et potentiellement sur la sécurité des pratiquants.

À l’heure où la France se projette vers les Jeux olympiques d’hiver 2030 et où la montagne est sommée de se réinventer face au réchauffement climatique, la question de la solidité de son principal pôle de formation apparaît plus stratégique que jamais. Un pôle de formation « qui n'est pas en difficulté à ce stade », insiste le directeur de l'ENSM. Le déficit de 680 000 € est moins un signal d’alarme qu’un révélateur : le modèle économique de l’ENSM est remis en cause car désormais structurellement déficitaire. La question n’est plus de savoir s’il faut le faire évoluer, mais comment, et avec qui. Ce dont a bien conscience Manuel Brissaud. Car si l’on considère la formation des professionnels de la montagne comme un investissement collectif – en sécurité, en savoir-faire et en attractivité territoriale – alors la soutenabilité financière de l’ENSM ne peut pas être laissée à une simple équation comptable. Elle engage un choix politique et culturel : celui de la valeur que la société accorde à la montagne et à celles et ceux qui y travaillent.

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