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Krystyna Palmowska
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Disparition en montagne de Krystyna Palmowska, pionnière de l’alpinisme himalayen

  • 17 juin 2025
  • 4 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

À 76 ans, elle grimpait encore. Et c’est dans le massif des Hautes Tatras en Slovaquie, là où elle avait fait ses armes, que Krystyna Palmowska, l’une des meilleures alpinistes au monde dans les années 70-80, a trouvé la mort dimanche en chutant d'une falaise. Avec elle, c’est tout un pan de l’histoire de la montagne qui disparaît. Alpiniste passionnée, elle a contribué à briser le plafond de verre en s’imposant notamment comme la première femme à atteindre le Broad Peak (8 047 m) et le Nanga Parbat (8 126 m), malgré les multiples obstacles qu'elle dut surmonter.

Il y a quelques semaines encore, en mars dernier, Krystyna Palmowska recevait le prestigieux prix « Super Kolos » couronnant sa carrière exceptionnelle d'alpiniste et de grimpeuse. Une passion qui, à 76 ans, l’animait encore. D'ailleurs, ce week-end, c’est dans la vallée de Piarżysta, près de Koprowy Wierch, dans les Hautes Tatras qu’elle avait décidé d'aller grimper. On connaît mal encore les conditions de l’accident, mais sa disparition a été signalée samedi et son corps sans vie n’a été retrouvé qu’hier par les sauveteurs slovaques du HZS.

La nouvelle de la disparition a eu un fort écho dans la communauté de la montagne et a fait la une de la presse polonaise. Dotée d'une détermination sans faille, Krystyna Palmowska s’était imposée dès les années 70 comme l'une des figures les plus importantes de l'alpinisme himalayen polonais, alliant performances exceptionnelles en escalade et activités littéraires.

"Un diamant brut, une grimpeuse libre"

Née à Varsovie le 11 novembre 1948. Elle était alpiniste et titulaire d'un doctorat en électronique. Eté comme hiver, elle grimpait dans le massif des Tatras, le passage obligé des alpinistes polonais. Mais ce qui aura marqué les esprits, c’est son attachement à monter des cordées féminines. À partir de 1969, c’est principalement avec Anna Czerwińska qu’on la verra grimper. « Czerwińska et Palmowska formaient l'équipe féminine de tête dans les huit mille mètres », se souvient l'Association polonaise d'alpinisme.

De Krystyna, Anna disait qu’elle était comme un « diamant brut ». Une personne qui « possédait des qualités qu'elle n'avait certainement pas développées lors d'un stage pour débutants (...), dotée avant tout d'une immense volonté de se battre ». Et aussi d'un don naturel, car « c'était une sorte de grimpeuse libre. Elle n'arrêtait pas de progresser ».

Les "deux soeurs" à l'assaut des 8 000

À l’actif de celles qui devinrent vite les « deux sœurs », les voies plus difficiles des Tatras, notamment sur les parois de Kazalnica Mięguszowiecka et de Mały Młynarz. Mais une fois leurs armes faites dans la région, c’est sur le pilier nord des Droites qu’on les vit. Ou encore sur le Cervin, où en 1978, elles marquent l’histoire en réalisant la première ascension hivernale du Cervin nord en équipe féminine. Des objectifs évidents pour toutes les deux. « Des classiques, dont on lisait les histoires dans les best-sellers de la littérature alpine de l’époque, comme « Les conquérants de l’inutile » de Lionel Terray ou « À mes montagnes » de Walter Bonatti », expliquait Palmowska à la remise de son prix en mars dernier.

Des exploits qui pourtant, n’allaient pas de soi à l’époque, se souvient-elle : « Même les aspects les plus banals de l'escalade exigeaient ruse et détermination. Se procurer du chocolat pour se ravitailler était un défi, et lorsque nous entendions parler d'une livraison de sparts [sardines fumées et marinées polonaises] dans le magasin d'un village de montagne, nous nous précipitions du camp pour en obtenir, c'est comme une course pour nous ! La pauvreté de la République populaire de Pologne nous a également obligées à une frugalité incroyable lors de nos voyages à l'étranger. Czerwińska se rappelle qu'elles avaient beau être des alpinistes reconnues, pour se nourrir, elles devaient guetter les fruits pourris, déposés en fin de journée au marché de Chamonix. Elle se rappelle aussi comment, dans un refuge de montagne chic en Suisse, elles cuisinaient en cachette dans leur chambre sur un réchaud de camping puant ».

1983 : première féminine sur le Broad Peak, "en style alpin bien sûr"

Mais malgré les difficultés financières, les obstacles administratifs (un passeport et des devises étrangères étaient extrêmement rares pour elles), malgré aussi l’accueil parfois très froid de leurs collègues masculin, et un emploi du temps professionnel bien rempli, c’est tout naturellement dans l’Himalaya qu’on rerouvera l'alpiniste par la suite. Après la réalisation de la première ascension féminine du Rakaposhi (7 788 m) par une voie inédite, avec Anna Czerwińska bien sûr, Krystyna Palmowska participe en 1980 à une expédition au Kanchenjunga, puis deux ans plus tard, c'est le K2.

En 1983, elle devient la première femme à gravir le Broad Peak (8 051 m). « L'objectif le plus ambitieux et le plus difficile de leur carrière », selon elle, qu’elle n’a pu malheureusement réussir avec sa partenaire, son duo. « J'ai alors beaucoup regretté qu'elle n'ait pas réussi », se rappelle Palmowska. Malgré leurs efforts constants, le titre de première conquérante du Broad Peak est revenu à Krystyna Palmowska seule. Ce qui ne l'a pas empêché de considérer ce succès comme « un exploit collectif, réalisé à deux, seules sur un sommet de 8 000 mètres, sans l'aide de porteurs d'altitude et, bien sûr, sans oxygène ». Deux ans plus tard, le 15 juillet 1985), c’est une autre première féminine sur un 8 000, le Nanga Parbat (8 125 m) qu'elles font. Enfin Krystyna Palmowska participera à la célèbre expédition polonaise au K2 (1986), au cours de laquelle l'équipe dirigée par Janusz Majer tracera la Ligne Magique. 

Une source d'inspiration pour de nombreuses générations

Pour l’alpiniste Bogusław Kowalski, s’exprimant dans la presse polonaise suite à son décès, « Krystyna Palmowska appartenait à une génération qui représentait l’élite de l’alpinisme himalayen (…). Elle était non seulement la plus expérimentée de notre équipe, mais aussi extrêmement fiable et curieuse. Elle était également très intègre et défendait ses arguments avec force (…) Elle a été une source d’inspiration ».

À sa mort, restent ses écrits qui ont inspiré des générations de jeunes alpinistes. Krystyna Palmowska est l’auteure du livre « Zaklęty w górski kamień », un récit personnel sur l’escalade, l’amitié et la passion pour la montagne [littéralement, "Enchantée dans une roche de montagne", non traduit à ce jour]. Cet ouvrage, paru en 2003, est un recueil d'exploits alpins, mais aussi une chronique critique sur la place des femmes dans le monde de l'alpinisme himalayen. Elle y décrit, entre autres, les coulisses de ses expéditions, dresse le portrait de ses compagnes de cordée et raconte les difficultés qu'elle a dû surmonter – non seulement en montagne, mais aussi face aux barrières sociales que les femmes devaient alors affronter dans le monde très masculin de l'alpinisme. Cet ouvrage a remporté en Pologne le grand prix du concours du "Livre de montagne 2021".

Parmi ses ascensions remarquables, citons :

  • 1975 : Gasherbrum II (8 035 m)
  • 1977 : Face nord du Cervin - 2e ascension féminine
  • 1978 : Face nord du Cervin - 1ère ascension hivernale féminine
  • 1979 : Rakaposhi (7 788 m) - Nouvel itinéraire
  • 1982 : Membre de l'expédition féminine du K2
  • 1983 : Broad Peak (8 047 m) - 1ère femme à atteindre le sommet
  • 1985 : Nanga Parbat (8 126 m) - 1ère ascension féminine en compagnie d’Anna Czerwińska et Wanda Rutkiewicz
  • 1986 : K2 Magic Line - Elle tteint 8 200 m avec Anna Czerwinska

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