Il avait dit 25. Puis 30. Le voilà aujourd’hui à 31 sommets de l’Everest — et en route pour un 32e qui pourrait bien être le dernier. À 55 ans, Kami Rita Sherpa, recordman absolu du nombre d’ascensions de la plus haute montagne du monde, a repris le chemin du Khumbu cette semaine. Sans bruit. Comme toujours.
Parti de Katmandou avec une équipe internationale qu’il guide pour l’agence 14 Peaks Expedition, il a atterri à Lukla jeudi avant de rejoindre Phakding, première étape vers le camp de base. Sur les réseaux sociaux, il annonce simplement « le début de [sa] 32e tentative de sommet ». Juste un de plus, mais pour le Népalais, il n’a jamais vraiment été question de record. « Je ne savais même pas qu’on pouvait en faire », expliquait-il encore à la BBC il y a quelques années. Lui a toujours grimpé pour travailler. Pour guider. Pour faire vivre les siens.
De Thame au toit du monde
L’histoire commence à Thame, dans le Solukhumbu, à quelques vallées de l’Everest. Une enfance dans une famille sherpa, où la montagne est d’abord une ressource. Son père participe aux premières expéditions commerciales avant de devoir arrêter, victime de graves engelures.
« Mon inspiration a toujours été mon père. Comme il n’avait jamais gravi l’Everest, je voulais le faire pour lui. » Kami Rita suit la voie. D’abord porteur, puis guide. Il découvre l’Everest en 1994. Il y revient l’année suivante. Puis encore. Et encore. Trente ans plus tard, le compteur affiche 31 sommets. Le dernier, le 27 mai 2025.
Une routine qui n’en est pas une
Une expédition à l’Everest, « c’est une énorme responsabilité », expliquait-il. « Il faut s’occuper des clients, des Sherpas, de l’oxygène, de la logistique. On doit être prêt à tout. » Ouvrir la voie, sécuriser les passages, gérer les imprévus. L’Everest, pour lui, est un travail — exigeant.
« Aucune montagne n’est facile », rappelle-t-il régulièrement. « On est dépendant des conditions. Il peut y avoir de fortes chutes de neige, des avalanches. » Dès 2018, il appelait déjà à limiter le nombre de permis et à imposer une formation en altitude avant de tenter un 8000.
Dans l’ombre des sommets
Kami Rita totalise 44 sommets à plus de 8000 mètres, dont huit Cho Oyu, cinq Manaslu, ainsi que le K2 et le Lhotse. Un palmarès qui dépasse largement le seul Everest, mais qui reste souvent dans l’ombre. Comme le travail des Sherpas, qu’il n’a cessé de défendre.
« Pendant que les Sherpas fixent les cordes, les étrangers donnent des interviews », dénonçait-il. « On parle de courage, mais on oublie leur contribution. » Sans eux, aucune expédition ne serait possible. Et pourtant, la reconnaissance reste limitée. « Ce n’est pas aussi facile qu’on le dit. Nous souffrons. »
« Je demande pardon à la déesse Chomolungma »
Kami Rita a gardé son humilité envers Chomolungma (nom népalais de l’Everest), la déesse mère de la Terre. « Des mois avant de commencer une ascension, je commence à prier Chomolungma et à lui demander pardon parce que je dois mettre mes pieds sur son corps. Juste avant les dernières étapes du sommet, d’autres courent pour prendre des photos, mais je m’incline à nouveau et lui demande pardon. Quelle que soit votre force, votre préparation, vous devez être béni de Dieu pour atteindre le sommet. » Kami Rita a reçu cette bénédiction 24 fois.
Béni des dieux, le Népalais entend partager sa bonne fortune. Alors que son frère Lakpa Rita Sherpa a émigré aux Etats-Unis, il réaffirme son désir de rester sur sa terre natale.
Le temps de s’arrêter ?
Longtemps, ses proches lui ont demandé de lever le pied. Lui a continué, saison après saison. Mais cette fois, les choses ont changé. « J’ai déjà 55 ans. Ce sera probablement ma dernière tentative sur l’Everest », a-t-il confié avant son départ à plusieurs médias locaux.
Après 2026, il évoque une autre manière de vivre de la montagne avec le trekking, l’encadrement, des activités moins exposées. Reste cette saison, avec ce 32e sommet en ligne de mire si les conditions s’alignent — pour une dernière danse ?
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