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Klára Kolouchová
  • Aventure
  • Alpinisme & Escalade

Klára Kolouchová, pionnière tchèque de l’Himalaya et figure de l’alpinisme au féminin dévisse au Nanga Parbat

  • 4 juillet 2025
  • 6 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

Grosse émotion ce vendredi 4 juillet à l’annonce de la disparition hier d'une des femmes himalayistes les plus en vue : Klára Kolouchová, 46 ans. Celle que le grand public avec découverte dans le documentaire à succès de Nims Dai - « 14 Peaks : Nothing is impossible » - s’était imposée comme la première Tchèque à gravir l’Everest, le K2 et l’Annapurna. Mais c’est sur le Nanga Parbat ( 8 126 mètres), au Pakistan, que l’alpiniste a fait une chute mortelle le 3 juillet entre les camps I et II. Mère de deux jeunes enfants, elle s’était imposée comme l’une des figures de proue de la cause des femmes en montagne, défendant inlassablement son droit à concilier ses responsabilités familiales et ses rêves d'alpinisme dans un univers encore très masculin.

« La montagne se moque de qui vous êtes. Il faut faire ses preuves à chaque fois », rappelait souvent l’alpiniste Klára Kolouchová dans les conférences que cette femme brillante donnait en marge de son activité de consultante chez McKinsey & Company. Son accident mortel survenu hier au Pakistan, lui aura malheureusement donné raison. Himalayiste chevronnée, comptant à son actif cinq des quatorze sommets de 8 000 mètres, elle a trouvé la mort hier, jeudi 3 juillet sur le Nanga Parbat, neuvième plus haut sommet du monde (8 126 m).

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Klara Kolouchova (Polackova) (@klara_kolouchova)

Des hypothèses contradictoires ont fusé ce matin pour expliquer la cause de l’accident. Dans un premier temps, la presse pakistanaise évoquait l’explosion d'une bouteille d'oxygène qui aurait entraîné sa chute. Option rapidement réfutée par l’un de ses proches, Jan Trávníček, alpiniste chevronné : « Entre les camps C1 et C2, personne n’utilise d’oxygène. Ce premier rapport n’avait aucun sens. » La cause exacte du décès reste incertaine, mais selon les dernières informations, Klára Kolouchová aurait glissé et fait une chute mortelle vers 4 heures du matin sur le versant Diamir du Nanga Parbat.

C'était sa 2e tentative du Nanga Parbat

Accompagnée de son mari Martin Kolouch et de cinq autres grimpeurs, l’alpiniste avait atteint le camp de base le 17 juin, deux jours après son arrivée au Pakistan. il y a deux semaines, elle postait ce message sur Instagram.

L’an dernier, la Montagne Nue m’a mise à nu.
Elle m’a dépouillée jusqu’au silence, jusqu’à l’immobilité, jusqu’à l’âme.
Voici la vue depuis le camp 2 en 2024.
Cette fois, on vise plus haut.
Cette fois, on ira jusqu’au sommet. 🤟🏻🤍🙌🏻

En 2024, la météo et les conditions de neige l’avaient conduite à renoncer au sommet après le mur Kinshofer. Mais cette année, pour sa deuxième tentative sur le Nanga Parbat, elle se montrait confiante. C’était sans compter sur les conditions particulièrement difficiles ces jours-ci. A savoir des températures élevées, une neige quasiment absente jusqu’au Camp 3 et des chutes de pierre fréquentes.

C’est peut-être là qu’il faut chercher la cause de son accident, car Klára Kolouchová était une alpiniste prudente. Elle avait prouvé maintes fois qu’elle savait faire demi-tour quand les conditions l’imposaient. Une approche réfléchie qui lui avait permis notamment de réussir le « 7 summits challenge (le sommet le plus haut de chacun des continents).

Elle rêvait de Wimbledon, mais ce sera le K2

Dès 2005, à 27 ans, elle a renoncé à une carrière dans le tennis – elle y excellait et rêvait de Wimbledon - elle gravit l’Aconcagua (6 961 m), puis le Cho Oyu (8 188 m) l’année suivante. 2007 est une année clef : elle devient la première Tchèque à gravir l’Everest, par la voie nord (avec oxygène). En 2019, elle atteint le sommet du K2 (8 611 m), et devient la première Tchèque à réussir cet exploit, mais aussi la vingtième femme au monde. Quelques mois plus tard, c’est le Kangchenjunga (8 586 m), troisième sommet mondial. Enfin, en 2024, on la voit sur l’Annapurna (8 091 m), portant ainsi à cinq le nombre de ses sommets de plus de 8 000 m.

Communicante hors pair – c’est sa profession-  elle s’est fait remarquer par plusieurs publications. Himálajský deník, un carnet de bord de son expédition à l’Everest, puis, en 2022, Nahoře fouká (« Là-haut, le vent souffle »), un second ouvrage plus introspectif. Son ascension du K2 a aussi donné lieu à un documentaire, « K2: vlastní cestou »(« K2 : Ma voie »), réalisé par Jana Počtová, salué par la critique pour sa justesse et son intensité. Mariée et mère de deux enfants, Emma et Cyril, Kolouchová assumait pleinement ce double rôle de mère et d’alpiniste. Souvent interviewée à ce sujet, elle expliquait combien il était difficile pour une femme de s’imposer dans l’univers de l’alpinisme.

Aussi quand, en 2019, à la veille de l'ascension du K2 (qu’elle réussira), le magazine économique CzechLeaders l’interroge, sans surprise, le sujet revient sur la table. Et ses réponses sont éclairantes. On y découvre une femme déterminée et passionnée. Bien dans ses bottes. Eclairant, surtout quand on sait que cet article est titré « Juste moi et rien d'autre ».

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Klara Kolouchova (Polackova) (@klara_kolouchova)

L’alpinisme, surtout une question d'expérience

« Le moment où l'on commence à grimper importe peu. J'ai pratiqué divers sports de compétition depuis mon enfance, notamment le tennis, et si on ne commence pas tôt, on ne parvient pas à acquérir la bonne technique et le bon style plus tard. Mais l'alpinisme est une question de bonnes bases physiques, et surtout d'expérience, qui est non transférable. Je réagis simplement à certains stimuli externes qui m'apparaissent. Et ensuite, je peux aller plus loin. L'escalade est la symbiose idéale de tous les éléments que j'apprécie ( …). « C'est toujours associé à une belle aventure. Grâce à l'escalade, je ne suis pas forcément dans une bulle d'athlètes qui ne vivent que pour ça, et c'est pareil dans le milieu des affaires. En fait, je suis constamment en train de dépasser les limites, je peux passer d'athlètes de haut niveau à des managers, je rencontre des personnalités extrêmement intéressantes. En même temps, il y a toujours une histoire émotionnelle. Et puis, bien sûr, il y a l'aspect physique, très important. »

Du temps pour moi, rien que pour moi

« L’alpinisme m'apporte un plus. Non seulement je peux déconnecter et me détendre complètement en montagne, mais je peux aussi puiser au plus profond de moi-même, ce dont j'ai parfois besoin. C'est probablement la seule occasion de profiter du temps que j'ai pour moi, rien que pour moi.»

Pas soutenue par ses proches en Tchécoslovaquie

« Mes amis et ma famille tchèques ont accueilli ma décision de partir en expédition sur l'Everest de manière plutôt négative, tandis qu'en Grande-Bretagne, presque tout le monde l'a accueillie avec le classique : « Ah bon ? C'est merveilleux, ma chérie !» Le contraste était saisissant. De plus, mes collègues londoniens m'ont demandé comment ils pouvaient m'aider.»

Une préparation à l’arrache, faute de temps pour elle

« Mon travail [de consultante] était assez intense et chronophage, rien que le trajet en bus et en métro du matin pour me rendre au bureau me prenait plus d'une heure. Mais lorsque j'ai découvert que cela me prendrait le même temps en courant, j'ai commencé à intégrer cet entraînement à ma routine professionnelle. Le matin, je courais jusqu'au bureau pendant une heure, je prenais une douche, puis je travaillais jusqu'au déjeuner. Pendant ma pause déjeuner, je courais jusqu'à l'escalier de secours ; l'agent de sécurité s'est vite habitué à cette « fille un peu spéciale » qui enchaînait les montées et descentes. Ensuite, douche et retour au travail. Le soir, je rentrais chez moi en courant en passant par la salle de sport ou la piste d'athlétisme. À l'époque, je n'avais qu'un plan d'entraînement standard élaboré par l'agence [d'expédition] ; maintenant, je confie ma préparation à des professionnels. »

Quand on se croit foutu, on l'est à 70 %

« Le premier signal du corps indiquant « ça ne peut plus aller » ne signifie pas que vous ne pouvez vraiment pas aller plus loin. Le cerveau freine simplement avant qu'il ne le faille, et c'est normal. Bref, un ami à moi, ancien membre des forces d'élite britanniques, m'a dit un jour : « Quand on se croit foutu, on l'est à 70 %. Je sais simplement que lorsque j'escaladerai le K2, ce sera douloureux et que je devrai franchir le cap. Je l'apprends à chaque nouvelle ascension. Le K2 est particulièrement exigeant mentalement. Ma première ascension en 2016 s'est terminée par une avalanche. Deux ans plus tard, j'y suis retourné, et mon corps a lâché. Je ne me sentais pas bien et je n'avais pas de partenaire sur place avec qui évaluer la situation sur place. »

La peur fait partie intégrante de ma vie

« Je m'y prépare toujours un moment avant de partir. La peur fait partie intégrante de la vie. J'ai toujours peur, parfois je pleure. Mais c'est aussi un fusible, il est important de l'admettre, c'est un avertissement. L'expédition est une pression quasi constante, extrêmement exigeante physiquement et mentalement. Il faut toujours observer quelque chose, se convaincre que tout fonctionne, car rien ne pardonne. Il ne faut pas faire d'erreur »

Une quête de bien-être mental et de sens

« C’est ce que cherche toujours. Et chaque fois que je reviens de la montagne, j'ai l'impression de l'avoir trouvé. Les retours sont magnifiques, même si, d'une certaine manière, ils sont parfois difficiles. J'arrive détendu, tout est intense à ce moment-là, je savoure chaque jour. J'observe ce qui m'entoure et j'ai souvent l'impression de ne pas être à ma place. Mais cela commence à changer lorsque la réalité du quotidien s'installe. L'euphorie initiale s'estompe, les tâches quotidiennes et les premiers problèmes familiaux arrivent. Mais pour moi, il est important de garder une perspective. Tout simplement parce que nous sommes parfois absorbés par des bêtises inutiles ».


2005-2024, les six ascensions marquantes de Klára Kolouchová

2005 – Sommet de l’Aconcagua (6 961 m)
2006 – Sommet du Cho Oyu (8 201 m), son premier 8 000
2007 – Première Tchèque à atteindre le sommet de l’Everest (8 849 m)
2013 – Ascension du Denali (Alaska) et de l’Elbrouz (Russie)
2019 – Première Tchèque à gravir le Kangchenjunga et le K2
2024 – Sommet de l’Annapurna (8 091 m), son cinquième 8 000, première tchèque féminine


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