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« Le meilleur moyen de nous aider, c’est de venir ! » : les guides népalais appellent les trekkeurs à maintenir leurs voyages

  • 3 septembre 2026
  • 8 minutes

La rédaction Outside.fr Marina Abello Buyle

Une semaine après les crues meurtrières qui ont frappé le nord du Népal, faut-il maintenir un trek prévu cet automne ? Si la vallée du Langtang et plusieurs secteurs voisins ont été durement touchés, une grande partie des principales régions de trekking du pays ont été épargnées. À l’approche d’une saison essentielle pour l’économie locale, les professionnels népalais redoutent désormais une deuxième conséquence de la catastrophe : voir les voyageurs renoncer à venir.

Le 26 août, l’effondrement d’une masse de glace et de roches a provoqué une crue dévastatrice dans les vallées de la Bhote Koshi et de la Trishuli, dans le nord du Népal, près de la frontière avec le Tibet. Au 3 septembre, le bilan, toujours provisoire, faisait état d’au moins 1 204 morts et de plus de 4 200 personnes toujours portées disparues au Népal. Parmi elles figurent plusieurs centaines de ressortissants étrangers. Près de 12 000 personnes ont par ailleurs été secourues. Les recherches se poursuivent notamment autour de plusieurs installations hydroélectriques, où des travailleurs pourraient encore être piégés. La catastrophe a également frappé le Tibet voisin, notamment la zone frontalière de Gyirong.

Face à l’ampleur du drame, les autorités népalaises cherchent désormais à éviter que la catastrophe ne se transforme en crise durable pour l’ensemble du secteur touristique et appellent ainsi les voyageurs à ne pas renoncer au pays. « Nos sentiers et nos itinéraires de trekking vous attendent toujours. Venir au Népal ne signifie pas seulement passer des vacances. C’est aussi un soutien important pour notre pays qui fait face à cette catastrophe. », s'est exprimé le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Aviation civile, Khadak Raj Paudel, dans un message vidéo diffusé sous le hashtag #NepalCalling. Un message également relayé par le Nepal Tourism Board dans une communication publiée le 1er septembre sous un slogan explicite : « Le Népal n’est pas fermé. » « Votre venue signifie plus qu’un simple voyage, c’est un geste de solidarité, peut-on y lire, le tourisme permet de maintenir les emplois et les moyens de subsistance des communautés affectées. »

À Langtang, que reste-t-il des itinéraires de trekking ?

Outside a échangé avec Anil J. Adhikari, directeur de Glorious Eco Trek Nepal, et Ram Puri, guide népalais francophone et fondateur de Pyrénées Népal Treks & Trails, qui travaille depuis près de vingt ans dans la vallée de Langtang. Située au nord de Katmandou, à proximité de la frontière tibétaine, la vallée, troisième région la plus touristique derrière l'Everest et l'Annapurna, a subi de plein fouet les conséquences de l'inondation et est principalement touchée au niveau de ses accès. La Pasang Lhamu Highway, qui dessert la région, ainsi que Syabrubesi, sa principale porte d’entrée, ont été particulièrement endommagées. Le corridor frappé par les inondations traverse notamment les districts de Rasuwa, Nuwakot, Dhading et Gorkha. Plusieurs axes routiers ont été endommagés ou coupés, dont la route Trishuli–Mailung–Syafrubesi et une partie de la route principale dans le district de Rasuwa. À Nuwakot, la route Tokha–Chhahare a également été touchée, tandis que la Pasang Lhamu Highway reste fortement obstruée à Simtar. Dans le district de Dhading, des glissements de terrain ont bloqué plusieurs portions de la Prithvi Highway. La BP Highway fait, elle aussi, l’objet de restrictions par précaution.

Pour autant, selon Ram Puri, l’ensemble des itinéraires dans la vallée, parmi lesquels la Langtang Valley, le Gosaikunda, le Tamang Heritage Trail, le Helambu Circuit et la Ruby Valley, n’ont pas été complètement détruits. Si la route vers le Mont Kailash, via Rasuwagadhi et Kerung est totalement fermé, plusieurs options permettent toutefois d'y accéder. D'après Ram Puri, l’accès routier jusqu’à Dhunche, ville située en amont de la vallée et habituellement utilisée comme étape avant de rejoindre les départs de trek, aurait déjà été en partie rétabli. Depuis Dhunche, les trekkeurs pourraient ensuite rejoindre un autre point de départ et poursuivre leur itinéraire. Cette possibilité reste toutefois à confirmer.

Source : Trekking Agencies' Association of Nepal (TAAN), 27 août 2026. À notre connaissance, il s’agit du dernier état des lieux publié par l’association à ce jour.

Everest, Annapurna, Manaslu : des treks encore possibles

L’ensemble du Népal n'est donc pas fermé aux trekkeurs, insiste les deux guides. Les principales régions de trekking situées à l’est et à l’ouest de la zone sinistrée, notamment l’Everest, le Manaslu et l’Annapurna, mais aussi le Mustang, le Dolpo et le Kanchenjunga, situés dans des bassins versants distincts de ceux touchés par les crues, ne sont pas directement affectées. « Langtang n’est pas accessible pour le moment, mais tous les autres treks, notamment ceux au départ de Lukla, restent accessibles et praticables », affirme Anil J. Adhikari. Par ailleurs, les aéroports, y compris les liaisons intérieures, fonctionnent normalement. Le constat est également partagé par Seven Summit Treks, l’un des principaux opérateurs de trekking du pays, qui a indiqué à ses clients que les expéditions et treks prévus à l’automne dans les régions du Manaslu, du Dhaulagiri et dans l’est du Népal restaient programmés. La prudence est davantage de mise pour les voyageurs se rendant à l’Annapurna. « Si vous rejoignez le circuit des Annapurnas par la route, il faut être prudent sur les portions d'autoroute qui longent les rivières. En revanche, si vous vous y rendez en avion, la situation est safe », explique Anil J. Adhikari.

Le Nepal Tourism Board appelle lui aussi les voyageurs à ne pas confondre l’état des treks avec celui des voies d’accès. « Les voyageurs sont invités à vérifier les dernières informations concernant l’état des routes et les conditions météorologiques avant leur départ, en particulier lorsqu’ils traversent ou rejoignent les districts touchés, et à suivre les recommandations des autorités locales et des services de sécurité. »

« Nous avons besoin que les touristes reviennent »

Dans les premiers jours qui ont suivi la catastrophe, plusieurs clients de Ram Puri se sont interrogés sur le maintien de leur séjour, pensant que l’ensemble du Népal avait été touché. Il estime qu’environ 20 % des personnes ayant déjà réservé ont envisagé d’annuler ou de reporter leur voyage. « Après leur avoir expliqué que la catastrophe concernait principalement une région, environ 80 % ont finalement maintenu leur trek », raconte-t-il.

Même proportion d'annulation chez Glorious Eco Trek Nepal, sur l’ensemble de l’activité de trekking de l’agence (et non pas uniquement les séjours prévus dans la région de Langtang). En temps normal, l’agence accueille entre 800 et 1 000 trekkeurs au cours des quelque trois mois que dure la saison d’automne. À ce niveau, 20 % d’annulations représenteraient environ 160 à 200 voyageurs, nous précise Anil J. Adhikari. « Certains voyageurs ont peur que tout ait été emporté qu’il n’y ait plus de lodges ou même de nourriture sur les itinéraires. Mais je leur explique que toute la région de trekking n’a pas été détruite. Les guides, les porteurs et les propriétaires de teahouses sont là et vous attendent.»

« Nous avons besoin que les touristes reviennent pour que le Népal retrouve une situation normale », poursuit-il. D’autant que la saison d’automne, qui s’étend principalement de septembre à décembre, constitue l’une des périodes les plus importantes de l’année pour l’activité et les revenus des professionnels de la montagne. « Il est encore trop tôt pour estimer l'impact financier exact pour notre entreprise, explique Anil. Toutefois, si la tendance actuelle aux annulations se poursuit, cela entraînera une perte de revenus significative, en particulier durant la haute saison d'automne, qui correspond normalement à notre période la plus intense. » Selon le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Aviation civile, Khadak Raj Paudel, le secteur touristique aurait déjà subi plus de 50 milliards de roupies népalaises de pertes à la suite de la crue de la Bhote Koshi. Le bilan provisoire fait également état de 142 hôtels, 57 restaurants et 141 véhicules liés au tourisme endommagés, ainsi que de dégâts sur plusieurs sites religieux et culturels dans les zones touchées. « Le meilleur moyen d’aider les Népalais, c’est de venir », insiste lui aussi Ram Puri. « Si les touristes cessent de venir, ce sont les porteurs, les propriétaires des teahouses ou encore les petits commerces installés le long des sentiers qui en subiront les conséquences. Le tourisme permet de les faire travailler directement ou indirectement et les aider à surmonter ces difficultés. »

À Langtang, une réouverture envisagée d'ici octobre

Pour l’heure, Langtang n’est donc toutefois pas officiellement rouvert au trekking. Ram Puri espère que les départs pourront avoir lieu vers la fin septembre ou le début du mois d’octobre, lorsque la saison commence véritablement, si les conditions le permettent. Mais avant toute chose, il faudra vérifier l’état des sentiers, des ponts et des accès routiers, mais aussi la stabilité géologique de certains secteurs après les glissements de terrain et les crues. La question est d’autant plus sensible que plusieurs villages de la région avaient déjà été lourdement touchés par le séisme de 2015. Le guide estime que la catastrophe doit donc servir d’alerte et conduire à renforcer la prévention, voire à repenser l’implantation de certains villages particulièrement exposés. « Il faut tirer les leçons de ce qui s’est passé, et réfléchir à la manière de mieux protéger les populations à l’avenir », souligne-t-il.

Pour les voyageurs qui envisagent de se rendre rapidement dans la région, une question demeure toutefois : leur présence pourrait-elle compliquer les opérations de secours ou exercer une pression supplémentaire sur des infrastructures déjà fragilisées ? Selon les deux guides interrogés, non, à condition de ne pas se rendre dans les secteurs directement touchés par la catastrophe. Au 2 septembre, les principales opérations de secours avaient largement diminué, mais des recherches se poursuivaient encore autour de plusieurs installations hydroélectriques où des travailleurs pourraient être piégés, indiquent les deux guides. Selon eux, les hélicoptères sont désormais principalement mobilisés pour retrouver des corps, plutôt que pour l’évacuation de personnes.

Quid des agences de voyages françaises ?

Terres d’Aventure, qui organise des voyages au Népal depuis plus de cinquante ans, n’avait ni voyageurs ni guides partenaires dans les zones touchées au moment de la catastrophe. L’agence échange actuellement avec ses équipes basées à Katmandou et avec ses partenaires locaux, eux-mêmes mobilisés dans les opérations de secours. « Nous avons eu quelques interrogations de la part de nos clients, bien sûr , indique Éric Bailan, directeur général de Terres d’Aventure. Mais l’agence entend pour l’instant laisser les secours se poursuivre avant de se prononcer sur ses voyages de l’automne.» Ses premiers départs dans les régions concernées sont prévus à partir de la fin octobre, avec une vingtaine de voyageurs actuellement inscrits. « Je ne sais pas encore vous dire si les départs de fin octobre dans la vallée de Langtang pourront être maintenus », reconnaît-il. L’agence étudie néanmoins plusieurs scénarios avec ses partenaires locaux. Parmi eux, la possibilité d’emprunter des voies d’accès secondaires pour rejoindre le début des itinéraires prévus, notamment pour les voyages combinant Langtang et les lacs de Gosaikunda. Une autre option consisterait à attendre le rétablissement des accès. Enfin, si les conditions ne permettent pas de maintenir l’itinéraire initial, les voyageurs pourraient être orientés vers une autre région du Népal. « Cela ne veut pas dire qu’il faut prendre le moindre risque ni aller dans des endroits qui ont été lourdement affectés », insiste Éric Bailan. Mais il y a plusieurs options qui sont sur la table, bien qu'on n'a pas encore tous les éléments qui nous permettent de pouvoir être absolument certain qu'on puisse emprunter des voies d’accès secondaires pour rejoindre le début des treks dans la vallée. »

Les recommandations officielles du Quai d'Orsay

Les voyageurs français sont invités à suivre l’évolution de la situation, à respecter les consignes des autorités népalaises et à consulter régulièrement les alertes du Quai d’Orsay. À ce stade, les recommandations françaises ciblent principalement les zones sinistrées et ne déconseillent pas l’ensemble du territoire népalais. Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères recommande d’éviter les zones directement touchées par les inondations, notamment le district de Rasuwa, ainsi que Timure, Syabrubesi et plusieurs secteurs de Nuwakot, Dhading et Muglin. Il appelle également à la vigilance pendant la mousson, qui se poursuit jusqu’en octobre, de nouvelles pluies pouvant provoquer des inondations ou des glissements de terrain et fragiliser davantage des infrastructures déjà endommagées.

Le gouvernement népalais a par ailleurs mis en place une cellule de réponse au sein du ministère du Tourisme et un bureau d’information au Nepal Tourism Board pour renseigner les voyageurs sur la situation et les éventuelles restrictions.


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